Fête de la Tabaski à N’dem

Jour 90, 21/12/07

On se lève tranquillement dans notre petite case. On prend le petit déj en compagnie de jeunes de la maisonnée. Le village est divisé en plusieurs partie, qui regroupent souvent un même groupe familial, dont celui de Babacar et Aïssa, qui vivent avec quatre de leurs six enfants et des neveux, plus d’autres jeunes familles et quelques célibataires. Ici, la religion dominante est le « Baay Faalisme », branche mouride de l’Islam ayant pour valeur principale le travail, et ne respectant pas le jeun du Ramadan. Signes distinctifs des Baay Faal : dreadlocks, bonnet rasta et « nice » attitude… La fête se prépare doucement. Un des jeunes Baay Faal a déjà commencé à entonner un chant religieux, destiné à accompagner le sacrifice du mouton. Les femmes sont en train d’éplucher les oignons et les pommes de terre qui serviront pour la préparation. Les hommes creusent le trou censé recevoir le sang des bêtes sacrifiées. D’autres femmes, sur la petite terrasse d’une maison, font chauffer du « bioterre », un nouveau combustible mis au point par un chercheur belge et couramment utilisé à N’dem. Il s’agit d’un savant mélange d’argile et d’écorce d’arachide, plus économique et aussi efficace que le charbon.

Un premier mouton est amené devant son « autel ». Babacar, en tant que chef spirituel, effectue une prière introduisant le rituel. Plusieurs hommes tiennent le mouton, qui reçoit un coup de couteau fatal. La trachée artère déverse le sang de la bête, dans un jet vif et épais. Tous les gamins de la « maisonnée » assistent à la scène, religieusement. Une fois vidé de son sang, le mouton est posé sur une bâche. Le dépècement et la découpe peuvent commencer. Tout le monde s’y met, y compris les gosses, qui semblent s’amuser. Certains jouent même avec les abats… Au total trois moutons et une chèvre seront égorgés puis découpés, selon le même rituel. La cuisson commence, en grillade ou en ragoût. Les patates sont en train de frire. Pendant deux heures, nous ne perdons pas une miette de ce moment de fête, ou chacun s’affaire pour que le repas soit réussi. Nous passons à table. Nous sommes réunis autour de Babacar et Aïssa, avec tous les autres invités « toubabs ». Les Baay Faal mangent de leur côté, tous comme les femmes et les enfants. L’ambiance est joyeuse et détendue. Nous mangeons, à la main ou avec des couverts le mouton cuit avec les patates et les oignons, tout simplement… excellent. Nous sympathisons avec Dominique, venue rendre visite à Babacar, frère de son défunt mari. Drôle et dotée d’un franc-parler impitoyable, cette ancienne parisienne devenue pasteure à Genève nous évoque son action contre le sida en Afrique et ses démêlés avec les autorités anglicanes suisses, probablement dus à sa langue trop bien pendue. Anecdote : elle connaît très bien Tarik Ramadan, qu’elle dit être « très sympa malgré les ambiguïtés de ses discours ». Le fameux prédicateur et théologien de l’Islam, très critiqué en France pour son double discours, est également un ami de longue date de Babacar. Ramadan a en effet apporté le premier soutien financier extérieur au développement du village, en finançant le premier poste de santé et l’école grâce à un festival ayant rassemblé quelque 35000 personnes à Genève en 1987. Il a d’ailleurs passé ses vacances en familles à N’dem l’été dernier…

Après le repas, tout semble tourner au ralenti, chacun allant vaquer à ses occupations à droite ou à gauche, en attendant le deuxième service, vers 17h. Babacar accepte que je l’interroge afin de réaliser un article sur le village. Le peu de temps que j’aurais passé à ses côtés m’aura suffi pour sentir la force sereine qu’il dégage. Souriant, agréable, il est également très abordable et fait preuve d’une bienveillance constante à l’égard de son prochain. Les Baay Faal du village semblent d’ailleurs lui vouer un respect sans limite, voire un culte. L’interview, coupée en plein vol, ne se terminera que le lendemain matin. Dominique, qui connaît bien l’historique du village, m’éclairera elle aussi sur de nombreux points. Babacar me raconte son engagement spirituel et sa volonté, il y a 25 ans, de quitter Dakar pour venir s’isoler du monde dans l’ancien village de son père. Il se retrouvera face à une situation socio-économique déplorable. Son engagement le mènera à trouver des financements et à monter projet sur projet pour inciter les gens à rester et développer le village. C’est ainsi qu’il créé en 1987 l’association des villageois de N’dem. L’idée était de créer des emplois en valorisant les savoir-faire locaux. Le combat de Babacar et d’Aïssa (qui est également pour beaucoup dans le développement du village) a aujourd’hui porté ses fruits, et continue sa lancée. La fin de la journée se déroule tranquillement, jusqu’au repas du soir, les restes du mouton. Demain nous reprenons la route, en direction de Mbour, pour un changement de décor qui s’avère radical…

