Petite pause en compagnie de l’Ecole Mobile

Jour 118, 18/01/08

Jean-Michel nous invite à prendre le petit-déj avec le groupe. On commence à s’imprégner de l’ambiance de « Ecole Mobile », une sorte de grande famille, où chacun met du sien pour le bon fonctionnement du groupe. On goûte au pain qu’ils font eux même chaque matin. Après le petit-déj, chacun se voit attribué une tâche précise : certains sont de corvée de bois, d’autres font la vaisselle, etc. Et tout cela sans rechigner. On sent que Jean-Michel, par son charisme et sa forte personnalité, joue un véritable rôle de ciment pour le groupe. A l’Ecole Mobile, il n’y a pas de tabous qui tiennent, tout s’exprime, tout se dit, quitte à employer un langage parfois cru et très direct. Les jeunes semblent plutôt épanouis, chacun a l’air de tenir sa place au sein du groupe. L’après-midi, on retourne se baigner. On lave notre linge, direct dans l’eau du fleuve. On monte au sommet des chutes, où l’eau, qui s’écoule dans une multitude de petits torrents, creuse la roche en lui donnant des formes impressionnantes. On profite encore de ce site paradisiaque et de l’ambiance très conviviale de l’Ecole Mobile. On prévoit de reprendre la route demain, en direction de Bafoulabé. D’après Jean-Michel, qui connaît bien la piste, le tronçon qui nous attend n’est pas le plus facile. Ca promet…

Au bord de la piste, un petit coin de paradis…

Jour 117, 17/01/08

La nuit a été relativement bonne. Au réveil, Benam s’aperçoit qu’il lui manque quelques affaires, dont une lampe torche. A coup sûr, on s’est fait piquer des affaires au barrage. Rien de grave, mais ça nous rappelle à la vigilance. On reprend la route, après avoir remercié notre hôte. On se retrouve sur une piste de sable tassé, d’un mètre cinquante de large, se faufilant entre les broussailles. Ma chaîne, détendue, déraille toutes les cinq minutes, ce qui m’oblige à m’arrêter pour la remettre. Les buissons laissent fréquemment entrevoir le fleuve, qui s’écoule paisiblement à notre gauche. De temps en temps, on croise une moto ou un 4×4. Apres quarante kilomètres, qui en paraissent le double, on atteint un gros village, Diamou, où l’on s’arrête manger. Je trouve un réparateur, qui raccourci ma chaîne. On repart. On se retrouve sur une espèce d’ancienne route goudronnée, défoncée. De hautes collines rocheuses nous surplombent de parts et d’autres. Un panneau annonce les chutes de Gouina à droite, un autre site naturel dont on ne sait pas encore grand chose. On décide de bifurquer. La piste devient un chemin de cailloux, qui s’apparente plus à un GR de haute montagne qu’à une piste « officielle ». La terre et les cailloux sont pourpres, contrastant avec la couleur de la végétation, plutôt jaune pâle. La progression se fait bien, malgré les secousses et la fatigue, liée autant à l’attention portée à la route qu’à l’effort physique. On passe sur d’immense blocs de roches. La piste débouche alors sur la rive du fleuve, sous une végétation verte et dense. Les lieux sont déjà occupé par un campement. Derrière les buissons, on aperçoit des 4×4 et des tentes. On décide d’aller se présenter et de rencontrer les gens. Nous sommes accueillis par un jeune adulte et un adolescent, qui gardent le campement. Il s’agit de Christophe et Stéphane, respectivement psychologue et élève de l’Ecole Mobile, sorte de centre éducatif nomade, qui sillonne l’Afrique de l’Ouest pendant une année scolaire. Equipée de quatre 4×4 et de tout le matériel nécessaire, l’Ecole Mobile emmène chaque année depuis treize ans une douzaine d’adolescents issus de la DDASS, souvent en grande difficulté scolaire, afin de les faire évoluer dans un contexte autre, loin de leur quotidien. Nous choisissons de planter la tente à côté de leur campement, par sécurité. Le groupe, qui était parti se baigner près des chutes, arrive. Nous faisons la connaissance de Jean-Michel, directeur de l’école, de sa femme Françoise, éducatrice, de Fred, éducateur lui aussi et du groupe d’élèves. On sympathise avec tout ce petit monde, avant d’aller à notre tour se baigner dans les chutes. Le décor est tout simplement fabuleux. Les chutes font bien vingt-cinq mètres de haut et se jettent dans un panache impressionnant, avec un bruit tonitruant. On se baigne dans l’eau du fleuve, plongeant depuis un promontoire rocheux perché à six mètres de haut. On rentre au campement. Jean-Michel nous offre des boîtes de raviolis, des quenelles et de la terrine de cerf… qu’on dévore comme si on n’avait pas mangé depuis des semaines. On prévoit de rester deux nuits, afin de profiter comme il se doit de ce coin magique.

