Jour 105, 05/01/07
Après avoir préparé nos affaires, on quitte Ziguinchor en direction d’Oussouye, vers l’ouest. On s’arrête pour essayer de joindre Nicolas et le prévenir de notre visite. Jusqu’à Oussouye, la route, visiblement toute récente, est en très bon état. Nous traversons des paysages toujours aussi verts et luxuriants, fréquemment traversés par les fameux bolongs. D’Oussouye à Elinkine, le port d’où part la pirogue pour Carabane, il nous faut suivre 25 kilomètres d’une piste étroite et sablonneuse, qui s’enfonce dans une forêt dense et verdoyante. Nous atteignons Elinkine, village qui borde un des bras du fleuve. Ne sachant pas où trouver Nicolas, on demande aux habitants. Certains connaissent Bertrand, un Français installé à Loudia, mais pas Nicolas. On en déduit que Bertrand est l’ami de Nicolas, puis on se lance vers Loudia, en rebroussant chemin vers Oussouye, après avoir dégusté un savoureux Tié Bou Dien. Arrivés à Loudia, nous sommes guidés jusque chez Bertrand par une jeune fille du village, prénommée Mariama, par un chemin sinueux se faufilant entre les cases et la végétation. Une nevada rouge déboule à toute allure sur un chemin situé à quelques mètres de nous. Nous reconnaissons Nicolas, au volant, accompagné d’autres personnes : Adèle, sa femme, originaire de la région, Bertrand et sa femme Lisa. Nicolas et Adèle se rendent à Carabane pour quelques jours et laissent la voiture à Bertrand. Nous ne pourrons nous y rendre que demain, la pirogue doit partir dans les minutes à venir. On se donne rendez-vous pour le lendemain. Bertrand nous invite à nous installer sur son terrain en attendant son retour. Mariama nous accompagne, ainsi que George, un jeune maraîcher de Loudia rencontré sur le chemin. Nous sommes accueillis par le gardien de la maison et quelques gamins du village qui traînent dans les environs. Bertrand nous avait prévenu, « il y a toujours du monde à la maison »… Cette dernière, plutôt sommaire, est bâtie sur un grand terrain encerclé d’une forêt luxuriante. Celle-ci borde une immense rizière irriguée par un bolong. Un puits ainsi qu’une réserve d’eau trônent au fond du terrain. Bertrand et Lisa y cultivent une grande variété de fruits et légumes. Depuis trois ans, ils sont installés ici avec leur deux jeunes enfants, qui fréquentent l’école du village. En attendant leur retour, on joue avec leur singe apprivoisé, qui nous fait bien marrer. Ils ne tardent pas à arriver. On leur explique la raison de notre présence (la rencontre avec Nicolas) et on leur raconte notre voyage. Bertrand accepte qu’on plante la tente sur le terrain pour la nuit, et qu’on lui laisse quelques affaires afin de se rendre à Carabane plus légers. Plus tard, guidés par un gamin du village, nous partons nous balader dans la rizière. Mariama nous emboîte le pas. Nous sommes en pleine saison sèche, le bolong n’est que partiellement inondé. L’endroit est tout simplement magique, cerné par les hauts arbres de la forêt, éclairé par la lumière du jour tombant. Dans le sable humide, de traces semblables à celles d’un énorme chien se dessinent. Le gamin nous indique qu’il s’agit d’empruntes de hyènes, qui rodent en meute la nuit, dans la rizière. Brrr… On marque une pause devant une grande mare où pêche un jeune du village. Benam tente sa chance avec la ligne, sans succès. De retour chez Bertrand, on plante la tente, avant de partager le repas du soir avec nos hôtes. Bertrand nous parle du travail effectué ici depuis son installation, il y a trois ans, sachant que sa femme et lui sont partis de rien. Il nous raconte les journées à dessoucher le terrain, à dresser la clôture traditionnelle (un travail de fou), la difficulté de gagner de quoi vivre en vendant leurs propres récoltes… Il évoque aussi le retard scolaire accumulé par les enfants, qu’il lui faut rattraper avec Lisa. Derrière la carte postale se cachent des aspects bien sombres… Cela ne les a pas découragés pour autant, leurs projets d’avenir sont nombreux : faire du pain dans leur four traditionnel, dont la construction vient d’être achevée, puis le vendre et surtout… construire une vrai maison, face à la rizière, l’actuelle étant provisoire. Demain, on fonce à Elinkine, où on laissera les mobs, puis on prendra la pirogue pour l’île de Carabane.
Distance parcourue : 69 km

