Au bout de la piste, au coeur de la brousse : N’dem

Jour 89, 20/12/07

La nuit a été mauvaise. Il a fait chaud et les moustiques ont sévit. On se lève doucement, au pied de l’église. Je pars acheter du pain, les gars préparent le café. Aujourd’hui, nous décidons de rejoindre N’dem, village où nous avons un contact, par le biais de l’association Artisans du Monde. Notre visite risque d’être un peu “à l’improviste”, mais tant pis, on verra bien. Pendant le petit-déjeuner, nous avons la visite d’Emmanuel N’gom, inspecteur de police, également poète et musicien à ses heures. Il nous parle de son travail artistique et de son recueil de poèmes qui vient d’être édité en Italie. Il nous en offre un exemplaire. Après avoir remercié le curé, nous quittons la ville, sous une chaleur écrasante. Nous passons prendre de l’essence, avant de tracer en direction de Mekhé. De là, nous tournons à gauche, suivant les indications de notre carte. Nous nous retrouvons face à une piste, qu’il va nous falloir emprunter sur quelque quarante kilomètres pour rejoindre N’dem. Je marque une hésitation, un peu fatigué et pas forcément prêt à affronter quarante bornes de tôle ondulée. Les gars sont chauds, on finit par se lancer, “the show must go on”… Mes craintes étaient justifiées, nous sommes bels et biens sur de la tôle ondulée, et de première qualité… Les mobs souffrent, prennent des chocs, et nous, on amorti et on évite les obstacles. Je crève à deux reprises de la roue avant, mon pneu usé ne résiste plus aux épines jonchées sur la piste. Lot de consolation : nous sommes en pleine brousse, accompagnés des silhouettes imposantes des baobabs et de chants d’oiseaux inconnus.

On traverse un premier village, Babagarage, dont le nom méritait d’être mentionné, puis un deuxième, plus petit, avant d’arriver devant un grand bâtiment, sur lequel est inscrit : “Centrale d’achat des produits artisanaux de N’dem”. Des villageois nous mène jusqu’à la maison de Babacar Mbow, directeur de la coopérative et chef spirituel des “Baay Faal”, la communauté religieuse locale. Notre contact, Ahmet Bamba Diongue, est absent, parti fêter la Tabaski dans sa famille à Dakar. Nous poussons les mobs dans le sable, entre des petites cases blanches et bleues, ornées de toutes sortes de plantes. Un soin tout particulier semble avoir été mis pour rendre l’endroit agréable et accueillant. Au début, on se demande si nous ne sommes pas tombés dans une communauté hippie (il s’avèrera que c’est un peu le cas…) ou, moins cool, dans le repaire d’une secte. Plusieurs Europpéens sont présents, en visite où installés au village, comme deux jeunes Suisses Allemandes, mariées avec des Sénégalais et Aïssa, la femme de Babacar, française d’origine. Il y a aussi Dominique, pasteure à Genève et amie de la famille, Sylvie, une jeune étudiante Belge en stage au village, accompagnée de sa mère et de Salud, un ami espagnol, venus lui rendre visite. Nous rencontrons Babacar, puis lui expliquons la raison de notre visite (la coopérative artisanale). Il nous répond que ce sera très difficile pour nous de filmer des membres de la coopérative sachant que les ateliers sont fermés et les artisans absents à cause de la fête du mouton, qui commence demain. Mauvaise concordance de calendriers… En revanche, il nous souhaite la bienvenue et nous invite à rester pour fêter la Tabaski en leur compagnie. On se ne fait pas prier pour accepter… Une case est déjà en train d’être apprétée spécialement pour nous ! Nous disons qu’il ne faut pas se donner tout ce mal, que nous avons une tente. Babacar nous répond que si on préfère la tente, on peut planter la tente…

