Bienvenu à toi, futur(e) fidèle du blog “Cap sur l’Afrique” ! Comme tu le sais peut-être déjà, Arnaud, Benjamin et Valentin sont à l’aube d’un long périple, épopée mécanico-mystico-culturelle qui les emmènera aux confins de l’Afrique subsaharienne. Ils partiront d’Alençon le 23 septembre 2007, pour rejoindre le Pays Dogon, au Mali, et ce à dos de… mobylette.
Ils traverseront la France, l’Espagne, le Maroc, la Mauritanie, le Sénégal et enfin le Mali. Ce site accueillera leur carnet de voyage, rédigé au fil de l’aventure et alimenté aussi souvent que possible. Il sera également agrémenté de photos, et de différentes rubriques thématiques. Et si les infrastructures locales le permettent, il contiendra peut-être même des vidéos ! Alors à vos claviers, vos impressions et vos commentaires seront les bienvenus tout au long du périple. En attendant, nos trois routards sont à pied d’oeuvre pour peaufiner leurs préparatifs…

Installez-vous confortablement, attachez vos ceintures, Arnaud, Benjamin et Valentin vous souhaitent la bienvenue à bord du vol 103 pour le Mali. A travers le hublot, vous pourrez apercevoir les vallées verdoyantes du Quercy, les folles nuits andalouses, les légendaires et labyrinthiques médinas marocaines, la rigueur des solitudes de l’Adrar mauritanien, les mangroves inhospitalières du Sine-Saloum ou encore la vertigineuse falaise de Bandiagara… si bien sûr nos meules daignent franchir la côte du Routier d’Arçonnay !! En tout cas, ça y est, les montures sont prêtes, toutes disposées à recevoir leur lourd chargement… Spéciale dédicace à Nono, qui a dirigé les travaux avec force talent et professionnalisme. Rendez-vous en fin de semaine pour une photo des bolides chargés, avant le grand départ, fixé dimanche à 11h…

A j-1, nous avons le plaisir de vous présenter nos fières montures, prêtes à affronter cols, tempêtes de sables et autres biquettes à la traversée de route imtempestive. Un grand merci aux parents, proches et amis présents à la Cave aux Boeufs hier soir. Nous vous promettons de belles images et de bonnes nouvelles. Prochain message dans quelques jours, pour nos premières impressions du voyage…


23/09/07, jour 1, Alençon - Saumur
Nous partons de la place Foch en fin de matinée, sous les encouragements de nos familles et amis, venus nombreux pour nous dire au revoir. Rires, larmes, embrassades, l’émotion était au rendez-vous… Après être passés faire le plein (le premier d’une longue série…), nous prenons la direction de Fresnay/Sarthe. A Gesnes-le-Gandelin, nous croisons Thibaut, un ami venu nous encourager ce matin, qui rentre chez lui à Fresnay. Il s’arrête et nous propose de venir prendre un dernier café avant d’attaquer la route de Saumur. Thérèse, sa maman, nous offre une terrine de cerf, un pot de rillettes géant et un maxi pot de confiote. Thibaut nous glisse quant à lui une bouteille de grand cru dans nos sacoches. Puis nous filons vers le sud, avec Saumur pour ligne de mire. Nous traversons des petits patelins, par des petites routes de campagne. Après quelques dizaines de kilomètres, nous commençons à réaliser ce qui nous arrive. Désormais, les événements ne sont plus guidés que par le hasard et l’improvisation. Tant que les mobs roulent, nous sommes libres comme l’air, d’aller et de venir, où l’on veut, quand on veut, comme on veut… Et ça, c’est bon !!!Nous arrivons à Saumur au coucher du soleil, dont les reflets miroitent dans la Loire lorsque nous traversons le fleuve. Après avoir fait le plein (bilan de notre autonomie : 150 km en moyenne), nous nous mettons en quête d’un endroit où dormir. Il fait nuit, nous mettons les gilets réfléchissant. Nous nous lançons sur des petites routes de campagne, puis tombons sur un joli village taillée dans une pierre blanchâtre, nommé Le Coudray-Macuard. Un habitant nous recommande l’aire de sport municipale. A côté du terrain de foot, nous plantons la tente dans un petit parc arboré. La nuit sera bonne pour les gars, mais pas pour moi, la fièvre aillant décidé de me mettre à l’épreuve.
Distance parcourue : 183 km
24/09/07, jour 2, Saumur - Smarves
Le réveil est difficile mais vite oublié après quelques ablutions glaciales sous le robinet d’un parking pour camping-cars, à côté duquel nous avons passé la nuit. Nous reprenons la route, direction Poitiers. A Fontevraud-l’Abbaye, quatorze kilomètres plus loin, sous une pluie battante, ma roue arrière crève. Après une heure de bricolage sous un abribus reconverti en atelier de mécanique, nous reprenons la route. Le reste du trajet se fera sans encombre, jusqu’à Smarves, village après Poitiers, où ma roue a de nouveau besoin de se faire remarquer. Nouvelle crevaison, donc, il fait nuit, nous sommes paumés au beau milieu du Poitou, et on ne sait pas où dormir…Je regonfle, la roue tient jusqu’à un champ situé quelques mètres plus loin, où nous plantons la tente. Nous testons notre super réchaud qui marche à l’essence et dégustons une fantastiquement dégueulasse « poule au riz » en boîte. Pour ma part, la nuit est bien meilleure que la précédente.
Distance parcourue : 133 km
25/09/07, jour 3, Smarves - Rochechouart
On se lève de bonne heure sous un soleil radieux, mais avec une température plus que fraîche… Après un petit café, nous réparons la roue crevé. Le départ se fait à 11h30, nous prenons la direction du Limousin. Les brèles roulent nickel, il fait beau, c’est le pied… Nous arrivons à Rochechouart à 17h, où nous trouvons une médiathèque avec accès Internet, qui nous est gracieusement offert par la dame de l’accueil. On trouve le camping municipal, lieu charmant dominant un petit plan d’eau. Nos plaisirs de la soirée sont une douche bien chaude et une soupe chinoise, savourée sous l’abri des sanitaires du camping, pluie battante oblige. On discute avec un anglais d’une cinquantaine d’année qui semble s’intéresser de près au voyage. Avant de se coucher, on visionne le départ d’Alençon sur la caméra. Emotion garantie…
Distance parcourue : 95 km
Nous en étions resté au jour 3, à Rochechouart, qui s’est terminé au camping, lieu charmant dominant un petit plan d’eau. Nos plaisirs de la soirée sont une douche bien chaude et une soupe chinoise, savourée dans les sanitaires du camping, pluie battante aidant. On discute avec un anglais qui semble s’intéresser de près au voyage. Avant de se coucher, on visionne le départ d’Alençon sur la caméra (merci mon frère !!).
Jour 4, 26/09/07
Réveil à 8h, Benam part chercher les croissants. Il fait gris, froid et humide. Tout va bien. On se prépare doucement. L’anglais, sec comme une vieille branche, déboule torse nu des sanitaires en sautillant, l’air heureux. On rigole. Il revient nous questionner, visiblement subjugué. Il nous prend en photo quand nous partons.
La route est humide et il fait froid. On s’arrête prendre un thé à St Yrieix. Le jeune serveur écoute notre histoire, il nous offre la conso.
On se dirige vers Sarlat, mais le froid et la pluie ont décidé de nous mener la vie dure. On sort les ponchos, tandis que les rayons du soleil commencent à nous dégeler doucement. Un panneau annonce Hautefort, petit village médiéval battit sur une butte. On s’arrête, la mob d’Arnaud fait des bruits bizarres. On s’arrête pour réparer sur une sorte de terrasse surplombant une vallée. Le coin est magnifique. Il fait meilleur, plus sec, les gars bricolent tranquillement pendant que je pars prendre quelques photos dans le bourg. Le château est impressionnant, imposant et menaçant du haut de sa colline. Les gars semblent avoir du mal à trouver la panne, et le temps se gâte. Il nous faut trouver un abri pour finir de réparer. On se loge dans une sorte de préau situé sous la mairie, un bâtiment sûrement aussi vieux que le château. Nono trouve la panne, une rondelle faussée dans l’embrayage, deux trois coups de marteau, et c’est reparti.
La nuit tombe, on plante la tente sur le terrain de foot de Saint Agnan, un peu plus bas. Cassoulet, royal, sous des tonnes d’eau qui continueront à tomber toute la nuit. Ca caille.
Jour 5, 27/09/07
On se lève à 8h, il caille sévère, il nous faut un bon coup de motivation pour s’extraire de la tente. Le temps est toujours aussi pourri, voire pire. On part à 10h, direction Sarlat. La route se fait bien, mais on a super froid. Arrivée dans Sarlat. Nono s’aperçoit que sa vis de ralenti s’est fait la malle. On en rachète une chez un concessionnaire MBK, situé 20 mètres plus loin. On se pose devant un cyber. C’est cher, on cherche la médiathèque. On la trouve. Au moment où j’écris, il est exactement 17h. On se fait le tour “touristique” de la ville, puis on file vers Rocamadour.

