Loudia Wolof ou les charmes secrets de la Casamance

Jour 105, 05/01/07

Après avoir préparé nos affaires, on quitte Ziguinchor en direction d’Oussouye, vers l’ouest. On s’arrête pour essayer de joindre Nicolas et le prévenir de notre visite. Jusqu’à Oussouye, la route, visiblement toute récente, est en très bon état. Nous traversons des paysages toujours aussi verts et luxuriants, fréquemment traversés par les fameux bolongs. D’Oussouye à Elinkine, le port d’où part la pirogue pour Carabane, il nous faut suivre 25 kilomètres d’une piste étroite et sablonneuse, qui s’enfonce dans une forêt dense et verdoyante. Nous atteignons Elinkine, village qui borde un des bras du fleuve. Ne sachant pas où trouver Nicolas, on demande aux habitants. Certains connaissent Bertrand, un Français installé à Loudia, mais pas Nicolas. On en déduit que Bertrand est l’ami de Nicolas, puis on se lance vers Loudia, en rebroussant chemin vers Oussouye, après avoir dégusté un savoureux Tié Bou Dien. Arrivés à Loudia, nous sommes guidés jusque chez Bertrand par une jeune fille du village, prénommée Mariama, par un chemin sinueux se faufilant entre les cases et la végétation. Une nevada rouge déboule à toute allure sur un chemin situé à quelques mètres de nous. Nous reconnaissons Nicolas, au volant, accompagné d’autres personnes : Adèle, sa femme, originaire de la région, Bertrand et sa femme Lisa. Nicolas et Adèle se rendent à Carabane pour quelques jours et laissent la voiture à Bertrand. Nous ne pourrons nous y rendre que demain, la pirogue doit partir dans les minutes à venir. On se donne rendez-vous pour le lendemain. Bertrand nous invite à nous installer sur son terrain en attendant son retour. Mariama nous accompagne, ainsi que George, un jeune maraîcher de Loudia rencontré sur le chemin. Nous sommes accueillis par le gardien de la maison et quelques gamins du village qui traînent dans les environs. Bertrand nous avait prévenu, « il y a toujours du monde à la maison »… Cette dernière, plutôt sommaire, est bâtie sur un grand terrain encerclé d’une forêt luxuriante. Celle-ci borde une immense rizière irriguée par un bolong. Un puits ainsi qu’une réserve d’eau trônent au fond du terrain. Bertrand et Lisa y cultivent une grande variété de fruits et légumes. Depuis trois ans, ils sont installés ici avec leur deux jeunes enfants, qui fréquentent l’école du village. En attendant leur retour, on joue avec leur singe apprivoisé, qui nous fait bien marrer. Ils ne tardent pas à arriver. On leur explique la raison de notre présence (la rencontre avec Nicolas) et on leur raconte notre voyage. Bertrand accepte qu’on plante la tente sur le terrain pour la nuit, et qu’on lui laisse quelques affaires afin de se rendre à Carabane plus légers. Plus tard, guidés par un gamin du village, nous partons nous balader dans la rizière. Mariama nous emboîte le pas. Nous sommes en pleine saison sèche, le bolong n’est que partiellement inondé. L’endroit est tout simplement magique, cerné par les hauts arbres de la forêt, éclairé par la lumière du jour tombant. Dans le sable humide, de traces semblables à celles d’un énorme chien se dessinent. Le gamin nous indique qu’il s’agit d’empruntes de hyènes, qui rodent en meute la nuit, dans la rizière. Brrr… On marque une pause devant une grande mare où pêche un jeune du village. Benam tente sa chance avec la ligne, sans succès. De retour chez Bertrand, on plante la tente, avant de partager le repas du soir avec nos hôtes. Bertrand nous parle du travail effectué ici depuis son installation, il y a trois ans, sachant que sa femme et lui sont partis de rien. Il nous raconte les journées à dessoucher le terrain, à dresser la clôture traditionnelle (un travail de fou), la difficulté de gagner de quoi vivre en vendant leurs propres récoltes… Il évoque aussi le retard scolaire accumulé par les enfants, qu’il lui faut rattraper avec Lisa. Derrière la carte postale se cachent des aspects bien sombres… Cela ne les a pas découragés pour autant, leurs projets d’avenir sont nombreux : faire du pain dans leur four traditionnel, dont la construction vient d’être achevée, puis le vendre et surtout… construire une vrai maison, face à la rizière, l’actuelle étant provisoire. Demain, on fonce à Elinkine, où on laissera les mobs, puis on prendra la pirogue pour l’île de Carabane.