Une fois installés dans notre case, nous rejoignons le groupe des invités en compagnie de Babacar, d’Aïssa et de quelques-uns de leurs enfants, pour boire le café touba, un mélange corsé de café et de plantes. On fait connaissance avec tout ce petit monde, qui nous questionne sur notre passage et la raison de notre visite. Le soir, on nous sert un plat de lentilles, merveilleusement cuisinées, que l’on partage avec le groupe. Nous commençons à comprendre, à travers les discussions et ce que nous voyons, que ce qui se passe ici n’est pas commun… Le village, touché par un exode rural massif et une désertification galopante il y a vingt-cinq ans, renaquit progressivement de ses cendres sous l’impulsion extraordinaire de Babacar et d’Aïssa. Plus de trois cent cinquante emplois durables ont été créés grâce à la très active coopérative artisanale du village, qui exporte désormais ses produits vers l’Europe et les Etats-Unis. En vingt-cinq ans, le village s’est muni d’un poste de santé et d’une maternité, d’une école, de deux forages alimentant trois villages et de cultures maraîchères bio, d’une mutuelle d’épargne, d’une boulangerie et d’un télécentre… Sans parler des projets en cours de concrétisation : une usine de combustibles écologiques à coques d’arachides (un procédé remplaçant le charbon, déjà utilisé au village), un centre de formation en alternance, une éolienne, un réseau d’adduction d’eau visant à alimenter sept autres villages, une mutuelle de santé… Dominique nous confie que nous sommes tombés dans un endroit idéal pour découvrir la Tabaski, une fête très importante ici. On la croit sur parole. On se glisse sous nos moustiquaires dans notre petite case, sentant que ce voyage n’a pas fini de nous surprendre…

Distance parcourue : 110 km

A Louga, immersion au coeur de la paroisse locale…

Jour 87, 18/12/07

Benam et moi nous lançons à l’assaut de Saint Louis. Nono reste au camping pour ranger les affaires. Nous ne sommes pas emballés par cette petite excursion matinale, mais nous n’avons malheureusement plus assez de liquide pour payer le camping. On en profite pour passer à la poste déposer quelques cartes. Une fois de retour à Zebrabar, on dit au revoir aux Allemands, en se donnant rendez-vous à Kafountine, en Casamance, où nous prévoyons de les rejoindre pour passer le réveillon du jour de l’an. Nous prenons la route de Louga, ville située à environ cent vingt kilomètres. Pour la première fois au Sénégal, nous entrons véritablement dans les terres. Peu à peu, le paysage s’apparente à de la savane, et la chaleur se fait plus pesante. Sur le bas-côté, des vautours dépècent les charognes d’animaux probablement tués par des voitures. Nous traversons plusieurs villages, les gamins nous font des signes. Nous arrivons à Louga, où nous ne savons pas encore où loger. Arrivés dans le centre, on se renseigne du prix d’un hôtel, qui s’avère être bien trop cher pour notre budget. Puis, en voyant le clocher d’une église, je me dis que ça vaudrait le coup d’aller demander le gîte auprès du curé local. On arrive à l’église, où nous sommes accueillis par Jean-Baptiste, le gardien des lieux. Sans nous demander quoi que ce soit, il nous ouvre les portes du sanctuaire, pensant que nous sommes venus prier. Nous lui demandons si il y a possibilité de planter la tente quelque part. Il nous invite à attendre le curé, qui doit arriver d’une minute à l’autre. En attendant, il nous propose de venir boire un verre à la buvette du centre d’animation paroissial, situé de l’autre côté de la rue. Nous nous installons à une table et buvons une bonne bière rafraîchissante. Des enfants jouent au basket dans la cour. Nous sommes invités à assister à une animation ayant pour thème « Noël en famille ». Nous nous installons dans la pièce, où des enfants sages comme des images attendent que la séance commence. Après quelques questions posées aux enfants par le jeune animateur sur le thème de Noël, la pièce se transforme vite en salle de danse. Tous les gamins et les animateurs se mettent à danser au son de la chaîne hi-fi, qui joue de la musique sénégalaise. Il s’agit d’une petite fête interne à la paroisse pour fêter les vacances de Noël. On nous sert un assiette de gâteaux apéritifs et un verre de jus de bissap, nectar sucré et très fruité issu de la fleur d’hibiscus. Un peu plus tard, on nous invite à assister à la répétition générale de la chorale des jeunes, pour la messe de Noël. Dans la pièce, qui ressemble à une salle de classe, les filles sont d’un côté, les garçons de l’autre, le claviériste devant, les percussionnistes derrière. Au centre, le chef de chœur donne le la. Assis dans le fond de la pièce, on frissonne au son des harmonies vocales, qui résonnent avec une force impressionnante… Parfois, on reconnaît les paroles de chants de Noël, chantés et adaptés dans un style bien différent. On nous informe de l’arrivée du prêtre. Celui-ci nous fait rentrer dans son bureau, au presbytère, et nous pose des questions sur le voyage. Il nous autorise à planter la tente dans la cour de l’église, moyennant un petit don pour la communauté. Plus tard, on part manger un sandwich en ville, avant de revenir se coucher, sous la protection du Tout-puissant…