Distance parcourue : 64 km

Passage au Mali, Kayes, Médine, Félou…

Jour 116, 16/01/08

On quitte l’hôtel. A la frontière, le policier nous réclame habilement un cadeau. On décline poliment, appuyant le fait qu’on a presque plus d’argent. On arrive à la frontière Malienne, où l’on nous délivre un visa d’un mois, pour 15 euros. On passe au Mali, avec une certaine euphorie, celle d’avoir atteint le dernier pays de notre trajet, ce qui a son importance. La route est large et très bonne, sûrement très récente. La brousse est jonchée de grands baobabs, sur des dizaines de kilomètres. On ramasse des pains de singe, le fruit de ce gros arbre africain, dont on machouille la chair sèche et acidulée. On atteint Kayes en début d’après- midi. Au premier abord, l’aspect de la ville ne nous dépayse pas vraiment du Sénégal. On trouve une sorte d’auberge de jeunesse indiquée dans le guide, mais la vétusté et la saleté des lieux nous fait tourner les talons. Apres avoir demandé conseil auprès d’habitants à la station essence, on décide de pousser jusqu’au fort de Médine, à 15 km, pourquoi pas jusqu’aux chutes de Félou à 18 km, où l’on pourra éventuellement passer la nuit. Pour rejoindre Bamako, nous avons deux solutions : continuer après les chutes en suivant la piste, au risque d’en baver et d’avoir des difficultés en cas de panne, ou revenir sur Kayes pour rattraper la nationale. On décide d’aviser après avoir rejoins les chutes. On quitte la ville, se retrouvant effectivement sur une piste particulièrement accidentée, dans un relief rocailleux. Le décor est fabuleux, fait de collines arides et minérales, de terre rouge ocre virant parfois au pourpre. Ca monte, ça descend, on évite les pierres et les trous. Les mobs tiennent le coup. On arrive au pied de ruines et de bâtiments coloniaux en cours de restauration. Il s’agit du fort de Médine, érigé au temps de la colonisation pour en faire une place commerciale d’envergure. Celui-ci surplombe le fleuve, dans un paysage enchanteur. Nous visitons le site, guidé par un jeune du village. Il nous dresse l’historique du fort, place forte du commerce lors de la colonisation, bénéficiant d’une situation stratégique liée au fleuve et à la voie ferrée qui reliait (et relie encore) Bamako à Dakar. Le jeune guide en formation nous propose ensuite de le retrouver aux chutes de Félou, à trois kilomètres, pour continuer la visite. On enfourche les mobs. La piste se faufile entre le fleuve et un massif rocheux, dans un paysage onirique. On atteint bientôt les chutes, curiosité géologique sans comparaison, qui s’étale sur des centaines de mètres. La roche, creusée pas l’eau, a donné à la pierre des formes incroyables, formant des sortes de grandes « marmites ». On laisse les mobs prés d’une station hydraulique. On se promène dans ce décor irréel, sautant de rochers en rochers. Pour passer la nuit, notre guide nous propose de planter la tente chez son ami qui tient une buvette au village d’à coté. On entre dans le village, « Lontou », la nuit est en train de tomber, on arrive chez son ami. Son bar est situé sur une grande parcelle contenant trois petites cases et fermé par un mur de torchis. Il nous autorise à planter la tente sur le terrain, en échange de consommations. Il nous propose aussi de nous faire à manger, ce qu’on accepte. On s’installe confortablement à la table, où nous discutons avec nos hôtes et un type du village, en sirotant une bière. D’après les infos qu’on obtient, la piste jusqu’à Bamako est très difficile, mais elle longe le fleuve dans des paysages magnifiques, paraît-il. On décide de tenter le coup, après tout, c’est l’aventure…