Nous en étions restés à Sarlat, au jour 5. Après la pause blog, on se fait un tour dans les petites rues de Sarlat avec les mobs. Nono renverse une chaise en terrasse, on se marre. On décide d’écourter la visite, il faut avancer. On se dirige vers Rocamadour, en empruntant exclusivement des petites routes. Après St Julien, on s’enfonce vraiment dans la Dordogne profonde. Les routes sont minuscules et traversent des hameaux paumés et pleins de charme. On passe à Fajolle, un village doté d’une église datant du Moyen-Age. On s’élance dans une vallée, par une route sinueuse traversant une forêt de chènes vert. Peu à peu, le relief se fait plus abrupt, les côtes plus dures à grimper. Dans un hameau, un chien manque de me bouffer la jambe pendant qu’on roule.
Deux kilomètres avant Rocamadour, je sens ma brèle qui commence à zigzaguer. Ma roue arrière se dégonfle. Je m’y attendais, le pneu est pourri et menaçait de céder à tout moment. Derrière moi, Nono me fait signe de continuer, jusqu’à ce qu’il lâche. Dans un dernier soupir, mon pneu franchit le panneau Rocamadour. Il était temps. On réparera demain, ma jante -par ailleurs rongée par la rouille- attend avec impatience son nouvel habit, un pneu 2 3/4 énorme acheté à Confolens, peu avant Rochechouart.
Il est 20h, il fait 8° et il bruine, on cherche une chambre à Rocamadour. On trouve un hôtel, on dort comme des rois, après un ptit restau où l’on savoure les produits du terroir : gésiers, magrets, rillettes. On revit.
Distance parcourue : 102 km
Jour 6, 28/09/07
On se lève à 10h, on s’active. On veut réparer la roue et visiter Rocamadour, puis prendre la route. On se contentera d’un p’ti déj royal sur une terrasse panoramique surplombant le site, une cité médiévale bâtie sur le flan d’une falaise. On change le pneu, puis direction Figeac, puis on coupe par des petites départementales. Ca monte, ça tourne, ça descend, c’est beau, le temps est plus clément et le soleil nous vient en aide. On fait les pilotes dans les descentes, on penche à mort tellement on est stables, on s’éclate. On traverse des paysages typique du Lot, des champs séparés de petits murets en pierre et plantés de chènes verts. On admire les fameuses causses du Quercy, ces falaises de granit abruptes caractéristiques de la région. On s’arrête manger à Cajarc, un petit bourg niché dans une vellée. Un retraité en route pour Saint Jacques de Compostelle vient nous parler, attiré par les mobs. On rejoint Villefranche de Rouergue, direction Albi. La région est belle, le temps est frais mais agréable.
A la sortie d’un patelin, Laguépie, on se prend de pleine face une côte à 10%. Les brèles gueulent, les courroies chauffent, on pédale comme des dératés. La mienne montera sans trop d’encombres, elle a plus de patate que celle des gars, qui peinent à atteindre le sommet. On repart, décidés à rejoindre Albi, mais le jour commence à tomber, on arrive dans un village magnifique, Cordes-sur-ciel, perché sur une colline (décidément…). On boit une mousse en terrasse, puis on se colle sur le terrain de foot municipal. (décidément…). La nuit est très fraîche, mais réparatrice.
Distance parcourue : 142 km
Jour 7, 29/09/07
On se lève à 7h30, pour être arrivé à l’ouverture de la médiathèque de Cordes. Il fait un temps magnifique. La journée promet d’être belle. On met le cap sur Albi, puis sur Narbonne, dans la journée, si on peut.

Désolé pour l’attente, on a fait aussi vite qu’on a pu pour trouver une connexion. On tient à remercier tous ceux qui nous suivent sur le site, particulièrement ceux qui laissent des commentaires. Même si on n’a pas le temps de vous répondre, on les lit avec beaucoup d’attention et de plaisir !
Nous vous avions abandonnés à Cordes-sur-ciel, jour 7, après la pause internet à la médiathèque.
On fonce ensuite savourer un pti déj de rois (encore !!), sur la terrasse d’un salon de thé, au soleil. On prend la route, il faut avancer. On traverse Albi, après une longue descente, on fait le plein. Direction Castres, la route est large et assez monotone. On entre dans Castres. Soudain, l’évidence s’impose à nouveau. Les zigzags qu’effectuent ma monture sont sans équivoque : j’ai encore crevé. On s’arrête sur une place, dans un quartier craignos. Au moins, on sait pourquoi je crève sans arrêt. Ma jante, qui est en train de rendre l’âme, a cinq rayons en moins et la rouille attaque la chambre à air.
Je pars avec la mob de Nono chercher le Peugeot Cycles local pour acheter une nouvelle jante. Le délai d’obtention est de plusieurs jours, mais le vendeur est sympa, il me file un “tuyau” : une vieille chambre à air, qu’il faut coller dans la jante pour protéger la bonne. On répare, on regonfle, on remonte la roue. Ca a l’air de tenir. On prend le temps d’acheter du pain. On revient : la roue est à nouveau à plat. Là, le moral en prend un coup. Les visages se crispent, les humeurs se tendent. Un mec d’une trentaine d’année, complétement allumé, mini-short moulant et débardeur, radio portable à la main nous accoste. Il dit être ancien légionnaire, crache sur Sarkozy et l’Etat français. Des gamins lui jettent des pétards. On ne sait plus s’il faut rire ou pleurer. On change la chambre à air. Ca tient, mais je sens que ma roue est voilée. Avec cinq rayons en moins, la jante n’en a plus pour très longtemps. On s’arrête faire des courses.
J’appelle Peugeot à Perpignan, à Narbonne, à Béziers, pour savoir s’il ont une jante en stock. Ils en ont une à Béziers, on change de cap, mais à contre-coeur, l’addition sera salée : 142€ la bête. On s’arrête 20 km après Castres, à Saint-Amand-Sous, sur la route de Béziers. Un paysan en train de labourer nous prête un bout de terrain. La nuit sera bonne, malgré les hululements d’une chouette juste au-dessus de nos têtes.
Jour 8, 30/09/07
Réveil à 9h. Il fait un temps pourri, le ciel est bas et chargé d’une bruine poisseuse. Il y a du vent, j’appréhende la route avec ma roue voilée. La journée s’annonce rude. Avant de partir, on coupe les cheveux de Benam, qui ne supporte plus la masse noire qui lui pousse sur la tête. On reprend la route, mais je ne suis pas tranquille. A faible vitesse, ma brèle zigzague. Il faut pourtant qu’elle tienne jusqu’à Béziers.
Une côte interminable s’amorce. C’est le massif de la Montagne Noire, que nous devons franchir pour rejoindre Béziers. La côte est surmontable, mais la montagne porte bien son nom. On est dans un gros nuage bien noir, il y a du zef et je prend l’eau avec mon coupe-vent qui ne fait pas coupe-vent mais éponge.
Ma roue poursuit sa danse. Je stresse, dans l’attente de son dernier souffle. On passe le col. Une longue descente commence. Les gars s’amusent dans les virages, ma mob tient le coup. Il pleuviote. Ce ce côté du massif, les paysages changent, deviennent plus secs, plus rocailleux. Des vignes ornent les champs. Une averse finit de nous tremper, tandis qu’on entre dans un village appelé Saint Chinian. Je suis mouillé jusqu’au T-shirt et mes pieds prennent un bain d’eau de pluie. On s’arrête prendre un café. Il fait bon dans le bar, l’ambiance est sympa et les gens semblent s’intérésser à nous. Un type assis au comptoir nous recommande un hôtel pas cher à 10 km de là, à Capestang.
On repart, ma roue est carrément désaxée. Elle tape sur la béquille, qui tape sur l’asphalte. Ca fait du bruit et des étincelles. C’est la classe, mais c’est un peu flippant. On arrive à l’hôtel, une bonne adresse pour les voyageurs au budget serré que nous sommes. On se sèche, on boit un café, puis on part assister à la deuxième mi-temps du match France-Géorgie, dans un bar du patelin. Nous sommes en plein coeur d’une région phare du rugby. L’ambiance est au rendez-vous. Les locaux et des anglais jouent à ceux qui gueuleront le plus fort. Le soir, on revient manger dans le bar, en regardant le match Afrique du sud-USA. Belle démonstration de virilité. Capestang est un joli bourg. Il ya une abbaye très vieille et un trompe l’oeil très bien fait dans le centre. On a encore dix bornes à faire demain pour rejoindre Béziers. J’espère que ma jante va tenir jusque là et qu’une fois changée, on pourra rallier Perpignan dans la journée.
Distance parcourue : 55 km