 Distance parcourue : 69 km

France Inter nous ouvre ses ondes !

Juste un petit mot pour vous annoncer que j’aurai l’honneur d’être interviewé en direct dans l’émission “Au détour du monde” sur France Inter dimanche 3 février, pour parler du voyage. L’interview devrait se dérouler aux environs de 16h45, alors tous à vos postes ! Spéciale dédicace à mon oncle François qui a fait des pieds et des mains pour nous décrocher cette mise en lumière médiatique, prestigieuse en plus ! Papa et Maman, n’oubliez pas d’enregistrer…

Retour à Ziguinchor


Jour 103, 03/01/08

Dès le matin, je me rends au cyber pour taper mes textes. En effectuant des recherches sur Internet (bien mal m’en a pris) je suis pris d’angoisse en découvrant les complications possibles d’une dysenterie amibienne (ulcères intestinaux, affection hépatique pouvant très mal finir…). Je décide de me rendre à l’hôpital régional en quête d’un nouvel avis médical. Benam m’accompagne. On prend un taxi. Aux urgences, les infirmiers m’affirment eux aussi que le traitement que je suis doit faire l’affaire, mais n’excluent pas la possibilité d’une infection amibienne. Ils m’envoient vers un labo privé à Ziguinchor. On s’y rend avec Benam. Nous sommes accueilli par un médecin français, directeur du labo, ce qui n’est pas sans me rassurer. Je lui décris mes symptômes et mes inquiétudes. Une analyse de selles est possible, mais prendrait au moins cinq jours, l’échantillon devant être envoyé à Dakar. Il me propose en revanche d’effectuer une analyse de sang, car il soupçonne une salmonellose, infection due à la salmonelle, un parasite présent dans certains aliments mal cuits. D’après le médecin, celle-ci est facilement traitable à l’aide d’antibiotiques. Cette analyse pourra également donner des indices sur une éventuelle affection de mon foie, en cas d’une présence amibienne. L’analyse révèle effectivement la présence d’une salmonelle, et infirme l’hypothèse d’une infection amibienne. Ouf !! Le soulagement est intense… L’aventure va pouvoir se poursuivre, moyennant un suivi scrupuleux de mon traitement et… beaucoup de repos.

Jour 104, 04/01/08

Je passe la majeure partie de ma journée à écrire et à taper au cyber. L’après-midi, aprè avoir rejoins les gars pour déjeuner, je retourne au cyber et tombe sur… Félix ! sagement installé derrière son écran. On passe un moment à se raconter nos vies. Il passe quelques jours à Ziguinchor chez un ami, le frère de Syriaque, tandis que les filles sont parties en virée avec leur sac à dos vers le parc national du Niokolo-Koba. On se dit à nouveau dit à nouveau au revoir, n’excluant pas l’éventualité de se recroiser incessamment sous peu… On va se balader dans la ville, plutôt agréable au premier abord. Nous prévoyons de reprendre la route demain et de prolonger l’aventure casamançaise, en direction de l’île de Carabane, située plus à l’ouest, dans les mangroves du fleuve Casamance. Nous rendrons visite à Nicolas, un jeune Français rencontré à Nouakchott et qui nous avait invité à Loudia Wolof, chez un ami installé là-bas avec sa famille.