Disatance parcourue : 125 km

A Zebrabar, on se la joue peinard

Jour 86, 17/12/07

Aujourd’hui, c’est vacances ! On souhaite profiter au maximum de ce coin magnifique et reposant. Après le petit déj, on emprunte un canoë, dans lequel on monte tous les trois, pour aller sur l’autre rive de la lagune. Félix nous suit en kayak. En arrivant sur la rive de ce qui semble être une petite île, nous sommes accueillis pas des centaines de crabes, qui fuient devant notre présence. On pose les canoës, on se baigne, on prend le soleil. Le reste de la journée ne sera pas très actif, se résumant à de la détente et à un peu d’écriture à la terrasse du bar. Le soir, on se fait cuire des légumes à la braise sur notre emplacement. Félix, quant à lui, nous quitte pour aller honorer un mystérieux rendez-vous… Les Allemands restent encore quelques jours, tandis que nous reprenons la route demain, le prix du camping étant malheureusement au-dessus de nos moyens. Avant de prendre la route Louga, Benam et moi devront nous rendre à Saint Louis pour retirer de l’argent et poster du courrier.

Escale de quelques jours à Saint Louis

Jour 83, 14/12/07

On profite d’une vraie grasse matinée. On prend le petit déj’ sur la terasse de la maison. Nous faisons connaissance avec la femme d’Harouna, qui est marocaine. On se laisse vivre toute la matinée sur la terrasse, avant de partager un délicieux riz au poisson sénégalais. L’après-midi, les gars bricolent leu mob, tandis que j’écris. Le soir, on se rend dans un cyber, puis on rejoint les Allemands dans un bar sympa. On n’a pas encore pris le temps de visiter la ville, dont l’atmosphère, conférée par l’ancienne architecture coloniale, semble très agréable. On décide d’aller manger au restaurant tenu par la femme d’Harouna, où l’on savoure des spécialités sénégalaises. On part ensuite boire un verre à la caserne des pompiers, qui fait également office de bar ! Les Allemands repartent demain, en direction de « Zebrabar », un terrain de camping très chouette, paraît-il, situé à vingt kilomètres de Saint Louis. Ils nous recommandent vivement l’endroit. On décide de les y rejoindre après-demain, afin d’avancer sur le site et de régler quelques formalités. On essaiera de profiter également de la ville, en allant se balader.

Jour 84, 15/12/07

La journée se résume à l’écriture et au cyber pour ma part. En fin d’après-midi, Benam ira participer au match de foot dominical au stade municipal, emmené par Mbassa, et assistera à un véritable pugilat entre des joueurs. Le soir, les Allemands prennent la route de Zebrabar. On se dit à demain.