Jour 9, 01/10/07
On se lève. On est lundi, j’appelle Peugeot à Béziers pour savoir si c’est ouvert. Je tombe par chance sur le patron, pourtant c’est fermé. Je lui expose la situation, il accepte de nous vendre la jante. Les quinze kilomètres qui nous séparent de Béziers sont épiques. Ma roue fait des vrilles, je perd un rayon au km. Les rues de Béziers sont défoncées, le bitume achèvent ma roue. On arrive à Peugeot, la chambre crève à nouveau, percée par un rayon. Le type nous attend. Il nous fait entrer, on prend la jante, en alu et à bâtons s’il vous plaît ! C’est la classe, je vais me la jouer tuning. On prend aussi une courronne neuve, des vis de ralenti et un disque d’embrayage. Montant total : 170€. Ca fait très mal, mais on n’a pas le choix. On s’installe sur le parking d’ED, 300 mètres plus loin. On a faim, on mange avant d’attaquer le changement de jante.
La tâche s’avère ardue. La courronne neuve a trois dents de plus que l’ancienne, il faut ralonger la chaîne. On sort notre chaîne neuve achetée à Alençon. Elle est trop longue, il faut la raccourcir. Un mécano dans le garage en face d’ED nous file un coup de main. Il raccourci la chaîne à la bonne longueur. On pose le pneu sur la nouvelle jante, la nouvelle roue sur la mob. La chaîne est encore trop longue, je retourne au garage.
On pose la roue, mais un nouveau problème se pose : la roue se bloque dès qu’on sert les écrous. On passe une heure à démonter, à remonter, à essayer différents réglages. Rien n’y fait. Puis, dans un éclair de génie, Nono entrevoit une solution : remplacer une entretoise, qui bloque la roue, par un écrou de l’ancien axe, ce qui libère la rotation. On essaye, ça marche. Ouf ! On règle le frein. On s’empresse de dégager, on en a marre. Pendant cette séquence mécanique, quelques rencontres. Le boulanger d’ED, la voix haut-perchée et le sourire scotché au visage, nous questionne et semble intéressé. Il nous offre un coca. Un mec d’une quarantaine d’année, typé maghrébin, éclate de rire quand on lui donne le prix de la jante neuve. Il nous propose du shit avant l’heure et nous promet qu’on va s’éclater au Maroc. Un autre mec, sympa, dégaine de baroudeur, admire notre démarche. Un couple de restaurateurs asiatiques, le caddie bourré de carottes, écoute notre histoire avec beaucoup d’attention. Tous nous souhaitent de la chance et du courage. Ca fait toujours plaisir…
On part, enfin, direction Narbonne, il est 17h, on n’est pas en avance. On s’élance sur la nationale, on n’a pas le choix. On s’arrête manger un morceau dans un patelin appelé Nissan. On passe Narbonne, dont on ne verra pas grand chose. Le jour commence à décliner, il faut se hâter. Sur la nationale, on bifurque à gauche, vers la mer. On franchit une petite colline, puis on aperçoit une grande étendue d’eau. Ce n’est pas le mer, mais un grand étang, bordé par des vignes et des collines rocailleuses. Le paysage vaut le détour, malgré le temps gris et la mauvaise visibilité. On traverse Bages, un village charmant en bordure de l’étang. On entre en pleine garrigue, sur des petites routes de campagne. Des collines émergent de part et d’autres du lac. Sur deux cents mètres, la route est sur l’étang, il y a de l’eau des deux côtés. On aperçoit alors un petit groupe de flamands roses, puis ce sont des dizaines qui apparaissent, sur les eaux de l’étang, dans les airs. Instant de magie…
On traverse un autre village, Peyriac de mer. 1000 km au compteur !! On klaxonne comme des beaufs dans les rues du patelin. On s’élance sur une petite route, le long du lac. La route devient vite un chemin, puis une piste de terre cabossée, criblée d’ornières. On fait 500 mètres, on croise un groupe de jeunes, qui boivent des bières dans la garrigue, devant une vieille 4L fourgon. Ils nous assurent qu’il n’y a aucun problème pour camper, il faut juste faire gaffe au feu. On se trouve un petit coin tranquille dans des herbes hautes. On est paumés en pleine nature, on est aux anges. Seuls les croassements des flamands roses viennent rompre le silence.
Distance parcourue : 75 km
Avant toute chose, nous faisons une spéciale dédicace et un énorme merci à Céline et Yohan pour leur accueil formidable à Saint Laurent de la Salanque. On a passé deux jours super agréables en leur charmante compagnie. On a pu recharger les batteries, dans tous les sens du terme. L’équipage est maintenant paré pour attaquer l’Espagne.
Jour 10, 02/10/07
Réveil tranquille, vers 8h30, dans la garrigue. Je pars à la chasse photographique aux flamands roses. Ils sont malheureusement trop loin du rivage pour obtenir un cliché satisfaisant. On pass à Peyriac prendre un café. Le cafetier, sympa, nous indique des petites routes longeant la côte. Il nous file sa carte des Pyrénées Orientales. On rejoint la nationale direction Perpignan, avant de bifurquer vers Leucate, puis Port Leucate. On s’arrête pour pique-niquer dans une pinède surplombant l’étang de Leucate. Vue imprenable. Le temps est toujours gris, mais il fait bon. La route est plate et rectiligne jusqu’à Leucate, puis une longue traversée de stations balnéaires sans charme s’amorce. On traverse Port-Leucate, le Barcarès. Les rues sont vides, l’architecture froide et impersonnelle. On se tire la bourre pour rigoler un peu. On arrive à Saint Laurent de la Salanque, chez Yohan et Céline, la cousine de Claire, la copine d’Arnaud. Nous sommes accueillis avec beaucoup de simplicité et de générosité. L’après-midi, Nono bricole sa mob avec Benam pendant que j’alimente le site. Le soir on mange comme des princes, un poulet au curry délicatement concocté par Céline. Yohan ouvre des bonnes bouteilles, on savoure cet instant. On parle de voyages et de mobylettes. Leur petit Noah, sept mois, nous fait des sourires à s’en décrocher la mâchoire. On rigole bien.
En me couchant, le vin me tourne la tête et j’ai l’impression que mon abdomen va exploser. La nuit sera réparatrices, malgré tout.
Distance parcourue : 60 km
Jour 11, 03/10/07
On se lève tard. Céline et Yohan sont au travail, on traînasse. En début d’aprèm, on enfourche les brèles, délestées de leur chargement, puis on fonce sur Perpignan. On passe chez Peugeot, les gars achètent un pneu neuf, je rachète une roue libre et je fait remettre mon pneu correctement à l’atelier.
Direction le centre, ça roule super mal, c’est bouché de partout, mais on parvient à se faufiler. On doit passer à la Fnac, pour se munir des guides sur le Maroc, le Sénégal et le Mali. On achète un trèpied pour la caméra et l’appareil photo, des peluches pour le petit Noah. On pensait reprendre la route en fin d’aprèm, mais il est trop tard. On s’apprète à passer une nuit de plus chez Céline et Yohan, qui nous le proposent spontanément. Nouvelle soirée très sympa, puis nuit parfaite.
Distance parcourue : 50km (St Laurent-Perpignan-St Laurent)
Kilomètres au compteur : 1110

Jour 12, 04/10/07
On se lève à 7h30. On dit au revoir à Céline et Yohan. On part à 11h. On s’arrête faire des courses. Direction le Canet, puis on file vers le sud en suivant la côte. On à la Méditérrannée à notre gauche, l’étang du Canet à notre droite, le massif du Canigou face à nous. On passe St Cyprien, Argelès. Les rues sont vides, désertées par les milliers d’estivants venus s’entasser ici pendant l’été. Peu à peu, le relief se fait plus fort. La route longe la côte en lacets, sur des collines se jetant dans la mer. Le soleil nous permet d’admirer des panoramas splendides sur la Méditérrannée, mais une lourde brume menace de tomber.
On entre dans Collioure, ville charmante battie dans les colline en bordure de mer. On s’arrête pour souffler et prendre quelques photos. On prend une glace en terrase. On repart. On monte, on descend, on s’amuse dans les virages. On fait une pause à Banyuls, ville de l’alcool du même nom. On s’arrête en acheter une bouteille. On rencontre une famille de baroudeurs franco-britanniques, Nicolas, Lisa et leur fils Jenny. Ils rentrent en Angleterre avec leur antique Renault Master rafistolé et bricolé de partout, après avoir fait les vendanges de Banyuls.
Notre progression toute en descentes et en montées se poursuit. On fait les bikers sur nos 50 cc, grisés par les virages. On longe des flans de montagne entièrement couverts de vignes cultivées en terrasse. Ça doit être coton les vendanges dans le coin. On entre dans une sorte de no man’s land, enclavé dans une vallée tournée vers la mer. Seuls des bungalows décrépis et des caravanes en piteux état peuplent les lieux. Une atmosphère assez inquiétante plane sur le site, mais il va falloir s’en contenter pour passer la nuit, on est à deux pas de la frontière. On aperçoit une voiture de gendarmerie, qui apparaît sur l’autre flan de la vallée, en contrebas de la route. Elle s’arrête. Deux gendarmes sortent, puis semblent appeler quelqu’un. Ils s’introduisent sur une parcelle, matraque à la main. On assiste à la scène, deux cents mètres plus haut, intrigués. On envisage les pires scénarios, en se marrant comme des baleines.
On plante la tente dans le bas du camping municipal de Cerbère. Personne à l’accueil, juste un message invitant les gens à venir payer à la mairie. Ambiance glauque garantie. On s’installe sous des pins, à l’écart de mobil-homes douteux, peuplés par des gens douteux. Les sanitaires sont à la limite de la désaffection, mais on se dit que c’est toujours mieux que pas de sanitaires du tout. Les gendarmes déboulent dans le camp à toute vitesse. Ils nous demandent si on n’a pas vu un homme avec un chapeau de paille et une canne. On se croirait dans un mauvais film d’horreur…
On pique-nique en hauteur, sur une butte qui surplombe la mer. On déguste le Banyuls. La nuit tombe, il se met à pleuvoir. On se réfugie sous la tente. L’orage arrive, puis gronde de toutes ses forces. Des torrents d’eau se déversent sur la tente. Toute la nuit, je stresse à cause d’un glissement de terrain imaginaire. La mairie attend toujours son règlement.
Distance parcourue : 87 km