Réveil douloureux pour le jour de l’an…


Jour 101, 01/01/08

Pour changer, la nuit a été mauvaise pour moi, entrecoupée de nouveaux spasmes, qui se poursuivront toute la journée. Je passe ma journée à végéter et à jouer de la guitare, tandis que les gars vont à la plage. Alerté par l’aspect de mes selles (désolé pour les âmes sensibles), qui contiennent du mucus et du sang, je me décide (enfin) à aller consulter un avis médical au poste de santé d’Abéné, situé à deux pas. Le chef du poste m’ausculte, et diagnostique une dysenterie, infection intestinale qu’il faut soigner rapidement. Il me prescrit un traitement de dix jours, qui devrait suffire à me remettre sur pieds. Je lui demande si il est nécessaire que j’effectue des analyses pour déceler d’éventuels amibes, car d’après mon guide de voyage, mes symptômes correspondent exactement à ceux d’une dysenterie amibienne, forme grave de la dysenterie. Il me dit que je peux le faire si je le souhaite, mais que le traitement devrait faire l’affaire. On repart demain pour Ziguinchor, je me rendrai à l’hôpital. Le soir, nous faisons la connaissance d’Alphonse, ami de Syriaque et de Félix, guérisseur traditionnel à Abéné et professeur de philosophie à Banjul en Gambie. Le soir, on mange tous ensemble, du poisson grillé agrémenté de salade et de tomates, délicieusement préparé par Syriaque. Le soir, les gars retournent au festival, tandis que je reste me reposer. Le moral n’est pas au top et je stresse à cause de mon état. J’espère que le traitement me remettra vite d’aplomb et que l’aventure pourra bientôt repartir… sur les chapeaux de roues.

Jour 102, 02/01/08

On se prépare à partir. On remercie Syriaque pour son accueil et son hospitalité. On dit aussi au revoir à nos potos allemands, on se promet qu’on se reverra. On s’arrête manger à Diouloulou, au même petit resto qu’à l’aller. Je ne me sens pas bien, pris de nausées et d’un mal de ventre persistant. La fatigue est également au rendez-vous, je sens qu’il va me falloir plusieurs jours de repos pour me retaper. La route jusqu’à Ziguinchor nous semble interminable, vu qu’on l’a déjà empruntée dans l’autre sens à l’aller. Pour ne rien gâcher, Benam a un problème de carburation, qui nous empêche de dépasser les 40 km/h… Arrivés à Zig, on fonce vers l’auberge Casafrique, recommandée par notre guide. On pose les affaires, puis je repars aussi sec en taxi vers le « Camp militaire », ancienne base de l’Onu chargée du déminage de la région, où l’on peut effectuer des analyses médicales. Je rencontre l’infirmier en chef, qui écoute mes inquiétudes concernant les amibes et me rassure en me disant que ce type d’affection est courant ici et que le traitement prescrit doit suffire à me rétablir. Soulagé, je rejoins les gars à l’auberge. On décide de rester trois nuits, le pour moi moi de refaire une santé avant d’attaquer la suite du périple. J’en profiterai pour actualiser le site.

Petit réveillon tranquille à Abéné


Jour 100, 31/12/07

On se lève tranquillement, réveillé par le coq et les poules qui gambadent dans le jardin. Siriac est là, nous faisons sa connaissance. Au début, on se sent peu gênés d’être chez lui sans qu’il nous ait invité, mais il nous met rapidement à l’aise. Ce soir, nous passerons le réveillon en sa compagnie. Il nous indique qu’il a prévu un canard pour le repas ! Nous nous occupons des légumes, du pain et de la boisson. La journée sera assez passive pour ma part, toujours affecté de maux de ventre. Siriac, bienveillant, me prépare une tisane de feuille de goyavier, un antibiotique naturel pour les problèmes intestinaux. Rastaman trentenaire au tempérament jovial, il cultive -comme beaucoup de casamançais- un certain rapport à la nature, qui selon lui « peut nous apporter tout ce dont on a besoin ». Cette mentalité est propre à la région, riche et luxuriante, où tout pousse et où le gibier est également abondant.