Distance parcourue : 114 km

Dernier rush avant la frontière malienne

Jour 114, 14/01/08

Le matin, c’est grand nettoyage à l’auberge ! On lave notre linge sale, c’est à dire tout notre linge… Pendant que ça sèche, on écrit sur nos carnets de voyage respectifs. Après avoir mangé un délicieux mafé (de la viande et du riz avec une sauce aux arachides), on quitte l’auberge pour rejoindre la pension, située à quelques rues de là. Je me rends au cyber, tandis que Benam part à la recherche de sa pièce de rechange. Lorsque je rentre à la pension, il fait nuit, et le pauvre Benjamin a écumé toutes les boutiques de pièces détachées de la ville, sans succès. Il est quand même parvenu à faire régler sa mob. Le soir, on mange dans un petit resto, qui sert du phacochère avec des frites. Ca ressemble au porc, en moins gras, et plus dur, mais c’est très bon. Demain, on vise la frontière Malienne, qu’on ne franchira sûrement qu’après-demain.

Jour 115, 15/01/08

On prend la route de bonne heure, 180 kilomètres nous séparent de la frontière. On roule des heures durant, sur une route plutôt bonne. On s’arrête dans un village, animé pas un grand marché, pour acheter de quoi déjeuner. On achète des beignets, des fruits et du pain. On s’arrête manger en brousse, un peu plus loin. On roule encore. Les paysages, faits de forêts basses et sèches, sont assez monotones. On atteint Kidira, la dernière ville avant la frontière. On descend au seul hôtel de la ville, relativement propre et bien tenu. On négocie le prix des chambres, qu’on arrive à bien faire baisser (15000 FCFA au lieu de 25000). Les gars restent écrire, je vais me balader seul dans la ville. Pas un touriste à l’horizon, mon passage semble faire sensation. Les gens, sympas et joviaux, me disent bonjour, les gamins viennent à ma rencontre, parfois pour réclamer un cadeau, parfois pour rien. Plus tard, on va manger dans une cabane de tôle qui fait restaurant, du riz au poisson pour 500 F. On rentre se coucher tôt à l’hôtel car demain, on attaque le dernier pays de notre longue ballade, le Mali. On ne sait pas encore où passer la nuit, peut être à Kayes, ce qui nous permettrait de mettre le site à jour.

Distance parcourue : 187 km

Chutes de Gouina

Opération réparation à Velingara, puis direction Tamba

Jour 113, 13/01/08

Les gars vont avec Abdoulaye à l’atelier, je reste à écrire dans la chambre. Impossible de trouver le pièce de rechange. Abdoulaye propose de la fabriquer. Il s’exécute, puis remonte le tout. La mob fonctionne, mais ce n’est pas encore ça. On le remercie pour son accueil et son coup de main, puis on prend la route, direction Tambacounda. Faute de temps et d’argent, on décide de ne pas faire escale au parc du Niokolo-koba. On s’arrête manger un sandwich en pleine brousse, à proximité d’un petit village. Des habitants viennent à notre rencontre. Il y a un enseignant parmis eux. On discute, on raconte notre voyage. On repart. La mob de Benam roule mal, on doit s’arrêter plusieurs fois pour effectuer des réglages. Rien n’y fait, je me voit obligé de tracter Benam pour rejoindre Tamba. On arrive à la tombée de la nuit. On peine à trouver l’hôtel indiqué dans le guide, qui en plus s’avère être complet. On se rabat sur une autre auberge, plus chère , mais plus confortable. Pour ne rien gâcher, l’accueil est plutôt sympa. Demain, on prévoit de rester pour consacrer du temps au site. Benam tentera quant à lui de régler son problème. On ira à la pension indiquée dans le guide, nettement moins chère.