Jour 13, 05/10/07
J’ai mal dormi à cause des pluies diluviennes de la nuit, mais le temps semble s’arranger. On part en direction de la frontière, simplement annoncée par un poste de douane abandonné. Ça y est, on est en Espagne ! On continue à suivre la côte, entre mer et montagne. On passe par Llança, El Port de la Selva. La route bifurque vers les terres, on monte des collines couvertes de pins. Il fait un temps radieux. Un carrefour annonce Cadaquès, à cinq km en contrebas, vers la mer. On hésite, car il faudra refaire les cinq km dans l’autre sens, en montée, puis on se lance, il paraît que ça vaut le détour. Après une de ces longues descentes en lacets que nous affectionnons tellement, on entre dans la ville fétiche de Dali. Ravissant. Les façades blanches ont les pieds dans l’eau. Les vagues débordent sur la route, on se fait surprendre avec les mobs. On se pose en terrasse pour grignoter des tapas. Par manque de temps, on ne visite pas.
On reprend la route, on se trouve pris dans une course cycliste. On perd la course, les cyclistes sont plus rapides que nous. On s’éloigne de la côte, les collines sont derrière nous. On roule pendant lontemps, sur des routes droites et monotones, dans un paysage tristement plat. Un cycliste égaré se colle à ma roue arrière pendant trois km pour utiliser mon aspiration. On passe par Castello d’Empuries, Villadomat, Parlava, Toroella de Mongrit, Pals, des villes sans intérêt apparent. On souhaite rejoindre Palamos, d’où la route suit à nouveau le littoral. On entre dans Palamos, station balnéaire dotée d’un joli port. On galère pour trouver un camping ouvert près du centre, alors on se lance vers la sortie de la ville, en direction du sud, sur les conseils d’une passante. Il fait nuit, on arrive dans le camping “international” de Palamos, une de ces usines à touristes de la Costa Brava, avec deux piscines, un bar, un restaurant et même un supermarché.
Distance parcourue : 140 km
Jour 14, 06/10/07
Aujourd’hui, c’est samedi. On aimerait pousser jusqu’à Barcelone, pour profiter de la chaude ambiance nocturne de la ville. On quitte Palamos sous le soleil. On s’engage sur une route magnifique, toute en lacets, nous offrant une vue imprenable sur la Méditérrannée, cent mètres en contrebas. On longe la fameuse Costa Brava. On s’arrête sur une terrasse panoramique, pour admirer la vue sur Tossa de Mar. En prenant mon bidon d’essence dans une de mes sacoches, j’entends un bruit devenu familier, celui de ma chambre à air qui se dégonfle. Dans un sursaut tragicomique, je démonte ma roue. La rustine posée quelques jours plus tôt n’a pas tenu le coup. Le trou était trop gros et la chaleur n’a pas arrangé les choses. Je change la chambre à air. On repart. On s’amuse comme des petits fous dans les virages. Peu à peu, l’urbanisation se densifie. Des travaux sur la route de la côte nous font faire un détour. On navigue à vue, sans trop savoir où l’on va, en essayant de suivre la mer. En suivant les panneaux Barcelone, on se retrouve sur une énorme six voies, en plein milieu d’un trafic anarchique. On roule sur la bande d’arrêt d’urgence. Une voiture de police nous double, puis s’arrête cent mètres devant nous. Le flic sort du véhicule et nous fait signe de nous ranger. On met les gaz à fond, puis on force le barrage, déterminés. Non, je plaisante. Les deux agents, un homme et une femme, la trentaine, examinent les mobs d’un air suspicieux. Ils nous demandent ce qu’on fait là. J’expose le projet, puis l’agent homme nous déclare sur un ton menaçant que la Ronda (le périphérique) est interdit aux cyclomoteurs. De plus, il nous fait remarquer que nous n’avons pas d’immatriculation, obligatoire en Espagne. Je crois entendre parler d’une éventuelle immobilisation des véhicules. Je réponds dans un castillan approximatif que nous n’étions pas au courant de la législation en vigueur concernant les véhicules de faible cylindrée sur le territoire espagnol. Vous trouvez mon explication ennuyeuse ? Les flics, en tout cas, n’ont pas paru passionnés et nous ont rapidement laissé filer. Ils nous ont même escorté jusqu’à la première sortie et indiqué la route à suivre.
On commence à entrer dans Barça, empruntant une longue avenue rectiligne, bordée d’immeubles imposants. On s’amuse dans la circulation, sans trop savoir où l’on va atterir. Lorsqu’on pense être arrivés dans le centre, on se met en quête d’une auberge de jeunesse. Il faut faire vite, le jour décline, et on n’a rien prévu. Un jeune espagnol nous indique la direction d’une auberge. On se lance, avant de se retrouver dans un quartier commerçant, noir de monde. A demi-léthargiques, vidés par le trajet de la journée, on se retrouve noyés dans une foule de piétons bruyants et pressés. Une jeune fille charmante m’indique la direction d’une auberge, à deux rues d’ici. On pousse les mobs, les gars ont l’air blasé, je fais mine de savoir où je vais. On trouve la rue, puis l’auberge, qui s’avère être complète. Aidés par un plan, on slalomme dans Barcelone by night, avant de trouver une autre auberge, indiquée peu de temps auparavant par un jeune français. Par chance, il y a encore des lits disponibles. On déballe le chargement, en pleine rue, sous les regards amusés des passants. Nono attache les mobs dix mètres plus loin, je garde les affaires avec Benam. Une jeune fille d’origine sud-américaine me demande si je parle italien. Nono revient. On se motive pour monter les bagages, lorsque Nono s’aperçoit qu’il lui manque ses sacoches avant. On cherche bien dans notre amas de sacs et de caisses. On se rend à l’évidence. Les sacoches et leur contenu (carte bleu de Nono, son passeport, ses papiers, son appareil photo, mon portable…) manquent à l’appel. Bad trip. La sud-américaine était accompagnée… Nono, paniqué, commence à fouiller désespérément le quartier. Benam tente de calmer les esprits, je réfléchis dans l’urgence à ce que l’on doit faire. On fait opposition sur la carte. Nono veut se barrer, dégouté. On se raisonne. On monte les affaires dans les chambres. Il faut se rendre à la police pour déclarer le vol, mais on flippe de laisser les bagages sans surveillance. Par chance, nos voisines de chambres sont françaises et nous inspirent confiance. On laisse les affaires, on fonce au poste. On passe deux heures à attendre. On rentre poser les brèles à l’auberge, il est 1h30 du matin, on a faim et on est crevés. On va manger un morceau dans un bar à tapas. On prévoit de partir tôt le lendemain pour Cunit à 70 km au sud, chez la tante d’Arnaud. On pourra se poser pour souffler et envisager la suite.
Distance parcourue : 134 km

Jour 15, 07/10/07
On part à 10h de l’auberge de jeunesse, après une nuit déplorable, passée à quatre dans une chambre de six mètres carrés, surchauffée, la fenêtre donnant sur un mur, le conduit d’évacuation -que dis-je- le pipe-line des eaux usées collé à la cloison. On s’arrête faire le plein à la sortie de la ville. La pompiste, emballée par le projet, nous donne un jeu de petit chevaux et un sac de plage publicitaires à offrir en Afrique. On prend un café en terrasse, dans un quartier populaire à la sortie de la ville. Il fait un temps estival. Spontanément, un type d’une trentaine d’années en train de lire son journal, un énorme joint à la main, m’explique avec force détails comment sortir de la ville sans encombre. Je comprends la moitié de ce qu’il me dit, mais j’apprécie le geste.
On s’élance sur une quatre voies, autorisée aux cyclos. Sur les conseils du bon samaritain, on prend la direction de l’aéroport, mais on ne prend pas la bonne sortie. On se retrouve devant les terminaux, avant de repartir vers Tarragona, sur la bonne route. On suit à nouveau la côte. On passe par Garraf, Sitges, Villanova, puis on arrive à Cunit, chez Mauricette (la tante d’Arnaud), Tony père et Tony fils Llorcà Quintin. Ils nous accueillent à bras ouverts, en nous annonçant que le portefeuille d’Arnaud a été retrouvé le matin même sur la moto d’une française à Barcelone. Sans la carte bleue ni l’appareil photo, évidemment, mais avec tous les papiers. L’opposition sur la carte bleue a éte faite à temps, le compte en banque n’a pas bougé. Nono jubile. Nous aussi, l’aventure peut continuer.
La maison des Llorcà est super chouette, il y a du marbre au sol et une piscine immense. Mauricette nous cuisine des plats typiques d’Espagne. On mange de la tortilla de patatas avec du pain à la tomate, des calamares à la romana, du chorizo, du jamòn del paìs, des pêches au sirop, et même du fromage suisse. On profite de la mer, où on plonge pour la première fois après plusieurs jours de convoitise, puis de la piscine, histoire d’en remettre une couche. Demain, ce sera repos et écriture, le carnet de voyage a pris du retard avec toutes ces péripéties…
Distance parcourue : 73 km

Jour 16, 08/10/07
On se lève tard. On profite de la journée pour se reposer, écrire, mettre à jour le blog et bronzer au bord de la piscine. On décide de consacrer la journée de demain à une petite visite de Barcelone.
Jour 17, 09/10/07
On prend le train de bonne heure à Cunit, direction Barça. On n’a pas vraiment de programme ni de temps, il va falloir être sélectifs dans notre visite. Le train nous dépose en plein centre, sur le paséo de Gracía, où se trouve l’auberge de jeunesse. Ça ravive de mauvais souvenirs. On traverse la Plaça Catalunya, tapissée de pigeons, puis on suit la fameuse Rambla, cette avenue piétonne où se produisent de nombreux artistes de rue ; mimes, hommes-statues, musicens. On décide de bifurquer vers le barrio gotíco, la vieille ville. On se laisse dériver dans des ruelles étroites, semées de petites échoppes. Les balcons, chargés de verdures, montent haut et se touchent presque d’un côté à l’autre de la rue. Depuis le port, on remonte une large avenue piétonnière, au bout de laquelle trône un arc de triomphe. On s’arrête boire une bière en terrasse, puis on poursuit notre flânerie. On pousse jusqu’à la Sagrada Familia, décevante car cernée d’échafaudages et de grues.
On prend un bus qui nous emmène au Parc Guell, conçu par le célèbre Gaudi, architecte emblématique de la ville. Depuis le parc, Barcelone se déroule sous nos yeux, jusqu’à la mer. On apprécie ce moment de calme, loin de l’agitation urbaine. Les bâtiments du parc sont le fruit d’un pur délire de l’artiste. On passe sous des arcades en pierre d’un style pseudo-gothique. On monte au sommet du parc pour trouver le meilleur panorama. Assis sur un muret, un homme joue du hang, une grosse soucoupe en cuivre dotée de petites incurvations. On se laisse envouter un instant par les mélodies que le musicien produit, en frappant l’instrument avec les phallanges. On redescend dans un petit bois, puis on atterit sur une esplanade, toute bordée de bancs couverts de mozaïques barriolées. L’endroit est noir de monde. On s’arrête écouter un groupe de trois musiciens, un violoniste, un guitariste et un bassiste, jouant merveilleusement une musique aux accents tziganes et flamenco. On se pose sur les bancs, qu’on admire. Sous l’esplanade s’étend un vaste préau peuplé de hautes collones. On retrouve des mozaïques, ornant le plafond. On décide de rentrer, fatigués par l’effervescence de la ville. Demain on reprendra la route, en direction de Valence.