Les gars partent profiter de la plage, tandis que je reste me reposer à la maison. En fin d’après-midi, on enfourche nos mobs pour aller faire des courses à Kafountine, en suivant une piste mauvaise, faite de tôle ondulée. On achète tout ce qu’il faut, avant de rentrer, de nuit, sur la piste. Pas facile… On passe un réveillon très simple et tranquille, sans décompte à minuit ni cotillons, agrémenté d’un véritable festin préparé par Siriac (du canard grillé, au riz et à la tomate) et de quelques bières. En dessert, Carmen nous sert du pain perdu. On se couche relativement tôt, mais c’est pas grave, après tout, sous les tropiques, le réveillon ne peut pas être semblables aux autres…

Direction Abéné, sur la côte casamançaise

Jour 99, 30/12/07
La nuit a été bonne. Mon ventre est encore fragile mais je sens qu’il y a du mieux. On plie les affaires, on passe prendre de l’essence, puis on sort de la ville en direction de Kafountine. On franchit le pont qui traverse le fleuve, avant de se retrouver sur une route sillonnant un « bolong », une étendue inondée et plantée de palétuviers, typique de la région. La route est en piteux état, pavée sur plusieurs kilomètres. Le bolong laisse bientôt place à la terre ferme, jonché d’une végétation dense et haute. Des palmiers, des fromagers et des baobabs poussent en pagaille, laissant souvent entrevoir de grandes clairières cultivées. Des troupeaux de chèvres et de vaches peuplent les lieux. De temps à autres, un bolong entaille ce décor vert et luxuriant. Les maisons, plutôt coquettes et ombrées de verdure, disposent souvent d’un terrain, cerné d’une clôture faite de troncs d’arbres, plantés à la verticale. Dans un village, ma roue arrière crève. Je dois réparer au milieu d’une foule de gamins qui affluent de toutes parts. Ils assistent religieusement à cette petite séance de mécanique. A Diouloulou, on s’arrête manger un délicieux (et pas cher) Tié bou dien (riz au poisson) dans un petit resto fait de bric et de broc. La cuisine se fait à l’ancienne, au charbon et à la marmite, derrière une cloison en tôle. A mesure qu’on s’approche de Kafountine, la route se fait plus étroite et se crible de nids de poule. Nous suivons le plan que Félix nous a fait pour atteindre la galerie Mélentane, un repaire d’artistes locaux, où on pourra nous indiquer son bout de terrain. On atteint le lieu, en passant par un sentier ensablé qui se faufile entre les maisons. Comme par miracle, Félix est présent à la galerie, en compagnie d’autres personnes, dont quelques occidentaux. Les retrouvailles sont chaleureuses… Il nous invite à le suivre jusqu’à Abéné, un village situé à sept kilomètres, dans la maison d’un ami, qu’il est en passe d’acheter. Il loge là-bas avec Carmen et Mela. Afin de rejoindre Abéné, nous empruntons un raccourci très efficace : la plage ! Après avoir sué comme des bêtes pour franchir le sable mou, nous sillonnons la plage jusqu’à Abéné, traversant des troupeaux de vaches lézardant au soleil. En arrivant, on fait une pause bière dans un bar, où la couleur locale ne tarde pas à s’afficher. Le vert-jaune-rouge, les dreadlocks et le djembé sont de rigueur. Des touristes européens sont présents, sûrement venus assister au festival de djembé, qui se tient actuellement. Félix nous guide ensuite jusqu’à la maison, situé sur un grand terrain planté d’arbres et de verdure, à cinq cent mètres de la plage. Celle-ci, très spartiate, est une sorte de grande case circulaire, recouverte de chaume et munie d’une terrasse. Nous sommes chez Siriac, un Sénégalais d’une trentaine d’année, ami de Félix, qui vit à Kafountine. On retrouve Mela et Carmen, tranquillement installée sur la banquette du combi, posée sur la terrasse de la maison. On plante la tente dans le jardin. Le soir, on part tous ensemble faire un tour au festival. Nous assistons à une sorte de scénette musicale, qui fait beaucoup rire le public, et que nous avons la chance de nous faire traduire par un jeune spectateur. Celle-ci laisse place au concert d’un groupe de percussion, puis à la prestation approximative d’un groupe de rap de Ziguinchor, qui « chantent » en playback et à côté du micro, s’il vous plaît ! L’assemblée semble apprécier, nous sommes écroulés, en méchants moqueurs…On ne tarde pas à rentrer, je ne suis toujours pas au top de ma forme. Pendant la nuit, je suis encore pris de douleurs au ventre. Il va falloir agir…