Jour 85, 16/12/07

Avant de partir, nous devons faire renouveler notre passavant à la douane. L’administration est située à l’entrée de l’île, dans un beau bâtiment colonial aux hauts plafonds, carrelé de vert et de blanc. Le douanier, sympa, effectue la procédure sans sourciller. A la fin, il nous annonce qu’il doit aller vérifier l’état des mobylettes sur place, et que nous devons « payer » le carburant. On dit qu’on n’avait pas prévu ça, on lui propose de repasser avec les mobs un peu plus tard. Il accepte, en nous donnant le passavant, suggérant sûrement qu’on n’aura pas à se donner cette peine. On poursuit notre promenade, en rejoignant la rive ouest de l’île. De nombreux « cars rapides » bariolés font face aux innombrables pirogues de pêcheurs situées sur la Langue de Barbarie. Pour trouver des pièces de mobs, nous devons nous rendre dans un marché situé sur la Langue, d’après un réparateur de l’île. Sur le pont, une mule et sa calèche bloquent le trafic. La bête gît au sol, et ne parvient à tenir sur ses pattes malgré les coups de fouet du cocher. Sur le trottoir, des ados en profitent pour tenter de me faire les poches. Un homme, qui les prend en flagrant délit, les chasse en leur criant dessus. L’homme, visiblement indigné, nous confie être écoeuré par ce genre de comportement. Les gars se lancent à la recherche des pièces, tandis que je m’arrête chez le coiffeur. Les gars ne trouvent pas les pièces, mais sont orientés vers un autre endroit, sur la partie continentale de la ville. On s’y arrêtera lorsqu’on partira. On rentre chez Harouna préparer nos affaires, puis on entame la sortie de la ville. On s’arrête au marché, où l’on trouve un cylindre et un piston neufs, avant de prendre la route de Zebrabar. On se retrouve en pleine nature, sur une route goudronnée qui s’amenuise à mesure que l’on s’enfonce dans la brousse. Nous traversons de grandes étendues marécageuses où pavanent des hérons et des pélicans. Nous arrivons dans un village, où un fléchage indique Zebrabar, vers une piste de brousse. Après quelques belles secousses, nous arrivons au camping, niché dans un vrai petit parais terrestre, le parc naturel de la Langue de Barbarie. L’endroit est semé de palmiers et borde une lagune, dans laquelle s’ébrouent toutes sortes d’oiseaux. Le camp dispose d’un bar super classe avec un mirador qui surplombe le paysage. Il fut créé et construit il y a onze ans par un couple de Suisses Allemands installés au Sénégal.On retrouve Félix, Mela et Carmen, qui semblent avoir jeté l’ancre ici pour un petit moment. Le soir, on mange ensemble, puis on boit un verre à a terrasse du bar, profitant de ce cadre unique et relaxant. Demain, c’est balade en canoë dans la lagune, du matériel nautique est mis à la disposition des campeurs par les propriétaires.

Distance parcourue : 26 km

Les “Mobikers” vous souhaitent une très bonne année !

A nos parents, amis, familles, à tous ceux qui nous suivent et qui nous soutiennent, à ceux qui nous ont accueillis ou aidés, et aux autres nous souhaitons une merveilleuse année 2008 ! Nous sommes à Zinguinchor, en Casamance, après avoir passé le réveillon de la Saint Sylvestre à Abéné, sur la côte. Tout va bien, sauf que je me traîne un vilain petit parasite depuis dix jours, une salmonellose d’après les analyses sanguines, qui m’a vallu quelques belles crampes intestinales et autres désagréments… On m’a prescrit un traitement, et ça va déjà beaucoup mieux, donc l’aventure n’est pas compromise ! Nous partons demain pour Kolda, vers l’est, sur la route du Mali. En attendant, j’essaye de rattraper le retard accumulé sur le site. A très bientôt !

Le jour le plus long…

Jour 82, 13/12/07

On prend le petit déj avec les Allemands. Félix nous donne l’adresse de son lopin de terre à Kafountine, où il nous invite à passer quelques jours. Le rendez-vous est pris, sachant qu’on a toutes les chances de se croiser sur la piste dans la journée. On prend la route. Sur les 50 km qui mènent à Rosso, le paysage se fait de plus en plus vert et arboré.