Jour 18, 10/10/07
On part vers 10 h, après avoir remercié Mauricette et Tony pour leur accueil formidable. On roule en chemise, il fait un temps magnifique. On suit la côte, toujours. On traverse Tarragona, sans s’arrêter. Sur la route, blocs de béton pour touristes et immenses sites industriels se succèdent. On marque une pause à Cambrils, station balnéaire semblable à beucoup d’autres. Benam et moi nous jetons à l’eau, la tentation est trop forte. On repart, puis on suit une grosse nationale saturée de camions. On se fait doubler toutes les deux minutes, c’est assez désagréable. On dispose néanmoins d’une bande goudronnée suffisamment large pour ne pas être sur la route. On pousse jusqu’à Benicarlò. On trouve un camping, tenu par des anglais. Le soir, on se fait des tapas ; calamares, moules à l’escabeche, chorizo et piments doux, arrosés de vodka Absolut. On se couche. Le temps se gate. Des torrents d’eau se déversent sur la tente pendant la nuit, puis c’est l’orage qui survient.
Distance parcourue : 164 km

Jour 19, 11/10/07
On se lève vers 10h. L’orage reprend de plus belle, accompagné d’une pluie diluvienne et incessante. On s’abrite sur la terrasse couverte du bar du camping, où on tue le temps en écrivant, en lisant et en jouant au billard. Le temps ne s’arrange pas, on prévoit une nuit de plus au camping, qui commence par ailleurs à être sérieusement innondé. La tente est sur un tapis d’eau mais par chance, elle est complétement imperméable. Le soir, on mange un burger-frites énorme dans le resto, arrosé de bière. Deux jeunes anglaises délurées font irruption dans la salle, puis s’installent pour boire un verre. La discrétion et la délicatesse ne sont pas leurs points forts, elles crient, chantent et rotent à pleine gorge. Elles tentent d’engager la conversation, dans un anglais au fort accent. Ne recevant que peu de répondant de notre part, l’une d’entre elles empoigne son portable pour trouver une proie plus facile. Elle invite un espagnol du coin à venir boire un verre avec elles, en lui proposant de payer les coups et la course de taxi. On échange des regards amusés. Le rendez-vous est pris, les deux gracieuses britanniques partent dans un pub situé à deux pas d’ici, après nous l’avoir vivement recommandé. Notre curiosité attisée, on s’y rend quelques minutes plus tard. Le bar est au bord de l’eau, on joue à éviter les vagues au dernier moment , commes des gosses. On entre dans le bar, et déjà l’anglaise prend des cours de langue espagnole, au sens propre, sous le regard bovin de sa commère. On se marre en douce, puis on savoure une bonne bière. On se rentre, demain il faut rouler. Le retard commence à s’accumuler sur le calendrier…
Disance parcourue : 0 km
A suivre : L’entrée dans les terres après Castillo, jusqu-à Albacete.

Jour 20, 12/10/07
On se lève vers 9h. Les nuages chargés de pluie ont laissé place à un soleil rayonnant. Après avoir pris quelques photos de la plage et rangé tout notre barda, on prend la route. On s’arrête dévorer un Burger King à la sortie de Benicarló. On suit trouver la côte sur la N340, jusqu’à Castelló de la Plana. On décide de bifurquer vers les terres, direction l’Andalousie. Dommage pour Valence, mais notre moyen de locomotion n’est pas le plus adapté aux grandes villes, on a pu le vérifier à Barça. Et puis la côte par la nationale, c’est tout simplement… chiant. On contourne Castelló, on passe par Villa-real, grosse bourgade de banlieue. Des montagnes se dressent à l’horizon. On traverse une énorme zone industrielle, dont la laideur contraste avec la beauté des paysages qui se profilent. On traverse Onda, triste emboîtement de grands immeubles.
On s’engage alors sur une petite départementale en direction de Segorbe. Le relief s’accentue, une longue montée toute en lacets commence dans les montagnes verdoyantes de la Sierra d’Espadá. On en bave pour gravir la côte, les mobs aussi. Les gars pédalent pour soulager le moteur, tandis que je puise dans mes restes de skate, en “pompant” avec ma jambe gauche, n’ayant pas remonté ma chaîne de pédalier. Puis on retrouve les descentes sinueuses qu’on aime tant. On s’arrête faire le plein à Segorbe, puis on continue notre progression en direction d’Albacete. Le compteur affiche… 2000 km ! On traverse plusieurs villages charmants, perdus dans les collines. A Altura, une dizaine de niños assis sur le toit d’un camion nous regardent passer en rigolant. A la sortie du village, on franchit un tronçon de route en travaux, sur deux cent mètres, ce qui nous évite un gros détour. On se la joue mob-cross. Plus loin, à Alcublas, un groupe de jeunes nous encouragent à notre passage, en sifflant et en applaudissant. Ils nous suivent en voiture et nous prennent en photo. Ce soir, c’est camping sauvage, notre budget couchage commence à voir rouge. On tente un premier repérage dans les ruines d’une maison abandonnée, à flan de colline. Il n’y a que des pierres, on continue à avancer. On s’arrête dans un chemin, où des chasseurs nous laissent entendre que c’est faisable de trouver un coin tranquille. On trouve un autre chemin, dans une forêt de pins. L’endroit est idéal, on est invisibles depuis la route et la vue est magnifique. Le soir, on déguste un bon vieux classique, le cassoulet en boîte, après une petite vodka-mandarine pressée.
Distance parcourue : 170 km

Jour 21, 13/10/07
On est réveillés vers 8h par les coups de feu des chasseurs. Deux d’entre eux passent à côté de la tente avec leurs chiens. Ils nous saluent amicalement. On fait chauffer l’eau pour le café. Le soleil levant fait rougeoyer les collines alentours. On part vers 10h. On passe par Casinós, village où la chasse et le cyclisme semblent être les principaux sports locaux. On s’arrête acheter des pains au chocolat dans une boulangerie pour le petit-déj. On se laisse également tenter par des spécialités locales en prévision de la pause de midi, enfin, de 15h. La boulangère est sympa et parle très bien français. On repart, dans un paysage alternant entre plaines arides et montagnes rocailleuses. On franchit un col à mille mètres d’altitude. On aperçoit un village en contrebas, Chera, enclavé dans une vallée aux flans abrubts, comme coupé du monde. On suit une route minuscule se faufilant dans la vallée. Des citronniers chargés de fruits prennent le soleil sur le versan droit. On monte à nouveau, à notre rythme. On surplombe un lac couleur émeraude, sur lequel patauge un kayakiste esseulé. On s’arrête dévorer les chaussons fourrés à la tomates et aux poivrons et la fougasse au boudin noir achetés à Casinós, en admirant la vue. On repart, on traverse Requeña, sans s’arrêter. On roule des heures durant, presque sans pause. Les montagnes disparaissent, la route s’élargit. Le paysage devient plus aride, la végétation plus sèche. On évolue peu à peu dans un décor plat et sec, quasi-désertique. La route est droite et se déroule à l’infini. On souhaite rejoindre Albacete, puis trouver un lieu où l’on puisse assister à la retransmission du match France-Angleterre, en demi-finale de la Coupe du monde de rugby.
On atteint la ville, on se dirige vers le centre. L’ambiance semble à la fois animée et décontractée. On trouve l’office de tourisme. Le type de l’accueil m’indique l’adresse de deux hôtels “pas chers”. On se rend au premier. J’entre, pour demander les tarifs et si il y a un garage pour les mobs. Le réceptionniste, un homme d’une soixantaine d’années, la mine grise et le regard noir, m’indique froidement les prix. Une jeune fille à la tenue explicite et au maquillage abusif passe dans l’accueil. Bonjour l’ambiance. Je rejoinds les gars, peu convaincu. Je leur dresse le tableau. On tente la deuxième adresse, un hôtel d’une toute autre allure, beaucoup plus accueillant. La réceptionniste, une jeune fille d’origine sud-américaine, nous informe que l’hôtel ne propose pas des chambres mais des appartements, qu’ils louent à la nuit. Le prix est abordable, on fonce. On découvre la suite, un appart d’au moins 100 mètres carrés, avec cinq chambres. On fait des courses, on dévore des tapas arrosées de vin espagnol devant la télé, attendant le match avec impatience. Nos espoirs seront vains quant à sa diffusion sur une chaîne espagnole, nous nous consolerons avec un match de foot Barça- je sais plus quoi. On sort boire un verre. On croise un groupe de nombreux jeunes sur une place, qui font la fête dans la rue, buvant et riant. On pénètre dans une rue animée, où règne une ambiance festive. On boit une bière dans un pub cool où ils passent du rock et du funk. On boit une bière dans un autre, à l’ambiance technoïde et danceflooresque. On décide de rentrer, crevés et emmechés (pour certains d’entre nous…). Sur la route, nous croisons un autre groupe de jeunes, qui nous saluent de loin. Deux jeunes filles joyeusement ennivrées viennent à notre rencontre, pour nous demander d’où on vient et ce qu’on fait ici. Cette petite ville universitaire, à l’attractivité touristique limitée ne doit pas voir passer beaucoup d’étrangers. Elles nous invintent à rejoindre leur groupe d’amis pour aller boire un verre. Chaleureux et accueillants, ils commencent à nous questionner sur le voyage. On échange, en oscillant entre anglais et espagnol. On les suit dans un quartier semé de bars de nuit, lorsque le groupe de disloque peu à peu, chacun partant dans sa direction. On reste discuter un peu avec un des survivants, puis on prend le chemin de notre palace.
Distance parcourue : 179 km

Jour 22, 14/10/07
Le réveil est difficile, vers 11h, je fais les frais des abus de la veille. On se prépare, puis on part en quête d’un “locutorio”, une boutique proposant des postes Internet et des communications vers l’étranger à moindre coût. On passe une bonne partie de l’après-midi à mettre à jour le site et à passer des coups de fil. On reprend la route vers18h. On s’éloigne d’Albacete, toujours vers le sud, mais il est déjà tard, on cherche un coin pour planter la tente. On aperçoit un petit bois à droite, émergeant d’une vaste étendue désertique. On se lance sur un chemin longeant un canal, réservé au service. On tombe nez à nez avec un agent du canal, à qui on demande si on peut se poser dans le secteur. A la fois étonné et amusé, il nous annonce qu’il ne devrait pas y avoir de problème, mais se dédouanne de toute responsabilité si la guardia civíl vient nous déloger. On se trouve un coin sous des pins au bord du canal. On mange du riz trop cuit, sans beurre ni sel, agrémenté de sauce tomate. Avec notre petit transistor portable achetée peu avant Béziers, on écoute Musicas Tres, radio nationale espagnole, qui passe du rock indé, de la soul et du funk.
Distance parcourue : 26 km