Distance parcourue : 132 km

Escale d’une nuit à Ziguinchor

Jour 98, 29/12/07

Les gars se lèvent tôt pour aller profiter du lever du jour sur le pont. Je les rejoins peu après, ma forme n’étant pas encore au beau fixe. Le bateau commence à s’engouffrer dans l’embouchure du fleuve Casamance. Les rives, d’un vert émeraude, sont couvertes de palétuviers, ces arbustes qui prennent racines dans le lit du fleuve. Les gars m’affirment avoir aperçu des dauphins au loin, puis c’est mon tour d’en entrevoir un, tandis qu’on approche de Ziguinchor. Les rives sont bordées de palmiers et d’arbres de toutes sortes. Des pirogues jonchent la plage. Le bateau accoste, puis on commence à débarquer. Il nous faudra attendre deux heures pour récupérer les mobs, qu’on retrouve avec les caisses déformées par le treuillage. L’attente nous semble interminable. Il fait chaud et mon ventre me fait encore mal…

Une fois les mobs récupérées, on se met en quête d’une auberge. Un jeune nommé Zal, plutôt sympa, nous prend en charge et nous aide à trouver un hôtel. On se retrouve dans un endroit assez cher, les auberges les moins onéreuses étant pleines. Dans la cour de celui-ci, un singe, une cigogne et une grue se promènent tranquillement, sans se soucier des clients. On s’installe, puis on va manger dans un petit resto. Je vais me coucher, complètement à plat. Les gars vont au cyber. Demain, nous prenons la route de Kafountine, plus au nord, vers la frontière gambienne. Nous y rejoindrons nos amis allemands pour passer le réveillon du nouvel an. En espérant que mon état se sera amélioré.

Embarquement immédiat pour Ziguinchor !

Jour 97, 28/12/07

Avoir avoir rangé puis plié nos affaires, nous enfourchons nos montures en direction de Dakar. Mon ventre me fait moins mal, mais je n’affiche pas encore une forme olympique… Le départ du bateau est prévu en fin d’après-midi, ce qui nous laisse largement le temps d’atteindre la capitale, située à une centaine de kilomètres. Il fait très chaud, mais la route se fait bien. Dans les villages que nous traversons, la pauvreté ne se cache pas. Un énorme bouchon sur la quatre voies qui mène Dakar nous laisse penser que nous approchons de la ville. On se faufile sans encombre entre les voitures et les camions, avant de sortir de l’embouteillage. Quelle chance d’être en deux-roues ! Il y en aurait eu pour des heures en voitures… On commence à entrer dans la capitale, par une énorme route sans traçage et sur laquelle règne une certaine confusion, pour rester poli… On ne verra pas grand-chose de la ville, traçant directement vers l’embarcadère du ferry. Il est 17h, on arrive. On prend nos billets, 18000 FCFA par personne plus 10000 par mob. On laisse nos engins sur le quai, avec les autres bagages, d’où ils seront emmenés jusqu’au bateau. Nous attendons l’embarquement dans une grande pièce, avec les autres passagers. Puis on nous fait monter dans un bus, qui nous emmène jusqu’au ferry, situé à quelques centaines de mètres. L’embarquement commence.