Distance parcourue : 105 km

Petite panne au beau milieu de la brousse…

Jour 111, 11/01/08

Les gars se lèvent à l’aube, pour profiter du lever du jour. Je reste au lit. On se prépare a prendre la route en discutant avec des jeunes du village, qui rêvent de partir en France. Ils voient notre pays comme un Eldorado, où l’argent coule à flot. Avec soin, nous tentons de relativiser les idées fausses qu’ils ont de l’Europe. On remercie le chef du village en lui offrant du thé et du miel acheté sur l’île de Carabane. On prend la route. On décide de s’arrêter à Kolda pour passer une nuit à l’hôtel, régler les problèmes de mob et pour ma part aller faire vérifier mon ventre dans un dispensaire. Sur la route, on croise deux jeunes américaines qui se promènent en vélo. On s’arrête pour discuter. Elles sont en mission humanitaire pour deux ans à Kolda. Elles sont justes en promenade pour la journée. On atteint Kolda en fin de matinée. On trouve un hôtel plutôt classe avec piscine, où l’on parvient à négocier une chambre à bas prix. Je fonce en taxi jusqu’à l’Hopital régional. Je demande à voir un médecin. Je suis pris en charge pas un infirmier, qui écoute mon histoire et m’ausculte. Il me dit qu’il n’y a rien de grave, juste un transit qui peine à reprendre et une grosse fatigue. Il me prescrit tout ce qu’il faut pour me requinquer. Une fois de plus, le soulagement est énorme. Je rejoins les gars à l’hôtel. Ils n’ont pas réussi à régler le problème de Benam. Sa mob roule, mais on risque de se traîner encore, tant que ce n’est pas résolu. Je pars chercher mes médicaments, ce qui me donne l’occasion d’une belle ballade dans la ville. Les gens sont plutôt sympathiques et n’hésitent pas à dire bonjour, spontanément. On se baigne dans la piscine. Le soir, on regarde Canal+, la chambre dispose d’une télé avec le satellite. On ne crache pas sur cette petite parenthèse de modernité… On se couche tôt, pour ma part, je suis… laminé.

Distance parcourue : 48 km

Jour 112, 12/01/08

Enfin, une bonne vraie nuit réparatrice ! Le moral reprend du galon. On prend la route de Tambacounda. On traverse une multitude de petits villages, faits de cases traditionnelles. A notre passage, la plupart des gens nous saluent ou nous font des signes amicaux. Les enfants crient  « toubab, toubab » ou réclament un cadeau. La route est souvent mauvaise et criblée d’ornières énormes, qu’il nous faut éviter, au risque de tout casser. On est souvent obligés de prendre des pistes parallèles à la route. Dans un village, on se retrouve nez à nez avec… Aad Ham, le cycliste hollandais qu’on avait croisé au Maroc entre Tineghir et Ouarzazate !! Le monde est petit, on ne le dit jamais assez… La mob de Benam a de plus en plus de mal à avancer, on roule à 20km/h, puis 10km/h… On s’arrête, on tente de démonter pour trouver une solution. Deux jeunes en moto s’arrêtent à notre hauteur. L’un d’entre eux est mécanicien moto à Velingara, ville située à 30 km. Il prend les choses en main, et trouve le problème. Il s’agit d’une pièce située entre le carburateur et le cylindre, qui est cassée. Il nous propose de tracter Benam jusqu’à la ville. Abdoulaye, c’est son nom, nous invite à dormir chez lui et à son atelier, où il pourra réparer la mob. On accepte. On arrive chez lui à Velingara, après 40 km dans la brousse, durant lesquelles Benam se fait tracté par la petite moto chinoise. Abdoulaye nous emmène manger dans un resto, où l’on déguste du poisson grillé. On rentre se coucher, à trois dans sa petite chambre. Les gars dorment par terre, en tant que malade officiel, je dispose d’une place sur le lit d’Abdoulaye. Sur les poutres du plafond, les souris (ou les rats, on ne saura jamais…) se tirent la bourre. Dans les toilettes, c’est une armée de blattes grosses comme le pouce qui oeuvrent pour rendre le lieu accueillant… D’après Benam, il y en a sous le lit, également. Je m’épargne la vérification de cette information. Abdoulaye, quant à lui, nous abandonne dans son quatre étoiles pour aller enflammer le dancefloor en boîte de nuit. Il ne rentrera qu’à six heures du matin.