Jour 23, 15/10/07
Les gars se lèvent à 7h, je traîne au lit car j’ai mal dormi. Je suis réveillé par les rires de Benam et Nono, qui puisent de l’eau dans le canal avec un bidon, attaché à l’aide de sangles. On boit le café, on lève le camp, vers 9h, il faut rouler. Une brume froide nous mène la vie dure, mais le soleil ne tarde pas à percer. La route est toujours rectiligne, sur des kilomètres. Puis on monte à nouveau dans des collines, avant de redescendre. Les paysages se font soudain plus rouges et plus arides. La température se réchauffe. On entre peu à peu dans un décor digne d’un western, fait de collines rondes et de terre brunâtre, d’oliviers et de touffes sèches. On entre en Andalousie. On roule des heures dans ce paysage de far-west, sans se lasser, en suivant la nationale. On s’arrête manger à Puente de Genáve, petite bourgade perdue dans les oliviers. On fait des courses à la supérette locale. La caissière n’a pas l’air très ouverte aux sourires ni à la discussion. On savoure nos sandwiches, posés sur un banc au milieu d’une esplanade. La population locale nous toise du coin de l’oeil, probablement peu habituée à voir passer des étrangers, surtout en mobylette.
L’architecture et le style arabo-andalous font leurs premiers pas sur les façades et les bâtiments des villages que nous traversont. Le paysage est toujours aussi sec, mais se pare progressivement d’un manteau d’oliviers, qu’on aperçoit désormais à perte de vue. Seules des fabriques d’huile d’olive émergent du décor. On bat notre record du plus grand nombre de kilomètres parcourus en une journée, 183 km, en entrant dans Ubedá. On fait le tour de la ville pour répérer l’office de tourisme, en longeant une rue pavée nous offrant un panorama impressionnant sur une immense étendue d’oliviers. On trouve l’office de tourisme, proche d’une magnifique église couverte de sculptures et d’ornements. A côté, on admire un ancien édifice reconverti en hôtel de luxe, construit autour d’une cour intérieure bordée d’arcades. Aidés par un plan, on trouve le locutorio et un cyber café. La nuit tombe, on cherche un camping, mentionné sur la carte, mais ne figurant pas sur celle-ci, étant trop éloigné de la ville. On galère pour trouver la bonne direction, il fait nuit noire. Je demande au gardien d’une station service, qui nous oriente. L’orage commence à sévir au loin, derrière les collines. On suit la route indiquée, puis on trouve le camping. On arrive juste à temps, les gérants sont sur le point de partir, le terrain étant vide. Le compteur affiche 197 km, record à battre. Quant à Nono, il explose son record d’autonomie avec un plein : 222 km ! On s’installe, on se fait cuire des pâtes, qu’on accompagne de sauce tomate et qu’on arrose d’un vin rouge local bon marché mais gouleyant. On peine à trouver le sommeil, à cause des aboiements incessants de chiens situés aux abords du camping.
Distance parcourue : 197 km

Jour 24, 16/10/07
On se lève doucement, on plie, puis on rejoint un cyber à Ubedà pour la traditionnelle mise à jour du site. On décide de refaire un tour de la ville avec la caméra embarquée sur la mob, histoire de prendre quelques images. On repart, direction Granada. Une longue descente dans les oliviers commence. La route se met ensuite à monter, dans un massif montagneux imposant. On passe Jodár, avant de pénétrer plus encore dans les paysages majestueux de la Sierra Magína. Comme toujours, les montées sont rudes et les descentes savoureuses. On passe par des petits villages perdus dans les collines andalouses et les oliviers. Après Guadahortuna, on décide de se mettre en quête d’un “gîte”, l’heure étant déjà avancée.
Poussée par son instinct, Nono bifurque à gauche de la route, dans un chemin menant à une vieille masure en ruine, surplombant des champs d’oliviers. On pose les mobs, on commence la visite. Des tuiles cassées et des poutres vermoulues jonchent le sol, le plafond effondré laisse place au bleu du ciel. Au fond, une porte entrouverte nous invite à aller jeter un oeil. Une fois le pas franchi, la curiosité se transforme en éverveillement. Des collines couleur sable, couvertes d’oliviers, se déroulent sous nos yeux. Les contreforts de la Sierra Nevada s’élèvent à l’arrière plan. On ne pouvait pas rêver d’un meilleur endroit pour passer la nuit. Le soleil se couche, projetant l’ombre des collines sur le vallée, produisant une lumière et des couleurs surnaturelles.
Distance parcourue : 82 km

Jour 25, 17/10/07
On se réveille, dans un véritable décor de cinéma, peinant à imaginer qu’on va devoir le quitter. On profite du soleil levant, qui réchauffe la vallée et sèche la rosée du matin. Au programme de la journée : rejoindre Grenade, située à une trentaine de kilomètres, pour visiter sa célèbre Alhambra. On prend la route, en suivant une quatre voies, n’ayant pas d’autres choix. On profite tout de même de quelques panoramas réjouissants. A l’entrée de Grenade, on évite le périphérique, craignant d’être à nouveau arrêtés par les flics. La mob de Benam montre des signes de faiblesse au niveau de la carburation. On s’arrête dans une station-service pour démonter et déceler une éventuelle anomalie. Nono s’aperçoit que le starter de Benam est simplement bloqué, ce qui noie le moteur. Une fois le problème résolu, on mange, avant d’attaquer le centre ville. On entre dans Grenade, en se faufilant dans la circulation. On parade sur les avenues de la ville, en suivant les panneaux “Alhambra”. Une côte sévère s’amorce, tandis qu’une vue plongeante sur la ville se déploie sous nos yeux. On suit le mouvement des touristes, qui s’engagent sur un parking. Je m’adresse à un agent de sécurité, à qui je demande comment rejoindre le site. Sur un ton fort désagréable, il m’annonce qu’on ne peut y accéder qu’à pied, et qu’on n’a rien à faire ici. On se dirige vers la sortie du parking, fermé par des barrières de sécurité. Pour sortir, il faut un ticket, que nous n’avons pas. Benam profite de l’ouverture de la barrière permettant à une voiture de sortir pour passer. La barrière se referme, devant la voiture, dont les passagers montrent des signes explicites d’agacement. Benam, visiblement en état de stress, pose sa mob, et essaye de leur faire comprendre qu’il va payer pour remédier au problème. La queue commence à s’allonger derrière l’auto. Le gardien du parking déboule, furax, en déblatérant sur le mode de l’agressivité. Benam s’énerve, ne parvenant à faire entendre sa bonne volonté. Je pose ma mob, puis j’essaye de faire comprendre au gardien qu’on ne savait pas que le parking était réservé aux voitures. J’en profite pour ajouter qu’il n’a pas besoin d’employer un ton aussi agressif. La discussion étant impossible et le gardien en plein délire, nous poussons nos mobs jusqu’à la sortie, en l’ignorant. Quelque peu irrités par cet épisode, on prend le temps de se poser, puis on part chercher un autre accès au site.
Les endroits pour poser les mobs en “sécurité” sont réduits, mais Benam et moi sommes prêts à courrir le risque de les laisser, le temps de la visite. Nono, marqué par l’épisode de Barcelone, n’est pas chaud. On le comprend, mais on ne cache pas notre déception. Une triste prise de conscience s’effectue alors. Notre moyen de locomotion montre ses limites, celles de ne jamais pouvoir être en sécurité ailleurs que dans un hôtel ou un garage fermé. Le moral dans les chaussettes, on entreprend une descente vers le centre, avec la ferme intention de faire une pause pour boire un verre. On traverse des petites ruelles pavées, dévoilant des vues impresionantes sur la ville. On boit une bière en terrasse. Nono part à la recherche d’un appareil photo. On décide de repartir, Nono sans appareil, Benam et moi sans souvenir de l’Alhambra. On se perd dans une banlieue résidentielle de Grenada. On galère sérieusement pour sortir de la ville en direction d’Armilla. Je demande au gérant d’un bureau de tabac, qui me donne un florilège d’indications difíciles à retenir. On tâtonne un bon moment dans les rues du centre, puis on finit par trouver le fameux panneau “Armilla”. Regénérés par cette petite victoire, on s’arrête faire des courses. On passe Armilla, avant de se mettre en quête d’un lieu où poser la tente, le jour déclinant à vitesse grand V. Après cinq kilomètres, on tombe sur un berger, qui fait paître ses brebis dans un champ desséché. Je lui demande conseil pour planter la tente dans le coin. Il me dit qu’il n’y a pas de problème, mais qu’on risque d’être dérangés par les camions qui viennent alimenter la décharge située cinq cents mètres plus loin. Tant pis pour les camions, tant pis pour la décharge, on pousse les brèles dans une étendue sablonneuse pour aller se cacher derrière des oliviers, à l’abri de la route. Miné de terriers de renards et de crottes de lapins, l’endroit n’est guère séduisant, mais le sol est plat et semble confortable. Ce soir, c’est poireaux fondus au beurre avec des dés de jambon, de la crème fraîche et des haricots verts. Un régal. Une fois de plus, on arrose le tout de vin rouge, mais le choix de la bouteille s’avère moins réussi que les jours précédents. Demain, objectif atteindre la côte, puis Malagá. On se donne encore trois jours pour rejoindre La Linéa, où nous serons accueillis, avant de franchir enfin le détroit de Gibraltar…
Distance parcourue : 93 km