On nous mène jusqu’à nos couchettes, situées dans un grand dortoir, que nous partageons avec d’autres passagers. Le bateau, tout récent, fut inauguré en 2005 en remplacement du Joola, tristement connu pour son nauffrage ayant fait près de 2000 victimes en 2002, dû à un chargement excessif. La brutale prise de conscience occasionnée par cette tragédie en a fait un des navires de transports de passagers les plus sûrs d’Afrique de l’Ouest. On pose nos affaires, puis on va se balader sur le pont, profitant de la fraîcheur du soir. Le bateau tarde à partir, le chargement semble donner du fil à retordre aux deux seuls hommes affectés à cette tâche. Les mobs sont en train d’être chargées, dans un filet tracté par un treuil. Aïe aïe aïe… dans quel état risque t-on de les retrouver… La nuit est tombée. On va se poser au bar, où l’on mange un sandwich en buvant un verre. Le départ est imminent. Il est 22h, on devait partir à 19h… Nous quittons le port de Dakar. Drôle d’impression que celle de s’enfoncer dans la nuit, sur les flots sombres de l’Atlantique… Nous profitons de ce moment unique, avant d’aller s’allonger sur nos couchettes. On se laisse bercer par le roulis du bateau, avant de sombrer dans les limbes d’un sommeil… agité.

“Drôle” de séjour à Mbour…

Jour 92, 23/12/07

On se lève tranquillement dans notre résidence de luxe. Objectifs de la journée : se détendre, faire des courses, aller au cyber et profiter de la plage si on a le temps. Demba nous emmène dans un supermarché très “occidental”, aux prix très… “occidentaux”. Je passe mon après-midi au cyber, à rattraper le retard du site. Dans la rue, la plupart des gamins nous réclament de l’argent ou des cadeaux, et nous sommes constamment abordés pour des motifs divers tels qu’un tour en calèche, une “belle fille pour la nuit” ou encore pour acheter des objets de toutes sortes. Nous resterons à Mbour le temps de rattraper le retard du site et pour passer Noël, mais je pense que nous ne nous éterniserons pas ici, malgré le cadre idyllique qui nous est offert…

Jour 93, 24/12/07

Youpi, ce soir c’est Noël et il fait 30° ! Bonne bouffe en percepective, il faut marquer le coup quand même… Inutile de préciser que ça nous fait bizarre à tous les trois de fêter Noël loin de nos familles, sous le soleil du Sénégal. Le matin, on repart au supermarché afin d’acheter ce qui nous manque pour ce soir. Celui-ci est bondé d’occidentaux, pour beaucoup accompagnés d’un ou d’une Noire, qui nous donne, pour la plupart, l’impression de “pousser le caddie”… Pour notre repas du soir, ce sera rôti de boeuf patates et oignons et Magnum et dessert !! Que d’exotisme… On achète aussi du vin rouge (hors de prix) et de la bière. L’après-midi, on profite de la plage, où nous sommes (à nouveau) sollicités pour acheter, encore acheter… Babacar Mbow nous avait prévenus : Mbour est victime d’un tourisme ancien et “traditionnel”, fondé sur la devise “Sea, sex and sun”, qui a littéralement sacrifié les relations entre Noirs et Blancs, inévitablement conditionnées par l’argent. A peine le pas de la maison franchi, et déjà les sollicitations tombent. Il faut sans cesse se justifier et batailler pour faire comprendre que nous n’avons pas d’argent, et creuser pour essayer de rétablir une relation humaine “normale”.