Avant d’atteindre le centre de la ville, on tourne à droite sur une piste en latérite, qui longe la digue du fleuve Sénégal jusqu’à Diama, traversant le parc national du Djoudj, où vivent des dizaines d’espèces animales protégées, dont une floppée d’oiseaux. On peut y apercevoir facilement des phacochères, paraît-il. Nous voici lancés sur la piste, dans un paysage verdoyant et arrosé de marécages. Nous slalomons entre les nids de poule et la « tôle ondulée ». Par endroits, la piste est relativement bonne, ce qui, à plein régime, nous donne une impression de vitesse plutôt sympathique. Soudain, à un embranchement, nous tombons côte à côte avec le combi des Allemands, lancé à toute pompe sur la piste. On fait une pause, contents de se retrouver, puis on fait la route ensemble, progressant à peu près à la même vitesse. A un moment donné, alors que je suis en tête du convoi, un couple de phacochères déboule juste en face de ma mob, pour aller se planquer dans les fourrés. On aperçoit des hérons, des cigognes, des flamands roses, d’autres phacochères, dans un décor idyllique et visiblement préservé.

Après quelque cent kilomètres (c’est long, croyez-moi…) à se la jouer rallye, évitant les obstacles (le sable, les trous, les bosses) et mordant la poussière, au sens propre du terme, on parvient à un premier poste, celui du parc naturel. Nous payons une taxe pour le droit de traverser le parc. Il nous reste quinze kilomètres jusqu’au poste frontière et la piste ne nous laisse guère le choix : sable ou tôle ondulée. Déjà harassés, nous sommes littéralement achevés par ce tronçon. Malheureusement, les formalités de la frontière sont encore à effectuer, la journée est loin d’être terminée. Nous arrivons. A un premier poste, celui de la frontière mauritanienne, on nous demande 10€ par personne, à titre « d’autorisation de sortie du territoire ». Je dis qu’on est fauchés (ce qui est vrai), vu qu’on n’a pas pu retirer d’argent en Mauritanie. On s’en tire pour seulement 10€ au total. On traverse un pont qui sépare du poste sénégalais. Le « gardien » nous réclame 10€ lui aussi. On reproduit notre numéro. Le gardien semble perdre patience. Au même moment, un 4×4 venant de l’autre côté heurte la barrière et la casse en deux (ce qui nous fait beaucoup rire). Dans la confusion, le gardien nous fait signe de passer. A la douane sénégalaise, l’agent nous fait part d’une info qui nous avait « échappée » : les véhicules de plus de cinq ans sont interdits sur le territoire. Ceci étant, on nous fait comprendre que cette règle est facilement contournable moyennant un petit billet…que nous n’avons pas. Il nous reste en tout et pour tout quelques dirhams et un peu d’ouguiyas, ce qui nous vaut les moqueries du douanier. Nous prenons l’air catastrophé en expliquant notre situation. Il nous invite à attendre le chef de la douane, avec qui on pourra éventuellement trouver une solution. Celui-ci arrive, on lui expose le topo. Au début, il nous dit qu’il suffit que l’un de nous aille jusqu’à Saint Louis pour retirer de l’argent, avant de revenir ici pour lui donner. On lui rétorque qu’il est déjà tard, et que ce serait imprudent que l’un de nous prenne la route seul, de nuit. Il nous invite à faire le change de nos dirhams et de nos ouguiyas en francs CFA. On s’exécute, avant de lui donner en tout 20 000 CFA (30€), c’est-à-dire tout ce qu’il nous reste. Le douanier nous délivre un “passavant” de dix jours, renouvelable, pour une durée totale de 40 jours. Les Allemands doivent mettre la main à la poche, eux aussi, pour faire rentrer leur vieux combi. Le chef de la douane exigera, en plus de l’argent, que Félix lui donne son ballon de foot…