Distance parcourue : 139 km

L’aventure casamançaise se poursuit…

Jour 110, 10/01/08

Réveil difficile…mais il faut prendre la route. Nouveau départ, nouveaux adieux avec nos amis allemands… mais jusqu’à quand ? On repasse par Ziguinchor pour prendre la route de Bignona vers Kolda. On retrouve le bolong et les pavés qui nous avaient mené jusqu’à Abéné. Après Bignona, la route est droite et large, sans intérêt majeur. Dans un petit village, je prends un casse-vitesse trop vite, ce qui fait taper mon pot d’échappement contre le carburateur, qui se déboîte. Rien de cassé, je remonte le tout rapidement. Une horde de gosses commence à nous encercler pour assister à la scène. On repart. Plus tard, Benam crève, on s’arrête pour réparer. On progresse, mais lentement, la mob de Benam connaît toujours ses inextricables problèmes de carburation. Avant la nuit, on décide de s’arrêter dans un village qui borde la route, « Oudoucar », pour y trouver le gîte. Nous demandons au chef du village l’autorisation de planter la tente pour la nuit. Notre arrivée fait sensation. Les gamins nous tournent autour et de nombreux habitants se succèdent pour venir nous saluer. On nous indique un emplacement, sorte de terrain vague où déambulent poules, ânes, chèvres et autres animaux de la ferme… On se fait chauffer des saucisses lentilles en boîte. Pour une raison indéterminée, le repas ne tiendra pas deux minutes dans mon estomac. Une fois couché dans la tente, je sens comme des grosseurs douloureuses en palpant mes intestins, qui me font envisager le pire. Puis, c’est carrément une crise d’angoisse qui s’empare de moi, craignant de subir d’éventuelles complications liées à la dysenterie. Je décide de retourner voir un médecin demain à Kolda, pour faire le point.

Distance parcourue : 163 km

Jour 111, 11/01/08

Les gars se lèvent à l’aube, pour profiter du lever du jour. Je reste au lit, la nuit a été très courte pour moi. On se prépare à partir, tout en discutant avec des jeunes du village, qui rêvent de partir en France. Ils voient notre pays comme un Eldorado, où l’argent coule à flot. Avec soin, nous tentons de relativiser les idées fausses qu’ils se font de l’Europe. On remercie le chef du village en lui offrant du thé et du miel acheté sur l’île de Carabane. On prend la route. On décide de s’arrêter à Kolda pour prendre une nuit en hôtel et régler les problèmes de mob. J’aimerai pour ma part me rendre dans un dispensaire pour faire vérifier mon ventre. Sur la route, on croise deux jeunes américaines qui se promènent en vélo. On s’arrête pour discuter. Elles sont en mission humanitaire pour deux ans à Kolda. Elles sont juste en promenade pour la journée. On atteint Kolda en fin de matinée. On trouve un hôtel plutôt classe avec piscine, où l’on parvient à négocier une chambre à bon prix. Je fonce en taxi jusqu’à l’Hôpital régional. Je demande à voir un médecin. Je suis pris en charge par un infirmier, à qui je raconte mes petits soucis. Il m’ausculte puis me dit qu’il n’y a rien de grave, juste un transit intestinal qui peine à reprendre et une grosse fatigue. Il me prescrit tout ce qu’il faut pour me requinquer. Soulagé, je rejoins les gars à l’hôtel. Ils n’ont pas réussi à faire régler le problème de carbu de Benam. Sa mob roule, mais à 40 km/h… Je pars à la recherche d’une pharmacie, ce qui me donne l’occasion d’une belle ballade dans la ville. Les gens sont plutôt sympathiques et me saluent, spontanément. On profite de la piscine de l’hôtel. Le soir, on regarde Canal+, la chambre dispose d’une télé avec le satellite. Je me couche tôt, car pour ma part je suis… laminé.