Pour le repas du réveillon, Demba le timide se joint à nous. On passe une petite soirée très sympa, malgré la frustration de ne pas pouvoir aller festoyer à l’extérieur sans être alpagués de tous les côtés… Dans la nuit, je suis réveillé par de violents spasmes intestinaux, que je peine à soulager. Carrément secoué, je finis par vomir tout mon repas de Noël. Quand je repense au ticket de caisse…

Jour 94, 25/12/07

Ding dong ! Il est né le divin enfant ! Pour moi, le réveil est placé sous le signe du mal de bide et de la mauvaise humeur. Les crampes intestinales continuent de plus belles, il va falloir prendre le taureau par les cornes. Au menu : Spasfon et Doliprane, en attendant que ça se calme. Si ça persiste, je déclencherai le plan B. L’après-midi, c’est plage pour les gars, cyber et mal de bide pour moi. Nous prévoyons de reprendre la route vendredi, jour du départ du bâteau Dakar-Ziguinchor, en espérant que cette foutue tourista se sera calmée…

Jour 95, 26/12/07

La nuit a encore été mauvaise pour moi, à nouveau réveillé par des spasmes douloureux. Je déclenche le plan B, aller demander l’avis d’un médecin à l’hôpital. Je m’y rend à pied, il est situé à deux pas de la maison. La salle d’attente est bondée, et la confusion qui règne m’incite à tourner les talons. Je me rabats sur une pharmacie, où l’on me rassure en me disant que mes symptômes sont typiques d’une bonne tourista. On me prescrit du spasfon et de l’immodium, les médicalments classiques pour soigner ce mal du voyageur. Il me reste encore la journée de demain pour récupérer avant de reprendre la route.

Jour 96, 27/12/07

On se prélasse, mais on se lasse… L’ambiance de la ville commence sérieusement à nous gonfler, alliée pour moi à ce foutu mal de ventre. On commence à se préparer pour partir demain, pas mécontents de quitter l’atmosphère malsaine qui règne ici. On profite tout de même de la villa, une dernière fois, et de la plage.

De N’dem à Mbour, changement d’ambiance radical…

Jour 91, 22/12/07

On se lève, on prend le petit déj, on se prépare. Babacar, disponible et chaleureux, m’accorde la fin de son interview. Après les avoir remercié, lui et Aïssa pour leur hospitalité sans borne, nous reprenons la route, en direction de Mbour. Nous continuons la piste jusqu’à Bambey, où il nous faut trouver des chambres à air neuves. Je crève (de l’avant) en entrant dans la ville… On parvient à pousser jusqu’à un réparateur, qui nous trouve des chambres à air. On repart, en suivant la route de Dakar. La chaleur est étouffante, même sur les mobs. On s’arrête manger un sandwich à l’ombre d’un baobab. On arrive à Thiès, où il faut tourner pour rejoindre Mbour, vers le sud, sur la « petite côte ». Un taxi nous guide vers la bonne route. Jusqu’à Sindia, la route nous offres des paysages splendides, vallonnés et semés de petits villages traditionnels. A Mbour, nous devons rejoindre la maison de vacances d’une amie de Benjamin, qui nous a gracieusement proposé cet hébergement. Nous pourrons profiter de cet endroit pour nous reposer, actualiser le site et accessoirement passer Noël. Nous entrons dans la ville, puis nous rendons à l’hôtel Blue Africa, dont le gérant est également le « gardien » des clés de la maison. Fodé, c’est son nom, n’est pas encore là mais devrait arriver d’une minute à l’autre. En l’attendant on s’installe à la terrasse du bar de l’hôtel, située à même la plage, ombrée de palmiers, en sirotant une bière. Fodé l’ouragan arrive, et nous fait un accueil des plus sympathiques. Il nous mène jusqu’à la maison, située à deux pas. Celle-ci a la forme d’une grande case traditionnelle, recouverte d’un toit en chaume. Elle dispose d’une chouette petite terrasse et d’un intérieur tout confort super chic. C’est presque trop pour nous, désormais habitués à nous contenter du minimum… Mais on ne va pas cracher dessus, un peu de repos nous fera le plus grand bien. Nous faison connaissance avec Demba, 23 ans, gardien de la maison. Fodé nous laisse les clés, on s’installe, n’y croyant qu’à moitié, un peu décalés. La soirée sera courte, on est crevés, mais on se rattrapera à Noël…

Distance parcourue : 116 km