La nuit est déjà tombée, et Saint Louis est encore à 30 km, mais ça y est, on est passé ! Félix nous propose de nous escorter jusqu’à l’ancienne capitale du pays, où l’on souhaite jeter l’ancre quelques jours. On s’élance dans la nuit sénégalaise, réunissant les forces qui nous restent après cette journée interminable. Ponctué du décompte des bornes kilométriques, le trajet semble durer des heures. Dix kilomètres avant Saint Louis, on perd Nono, qui s’arrête pour regonfler sa roue arrière, crevée. Comme si on avait besoin de ça… On repart, la roue tient jusqu’à Saint Louis, où on entre en suivant le combi. On atteint l’auberge de jeunesse, située sur l’île, après avoir traversé le pont Faidherbe, conçu par Gustave Eiffel à l’époque coloniale. Pour la petite histoire, Saint Louis fut la première colonie française en Afrique et l’ancienne capitale du Sénégal et de la Mauritanie. Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2000, la ville se concentre sur une île de deux km de long et sur une bande de terre appelée « Langue de Barbarie », située entre l’Atlantique et le fleuve Sénégal. On arrive à l’auberge, après quelques ensablements dans les rues de la ville. Les chambres sont pleines mais un des gérants, Harouna, nous propose de nous accueillir chez lui, disposant d’une chambre d’hôte, pour le même prix, avec petit déj compris. On le suit, la maison est située à deux pas, à l’extrême nord de l’île. On s’installe dans une des deux chambres, Mela et Carmen prennent l’autre, Félix dort dans le combi. Il est 23h, on se met en quête de quelque chose à manger. On trouve une petite cabane de bric et de broc plantée sur une esplanade. Le propriétaire nous propose des sandwiches à l’omelette et aux oignons. Ici, on rencontre Mbassa, un jeune saint louisien, qui nous propose de nous emmener dans un bar sympa. On est crevés mais l’envie d’une bonne bière bien fraîche abat toutes nos faiblesses… On se retrouve dans un bar super chouette, situé dans un ancien bâtiment colonial aux murs rouges. Nous assistons à la fin d’un concert d’Abdoulaye Cissoko, célèbre joueur de kora, un instrument à cordes traditionnel. On rentre chez Harouna, avant de tomber… comme des mouches.

Distance parcourue : 179 km

Rencontre fortuite sur la route du Sénégal

Jour 81, 12/12/07

Nous quittons l’auberge, puis prenons la route en milieu de matinée. La sortie de la ville est laborieuse, à cause de la circulation pour le moins anarchique et du mauvais état des rues. Pour ne rien gâcher, une pollution étouffante au gasoil nous encrasse les poumons. Les quartiers périphériques, au sud, nous assistons à quelques dures réalités : une misère et une pauvreté palpables, une pollution outrancière (tout le sud de la ville est une véritable décharge à ciel ouvert), des cadavres d’animaux qui jonchent le sol… C’est avec soulagement que nous retrouvons notre désert bien aimé. La chaleur se fait écrasante, mais on avance bien. On s’arrête manger à l’ombre d’un arbre, au bord de la route, après avoir double le cycliste japonais, qu’on avait déjà croisé à plusieurs reprises. Au fil de notre progression, le désert laisse place à un paysage pré sahélien, semé d’arbres et de touffes d’herbes. Le jour décline, on se met en quête d’un village où passer la nuit.

On s’arrête devant une petite épicerie, où l’on nous indique un poste de gendarmerie à cinq kilomètres. On pourra éventuellement y planter la tente pour la nuit. On arrive au barrage de gendarmerie, où l’on nous autorise à nous installer, à proximité du poste. Les enfants du village commencent à arriver, progressivement. Ils sont bientôt une vingtaine et ne nous lâchent pas d’une semelle. Les gendarmes seront obligés d’intervenir pour nous en débarrasser. On plante la tente en face du poste, à même le sable. Les gendarmes, sympas, viennent nous parler et nous posent des questions sur le voyage. Vers 20h, un vieux combi VW bordeaux à la décoration « artisanale » fait irruption au barrage, puis tourne dans notre direction. Il s’agit d’un groupe de trois jeunes Allemands en route vers la Casamance, au Sénégal. Félix, 27 ans, chef de l’équipe, est accompagné de deux amies ; Mela, 21 ans, et Carmen, 23 ans, qui profitent de ce voyage pour faire un « break ». Ils se rendent à Kafountine, station balnéaire où Félix a acheté un petit terrain il y a quelques années. On fait connaissance, en anglais, en se racontant nos expériences. Le soir, on fait un feu pour faire cuire du riz et des légumes dans leur plat à tajine. Félix a une guitare, ce qui me donne l’occasion de me dégourdir les doigts et les cordes vocales. On profite de tous les ingrédients d’une soirée d’été réussie sur la plage : le sable, le feu, la chaleur, la guitare… il ne manque plus que la mer.
Demain, au programme : passage au Sénégal, en empruntant la piste de Diama, qui longe le fleuve Sénégal sur cent kilomètres, afin d’éviter la frontière de Rosso, où paraît-il, la mafia règne…