 Distance parcourue : 48 km

Retour à Ziguinchor, encore…

Jour 108, 08/01/07

On se lève relativement tôt pour ne pas rater la navette du retour, qui part à 10h. Thomas, Nicolas et Adèle nous emboîtent le pas. A l’embarcadère, la pirogue ne peut accoster à cause des vagues et de fortes bourrasques qui sévissent sur le fleuve. Nous devons aller embarquer sur une autre rive. Le bateau est plus petit qu’à l’aller et le piroguier adopte un style de navigation plutôt hasardeux. Les vagues, en plus de nous tremper des pieds à la tête, font tanguer dangereusement l’embarcation. Inutile de préciser qu’on n’est vraiment pas rassurés… On atteint Elinkine, trempés mais en vie. Bertrand et Lisa sont à l’embarcadère, avec leurs deux enfants, venus chercher Nico et Adèle. On récupère les mobs au campement, avant d’aller manger un tié bou dien dans un resto du village. On rejoint Loudia, où l’on récupère nos affaires puis on prend la route de Ziguinchor, après avoir dit au revoir à tout le monde. A Oussouye, on discute le coup avec un douanier, qui semble subjugué par notre périple. Au même moment, Benam s’aperçoit que le compteur a dépassé les 7000 km. On arrive sur Ziguinchor, où on retrouve la chambre qu’on avait laissé quelques jours plus tôt à l’auberge Casafrique. Demain, on attaque l’est de la Casamance, vers Kolda. Le soir, en se baladant dans la ville, on tombe sur Carmen et Mela, qui viennent de rentrer de leur escapade vers le parc du Niokolo-Koba, qu’elles nous déconseillent en passant, celui-ci étant selon elles un vrai piège à touristes. On prévoit de se retrouver le lendemain matin pour le petit déjeuner. On décide de rester encore demain pour actualiser le site.

Distance parcourue : 60 km

Jour 109, 09/01/08

La priorité de la journée : actualiser le site. Comme convenu, on rejoint Carmen et Mela pour boire un café dans un bar du centre-ville. Je passe une bonne partie de la journée au cyber à taper mes textes, tandis que les gars font de la maintenance mobylesque. On plie les affaires en fin d’après-midi et rejoignons les filles chez un ami de Félix où elles logent, dans l’espoir de pouvoir y passer la nuit, sachant qu’on ne peut pas prendre la route ce soir. Nous faisons la connaissance de Léger (alias DJ Cool), le propriétaire des lieux, qui se trouve être animateur dans une radio locale. Il tient à nous préciser la signification de son acronyme : C comme Compétent, O comme Organisé, O comme Opérationnel et L comme Loyal, ça fait COOL ! Il accepte tout naturellement de nous héberger chez lui pour la nuit. Nous partons à la recherche d’un endroit pour boire un verre et pour manger. DJ Cool nous emmène dans un bar, où nous sommes rejoints par Félix, qu’on ne s’attendait pas à voir débarquer, accompagné de Cyril, le frère de Syriaque. On part ensuite chercher à manger dans une sandwicherie locale, où l’on goûte au faraya, une sorte de chausson fourré à la viande de bœuf. On ne tarde pas à rentrer, prévoyant d’atteindre Kolda demain, situé à quelque 180 km. DJ cool nous propose une chambre, mais le matelas qui s’y trouve diffuse une telle quantité de poussière que nous préférons imiter les filles en dormant à la belle étoile sur la terrasse. La nuit sera courte, interrompue à l’aube par les chants stridents du muezzin…