Jour 26, 18/10/07
On se lève vers 8h dans notre camping-décharge quatre étoiles. Une odeur nauséabonde, qu’on n’avait pas senti la veille, nous chatouille les narines. On boit le café, puis on s’adonne à une toilette sommaire au gant et à l’eau du bidon. On coupe par la campagne en direction de Malagá. Un nouvelle étape toute en relief s’annonce. Il fait bon, seul un léger voile nuageux filtre les rayons du soleil. Du haut d’un petit col, une vue plongeante sur un lac s’offre à nous. La descente, grisante, nous dépose sur un barrage, d’où on prend des photos. On traverse Agrón, petit village perdu mais charmant. Un groupe d’anciens palabre sur un banc à l’ombre des oliviers. Des faïences colorées ornent les façades. On atteint Alhama de Granada, où on s’arrête pique-niquer. Les autochtones nous regardent en souriant. On passe un nouveau col, au pied d’une montagne imposante, puis on rejoint une large et plate vallée, enserrée dans des montagnes de faible altitude. Les oliviers se font plus rares, laissant place à des champs de tomates. Des employés, la plupart d’origine sud-américaine, font leur pause devant les entrepôts. On traverse Ventas de Zafarrayas, village débouchant sur une vallée vertigineuse, alors qu’on se croyait dans une plaine. On s’élance dans la descente, en évitant les nids de poules car la chaussée est en mauvais état. Des dizaines de camions passent par là, probablement chargés de tomates. On atteint Torre del mar, sur la Costa del Sol. Il fait trente degrès. On suit la côte, sans charme apparent, jusqu’à Malagá. On tente d’éviter le périph’, en vain. La mob d’Arnaud se fait remarquer, en freinant de la roue arrière sans qu’on lui ai demandé. Ce n’est pas le frein, on continue, tant que ça roule. On passe Malagá, après avoir récupéré le chemin du centre-ville. Il faut trouver un camping, la nuit tombe.
On s’égare dans une zone industrielle, puis sans savoir par quel miracle, on tombe sur un quartier résidentiel, à Torremolinos, avec un camping. On plante la tente, à côté d’un jeune couple de polonais. J’accroche mon hamac entre un arbre et un lampadaire situé sur l’emplacement. Benam s’y installe pour écrire. Le poteau n’apprécie pas la manoeuvre, il se déterre avec un bruit d’enfer, en fissurant un muret par la même occasion. Les polonais sont morts de rire, on s’empresse de redresser le pauvre lampadaire et de ranger le hamac. En face de nous, un Danois retraité sort de sa caravane. Alerté par le bruit, il nous tourne autour bizarrement, en regardant si sa voiture n’est pas concernée. On fait comme si de rien n’était. Il se plante devant nous, attendant un éventuel aveu. Je lui demande s’il y a un problème, il me dit que non, mais que peut-être nous avons un problème. Le plus naturellement du monde, je lui réponds “Oh, no, not at all”. L’incident est clos. On se couche. Subitement, d’énormes gouttes commencent à tomber sur la tente. Puis c’est le déluge. On ne s’entend même pas parler. Benam fonce ramasser les affaires restées dehors. En cinq minutes, un véritable coussin d’eau se forme sous la tente, toujours aussi étanche, par chance. Quelques affaires sont mouillées, mais on s’en sort bien.
Distance parcourue : 150 km

Jour 27, 19/10/07
La nuit a été courte. On se lève, il fait bon et beau, on prend le temps. Des perruches couleur vert pomme batifolent dans l’arbre au-dessus de la tente. On discute le coup avec un grand, beau et blond danois, intrigué par les mobs. Il s’appelle Toabin, il a 38 ans et cherche du travail en Espagne pour apprendre la langue. Il semble enthousiasmé par notre périple.
On part, en suivant la côte, direction la Línea de la Concepción, à deux km de Gibraltar. Le littoral est couvert d’hôtels et de résidences à l’esthétique peu convaincante, probablement destinés à une riche clientèle de touristes étrangers. Dix km avant Marbella, la mob de Nono freine plus que jamais. On s’arrête dans un secteur commerçant envahi d’anglais, à l’image d’une bonne partie de la Costa del Sol. La roue arrière est carrément bloquée, et des billes s’échappent du moyeu. Après un rapide démontage, on constate les dégâts. L’un des deux roulements à rendu l’âme. De plus, le fait d’avoir continué à rouler comme ça a sévèrement abîmé la jante, qui est bonne à changer. Coup dur. Au début, on ne sait pas comment gérer le problème. On décide d’appeler Françoise Marié, amie de longue date de Marie-Pierre, la mère de Claire, la copine d’Arnaud, qui nous attend à la Línea le soir-même. Heureusement, nous ne sommes qu’à 70 km du but. Françoise nous propose de venir chercher l’un d’entre nous avec la mob hors-service le lendemain. Reste maintenant à trouver un camping pour la nuit. On se renseigne, il y en a un à deux km. On pousse les mobs. Au passage on s’arrête dans une station service pour demander si ils savent où se trouve le Peugeot Cycles le plus proche. Sans succès. Je demande à un type en train de faire le plein de son coupé-sport. L’homme, la cinquantaine, style décontracté, s’avère être un français installé à Marbella. Encore raté.
On trouve le camping, le Marbella Plaza, encore un de ces immenses réservoirs à touristes anglais. Le gars de l’accueil, un jeune d’une vingtaine d’année, écoute notre histoire et me propose de m’aider le lendemain à chercher une concession Peugeot Cycles sur Internet. On s’installe, puis on décide d’aller se mettre les pieds sous la table au resto du camping, fatigués et faignants. Pour les gars, ce sera poulet-frites, pour moi filets de hareng-pommes de terre. C’est vendredi soir, une animation est prévue pour stimuler des retraités anglais en mal de sensations fortes. Un faux crooner, le crâne rasé et le costard mal taillé, entame un tour de chant à la justesse plus qu’approximative. Tous les classiques du genre sont passés à la moulinette, et plus particulièrement un inoubliable New-York New-york, littéralement saccagé. Les anglais sont contents, et nous, on est écroulés.
Demain, les gars rejoindront la Línea en mob. Pour ma part, je resterais au camping pour écrire en attendant leur retour, avec Françoise.
Distance parcourue : 50 km

Jour 28, 20/10/07
On se lève, puis on prend le petit déj sur la terrasse du bar du camping. Les gars se préparent pour partir à la Linea, tandis que je me rends à l’accueil du camping. Comme convenu, le réceptionniste, très sympa, me donne un coup de main pour trouver un réparateur Peugeot. Il cherche sur Internet, puis me donne quelques adresses, dont un concessionnaire Peugeot Motocycles à Algeciras, sûrement le plus à même de nous procurer une jante. J’appelle, on me dit qu’il faut y passer, pour voir le modèle exact de la jante. On décide de profiter de notre point de chute à la Linea pour gérer le problème. Les gars prennent la route, je m’installe à la terrasse du bar pour écrire, au soleil, au bord de la piscine. Les bières défilent, mon carnet se rempli. Je pars me balader sur la plage, où une légion d’anglais fait bronzette. Je vais au cyber café du coin pour actualiser le site. Une heure et demi plus tard, Benam arrive, accompagné de Françoise. On charge les affaires et la mob dans sa voiture, puis on rejoint la Linea.
Le centre de la Linea est un dédalle de ruelles colorées et vivantes. Je découvre la maison de Françoise, tout simplement ravissante. Construite autour d’un patio à ciel ouvert, elle a son propre puits, une grande terrasse sur le toit et des faïences sur les murs. On dispose carrément d’un studio indépendant, dans la maison. Le soir, on mange une raclette dans le patio, en compagnie de Virginia, amie de Françoise et de sa fille Sandie. On découvre le Finot, une sorte de vin cuit local, dont Françoise raffole. La raclette n’en finit pas, et les bouteilles de vin se vident. On se couche tard, repus et contents d’être posés pour pouvoir régler nos soucis mécaniques. Demain, c’est dimanche, on prévoit de visiter la ville, Peugeot étant fermé.
Distance parcourue : 70 km

Jours 29 à 35, du 21 au 27/10/07
Dimanche, on se réveille après une bonne nuit de sommeil dans un vrai lit. Françoise nous guide dans les rues de la Linea, nous fait visiter le centre-ville. On est à deux km de Gibraltar, bout d’Angleterre sur le territoire espagnol, avec son imposant rocher. Le soir, Françoise nous lâche dans la ville, on va manger des tapas, puis un va assister à un concert dans un pub. Le groupe joue du rock-blues bien groovy, les musiciens assurent. On apprécie ce moment.
Lundi, direction Algeciras, en bus, en quête de la jante tant convoitée. On montre la jante cassée, le mécano nous annonce 2-3 jours de délai pour en obtenir une nouvelle. L’esprit un peu plus libre, on se dirige vers le chemin du retour. J’aimerais trouver un magasin de musique pour trouver une petite guitare. On aperçoit un groupe de jeunes ados, dans la rue, qui en possèdent une. Je leur demande où je peux en trouver une. L’un d’entre eux me propose de me vendre sa ¾. Je l’essaye, elle sonne juste et ne se désaccorde pas. Après négociation, je l’obtiens pour 40 €.
Mardi, on visite une ville anglaise enclavée dans l’Espagne, Gibraltar. Les bobbies et les pakis sont dans la place, pas de doute, on est en Grande-Bretagne. La ville n’est pas très intéressante au premier abord, si ce n’est pour ses nombreuses boutiques duty-free et son caractère très anglais.
Mercredi, on passe un coup de fil chez Peugeot, toujours rien. On se laisse vivre chez Françoise, dont l’accueil est formidable. On fait la connaissance de Géraldine, une jeune française installée à la Linea et amie de Françoise. Jeudi, j’écris, tandis que les gars règlent leurs dernières formalités de santé. Le lendemain, on retourne chez Peugeot, où on nous annonce un délai de deux semaines pour obtenir une nouvelle jante. Il faut la faire venir de France, il n’y en a pas en Espagne. On rachète tout de même des roulements à billes. De retour chez Françoise, Nono tente de fixer les nouveaux roulements sur sa jante. C’est du bricolage, mais il pense que ça peut tenir, au moins jusqu’à la frontière marocaine. On décide de reprendre la route dimanche. Le soir, Benam et moi sortons, Nono reste à la maison, pris par une grosse migraine. On retrouve Françoise et Géraldine, deux fétardes invétérées, que l’on suit dans la vie nocturne trépidante de la ville. Samedi, on se prépare pour le lendemain, j’actualise le site. Françoise nous prépare un super plateau de crudités avec des œufs pochés. En guise d’adieu, elle nous offre à chacun une petite boîte de galettes de Pont-Aven, spécialité de sa Bretagne natale. Je goûte aux œufs, ma hantise culinaire depuis ma tendre enfance. On la remercie pour la semaine extraordinaire qu’on a passé chez elle, et pour l’accueil qu’elle nous a réservé.