Distance parcourue : 157 km

Repos bien mérité à Nouakchott


Jour 80, 11/12/07

Programme de la journée : repos, écriture et renouvellement du visa à la sûreté nationale. Je décide de démonter ma roue arrière pour vérifier quelque chose. Tandis que je m’affaire, je me fais charger par une des deux énormes tortues qui résident à l’auberge. Malheureusement, on ne sortira de l’auberge que pour faire des courses et aller chercher notre visa, l’ambiance de la ville étant assez inhospitalière. Les rues sont jonchées de sable et de détritus, le code de la route est aux abonnés absents et les gens semblent assez froids dans l’ensemble. Le soir, on reste tranquilles à l’auberge, à discuter avec d’autres résidents.

Jour 81, 11/12/07

On prend une journée de repos supplémentaire à l’auberge, plus pour profiter du calme qui y règne que de la ville en elle-même. Je consacre mon après-midi à l’écriture, tandis que les gars partent à la recherche de pièces de mob et d’huile 2 temps. Pas de pièces à Nouakchott, qui semble boudée par les cyclomoteurs, mais de l’huile 2 temps pour moteur de bateau, que le gentil quincailler nous offre. On fait pas mal de rencontres à l’auberge, dont le jeune cycliste japonais qu’on avait déjà croisé après Dakhla et à l’hotel Barbas. On rencontre aussi Jérémie, artiste peintre à Paris, venu pêcher avec son père dans le parc du banc d’Arguin. On rertouve également les Suisses croisés en plein désert avant la frontière. Notre visite de la Mauritanie va malheureusement être écourtée en raison de l’impossibilité de retirer de l’argent avec notre carte Visa. Il aurait fallu prévoir des Euros en conséquence… Demain, on reprend la route, direction le Sénégal, qu’on n’atteindra pas avant après-demain.

Cap sur Nouakchott, pour un nouveau record…


Jour 79, 10/12/07

Le réveil est difficile, la nuit à été courte. Surgis de nulle part, les chants cacophoniques des muezzins nous ont réveillé à la première heure. Je pars acheter de quoi manger à l’épicerie de la station. Les trois jeunes employés Mauritaniens qui tiennent la boutique m’invitent à boire le thé avec eux. Sur leur portable dernier cri, ils regardent un clip d’une chanteuse américaine en vogue. Décalage amusant… Tandis qu’on plie nos affaires, deux hommes nous demandent de l’aide pour démarrer leur voiture en poussant (décidément). Benam et moi nous chargeons de cette mission, en vain. Encore bien secoué par ce nouvel effort matinal, je refoule piteusement mon thé à la menthe sur le sable. On prend la route.

La chaleur est caniculaire. Le trajet est ponctué de petits pépins techniques sans gravité, mais qui nous font frémir à chaque fois que l’un de nous s’arrête. On maque une pause pour acheter de quoi grignoter dans une épicerie perdue dans le désert. On avale les kilomètres, sans relâche, subissant la chaleur et les vents de sable. La route nous semble interminable, mais les mobs tiennent le coup. On approche de Nouakchott. On franchit un dernier barrage de police, avant de s’engouffrer dans la circulation anarchique de la ville. Nous battons notre record de kilométrage journalier : 231 km, contre 222 il y a trois jours ! Une atmosphère confuse et chaotique plane sur les lieux. Un épais nuage de pollution flotte dans l’air. Pas de doute, nous sommes bien en Afrique. La ville semble bâtie à même le sable et dépourvue de bâtiments anciens. Complétement vidés par la route et par la chaleur, on trouve l’auberge Menata, point de chute incoutournable pour le routards en chemin vers l’Afrique. Celle-ci est un vrai havre de paix au coeur de l’agitation de la ville. On s’installe, puis on part manger dans un fast-food situé à deux pas de l’auberge. On s’écroule sur nos lits, avides d’une bonne et longue nuit réparatrice…