Escale sur l’île de Carabane

Jour 106, 06/01/08

Nuit bof, ventre bof, j’attend avec impatience que le traitement commence à faire effet. On laisse nos caisses et pas mal d’affaires chez Bertrand, afin de se rendre sur Carabane le plus léger possible. On s’élance vers Elinkine, sur la piste de sable qu’on avait déjà emprunté hier. On atteint le resto-campement « Le Fromager », qui borde la lagune. La gérante accepte de garder nos mobs pour la nuit, pour 1500 FCFA. En attendant le départ de la pirogue, on déjeune au restaurant. On joue avec un petit singe domestiqué appartenant au fils des gérants. Celui-ci s’éclate comme un fou en faisant des acrobaties sur les mobs et sur nous. Le départ de la pirogue, dont l’heure semble assez aléatoire, se fait attendre. Vers 18h, le piroguier vient enfin nous prévenir que celle-ci est prête à partir. En compagnie d’une quinzaine de personnes, on monte dans le bateau, qui mesure environ huit mètres de long. Nous discutons avec quelques passagers, qui nous affirment que beaucoup de pirogues de réfugiés partent d’ici pour l’Europe. Quand on observe les conditions de sécurité à bord, on réalise les risques énormes que ce genre de croisière représente. La pirogue s’élance dans la mangrove, et prend la direction de l’île, situé à environ trois kilomètres. Après une demi-heure de trajet, on atteint l’embarcadère de l’île, où nous sommes accueillis par Louis, jeune gérant d’un campement. Il a été envoyé par Nicolas pour venir nous chercher et nous mener jusqu’à destination. On le suit en longeant la plage, bordée de restaurants, d’hôtels et d’anciens caravansérails en ruine. L’île fut en effet l’un des premiers comptoirs français de la région dès 1836. Sur la route, on rencontre Nicolas et Adèle, venus à notre rencontre. Ils nous emmènent boire un verre puis manger dans un restaurant bordant la plage. Nous sommes rejoint par Thomas, un jeune Français installé au Sénégal, qui fait actuellement étape à Carabane. Après le repas, partagé dans une ambiance conviviale, et un bon quart d’heure de marche, on atteint le campement « Lilibé ». Malheureusement, il fait déjà nuit, le spectacle est reporté au lendemain. Pour des questions de budget, on décide de planter la tente. On finit la soirée en discutant avec les autres résidents du campement. Demain, c’est baignade, pêche, écriture et surtout… profiter à fond de ce cadre enchanteur.

Jour 107, 07/12/07

On ne s‘était pas trompés, le cadre est paradisiaque ! Le campement, ombragé, a les pieds dans l’eau du fleuve. La petite plage qui s’offre à nous est toutdroit tirée d’une carte postale. Lilibé était à la base un campement intégré, initié par des Français et destiné à accueillir différents projets culturels. Malheureusement, sa gestion difficile le fit peu à peu tomber en désuétude. Il est aujourd’hui géré par Louis et Médoune, deux jeunes originaires de l’île, qui tentent bon gré mal de gré de faire vivre le site. Ce dernier est composé d’une grande case traditionnelle diola à impluvium (dont la toiture en entonnoir sert à recueillir les eaux de pluie) qui accueille les chambres, et de petites cases périphériques. Le matin, genoux dans l’eau, on tente de pêcher quelques coques, qui foisonnent dans l’eau du fleuve, afin de disposer d’appâts pour notre partie de pêche prévue l’après-midi. Le midi, on mange du riz préparé par Adèle. Je reste au camp à écrire tranquillement tandis que les gars partent à la pêche de l’autre côté de l’île. Ils reviennent quelques heures plus tard, bredouilles, enfin presque… deux malheureux petits poissons chats ont daigné mordre à l’hameçon… En revanche, Nicolas tient par les pattes arrière un cochon de lait qu’il vient d’attraper avec Louis dans les fourrés. Au menu, ce sera cochon de lait grillé à la braise avec de la salade et des frites. A Lilibé, le mot d’ordre est simple : chacun y met du sien. Nicolas improvise l’autel du sacrifice pendant que je pars en mission avec Thomas et Benam chercher des bières au village. A notre retour, je m’aperçois que mon opinel a été désigné arme du crime. Louis tient la bête, tandis que Nicolas lui tranche la gorge de façon plutôt… grossière, vu le coupant médiocre du couteau. On isole la tête, puis on met le cochon sur la braise pour faire griller les poils. Louis s’occupe de la découpe puis on met la viande à griller sur les cendres rougeoyantes. Un régal… On passe une petite soirée très sympa, mais pour ma part je ne fais pas de vieux os, ayant encore besoin de récupérer. On reprend la route de Ziguinchor demain.