Jour 36, 28/10/07
On se lève à 7h30, Fançoise nous dit au revoir, elle part faire une randonnée avec son ami Virginia. On se prépare, puis on prend la route, en espérant que la réparation de Nono tiendra le coup. On rejoint la mer pour suivre le remblai. Il fait un temps magnifique, la mer est d’un bleu profond. C’est bon de reprendre la route après une semaine en sédentaires. On s’élance sur la quatre voies direction Algeciras. A mi-chemin, ce qu’on craignait se produit, les roulements neufs cèdent. On est à trois km du but. Pas le choix, il faut pousser. Un ras-le-bol général se fait sentir, accompagné d’un bon coup au moral. Malgré tout, on garde la tête froide. On arrive à l’entrée du port, après avoir bien galéré. Nono en a plein les pattes. On traverse le pont qui nous emmène jusqu’à l’embarquement du ferry. On achète nos billets, 24€ chacun avec la mob. Sur le quai, mon moteur ne veut plus démarrer. On démonte vite fait, mais c’est à l’intérieur, on ne trouve rien d’anormal. Le moral tombe d’un cran supplémentaire. Avec deux mobs en rade, la traversée prend une dimension particulière. On monte dans le ferry, on attache les mobs dans la soute. Le bateau quitte le port, on boit un verre au bar, puis on va s’asseoir. Le moral n’est pas au top, mais l’émotion de fouler bientôt le sol africain se fait sentir. Je prend des photos. Le rocher de Gibraltar s’éloigne, tandis que la côte marocaine se rapproche. Le ferry accoste, on sort. A Ceuta, nous sommes encore en Espagne, mais géographiquement, c’est bien sur le sol africain que nous poussons nos mobs. On trouve une petite pension chouette et pas chère, la « Bohémia », indiquée dans le Routard. Malheureusement, il n’y pas de garage, on doit mettre laisser les mobs dans un parking payant. L’auberge est accueillante et dispose d’un patio joliment décoré. La nuit sera bonne, malgré l’inquiétude qui plane sur la suite des événements.
Distance parcourue : 26 km

Jour 37, 29/10/07
On se lève à 8h, on part prendre le petit déj dans un bar, avant d’attaquer les réparations et la recherche de jante. On répartit les rôles : les gars démontent mon moteur, je pars chercher la pièce. Je me lance, sur les conseils d’un motard portugais, vers un soi-disant concessionnaire Peugeot motocycles. Je me retrouve successivement dans une boutique de vélos, un revendeur Derbi et Piaggio, une concession moto, puis je finis par trouver un bouiboui estampillé Peugeot. Ils ont une jante, mais pour l’avant, inadaptable à l’arrière. Tout le monde me dit que j’aurais plus de chance d’en trouver une de l’autre côté de la frontière. Je reviens au garage, les gars n’ont pas trouvé la panne, ne pouvant démonter complètement le moteur. On n’a pas le choix : il faut passer le frontière, puis rejoindre Chefchaouen, d’où on pourra gérer le problème. Abdelmounim, frère d’un collègue de la mère de Benjamin, nous y attend. On déclenche le plan B : mettre ma jante sur la mob d’Arnaud, pour que les gars puissent rouler jusqu’à « Chaouen », et trouver un taxi qui accepte de m’emmener jusque là-bas, avec ma monture.
Jusqu’à la douane, c’est à moi de pousser. Les gars partent devant, en faisant des pauses pour m’attendre. Je sue et je brûle, en poussant le long de la route côtière qui mène à la douane. On arrive à la frontière, il est déjà 14h30. Un premier rabatteur fond sur nous dix mètres avant le poste. Il nous tend un papier à remplir pour obtenir le permis de séjour. Méfiants, on s’exécute, en lui demandant si c’est bien un papier officiel, parce qu’on ne veut pas d’ennuis. L’homme se défend d’être un arnaqueur. Effectivement, ce n’est pas le cas, mais il nous demande clairement un bakchich, une fois le papier rempli. On fait mine de ne pas avoir retiré d’argent avant la frontière, on dit qu’on n’a que quelques euros et qu’on en a besoin pour payer le taxi. On finit par lui lâcher 4 €. Pas content, il s’en va. On donne notre papier au guichet correspondant, où on nous délivre la « déclaration d’admission temporaire de véhicule ». On commence à remplir le papier. Je m’aperçois que je n’ai pas l’assurance de ma mob, mais celle de ma voiture. Je les ai confondu avant le départ. Le stress, déjà palpable à cause de l’atmosphère anarchique qui règne sur les lieux, monte d’un cran. La guichetière ne peut valider ma déclaration, elle me dit de voir ça avec l’inspecteur des douanes. Je bataille dur pour lui faire comprendre que ma mob est bien assurée, qu’il me manque juste le papier. Je ne sais pas par quel miracle, il finit par tamponner la feuille. On peut enfin franchir la frontière que nous convoitons depuis des jours. On pousse les mobs. Nous sommes au Maroc.
Un parking couvert de vieux taxis Mercedes blancs fait office de comité d’accueil. Ca bouge dans tous les sens, ça crie, on nous observe. Un chauffeur vient à notre rencontre. Je lui demande s’il peut m’emmener à Chefchaouen avec ma mob pour 50€, tarif non négociable. Il me dit non, c’est 60, je lui dit tant pis, il me dit bouge pas. Un autre arrive, me proposant de m’emmener jusqu’à Chaouen. Je dis ok, mais pour 50€. Le type me répond non, c’est 100. Je lui dit que je n’ai que 50, et que je ne peux pas faire plus. Il dit ok. On charge la mob dans le coffre, avec la caisse, dans une manœuvre improbable, aidés par des badauds. On attache le tout avec un tendeur, la mob dépasse du coffre de moitié. Le chauffeur me dit de monter. Je dis au revoir au gars, en espérant les revoir un jour. Un autre passager monte à bord du taxi, un jeune d’une vingtaine d’année. On part. Je ne suis qu’à moitié rassuré, mais le chauffeur s’avère être un excellent conducteur. On s’arrête 10 km plus loin, le chauffeur me demande mon passeport, pour aller me déclarer à la gendarmerie. Ignorant cette procédure, je commence à flipper, en imaginant tous les scénarios possibles. Le jeune gars me rassure en m’informant de la démarche. Le chauffeur réapparaît, me rend mon passeport, on repart. Je souffle. On dépose l’autre passager peu avant Tétouan. On passe aux abords de la ville, dont les habitations blanches sont bâties sur des collines. Déjà, le dépaysement est total. Des hommes transportent leur marchandise à dos d’âne, des femmes portent des fagots de deux fois leur taille dans les champs. Un chameau fait le beau sur le bord de la route. Le délabrement de certains bâtiments et les détritus qui jonchent le bord de la route nous rappellent qu’on n’est plus en Europe. La route bifurque vers un paysage plus en relief. Le jour commence à décliner, je pense aux gars, qui vont devoir faire une bonne partie du trajet de nuit. Hakim, le chauffeur, a l’air sympa. Il parle très peu le français, mais on arrive à se comprendre. Agé d’une trentaine d’année, il me confie gagner pas trop mal sa vie avec ce boulot. Le soleil rougeoie sur les collines, tandis que Chaouen laisse apparaître au loin les façades blanches, à flanc de montagne. Je demande à Hakim de me déposer à la station Mobile, là où travaille Abdelmounim, notre hôte. Je descends du taxi, je commence à enlever la sangle de la mob et déjà, quatre autochtones viennent me prêter main forte pour sortir l’engin du coffre. Hakim me demande si c’est bon pour 100€, je lui dis en souriant que non, on était d’accord pour 50.
Les employés de la station m’accueillent avec le sourire. Ils appellent Abdelmounim, qui vient m’accueillir à son tour. On fait connaissance, puis il m’emmène avec lui jusqu’à son dépôt, situé à deux km, où il a quelques tâches à terminer. On monte dans une 205 bleu clair couleur “petit taxi” chaouennien, conduite par un de ses amis, Abdelsalam, lui aussi jovial et accueillant. Un autre passager partage la course, et prend part aux discussions. Je ne comprends pas un piètre mot de ce qui se dit, mais le sentiment d’immersion que je ressens à ce moment ménage toutes mes peines. On arrive à l’entrepôt, d’où Mounim gère, en plus de la station Mobile, la distribution de Pepsi, de Fanta et de l’eau Sidi Ali sur la région de Chefchaouen. Tous ses employés me souhaitent la bienvenue, simplement, chaleureusement. On s’installe dans le bureau de Mounim, on discute, tandis qu’il termine ses comptes avec ses salariés. Il est 18h, les gars sont encore sur la route. Je parviens à les joindre sur le portable de Nono. Ils sont entre Tetouan et Chefchaouen, tout va bien, mais ils affrontent des côtes sévères et il fait nuit noire. Trois quarts d’heure plus tard, Nono et Benam sont à la station.
Contents de se revoir, on se raconte nos expériences respectives. On laisse ma mob à la station, puis on se rend chez Mounim. On fait la connaissance d’Assmae, sa femme, et de ses adorables petites Salma, 5 ans, et Nissrine, 3 ans et demi. Leur maison est composée de deux grands appartements. Ils vivent dans celui du haut, tandis que celui du bas est consacré à la réception des invités et aux fêtes. Ce dernier comporte un grand salon traditionnel marocain, à la décoration luxuriante, et un petit, où nous prenons les repas. On part ensuite dîner chez la mère d’Abdelmounim, qui nous accueille elle aussi avec chaleur et honneurs. On mange une soupe aux épices et aux vermicelles, avec des figues et des dattes sèches. Alors qu’on croit avoir fini le repas, Iakotsse, sœur de Mounim et deuxième maîtresse de maison, nous apporte un gigantesque poulet frites. On se sert avec les mains, direct dans le plat. La mère de Mounim guette notre assiette et nous resserre avec insistance avant même qu’elles ne soient vides. Lorsqu’on lui signale qu’on n’en (peut…) veut plus, elle affiche une petite moue de déception, qui se transforme vite en sourire de satisfaction lorsque nous dévorons ses mets. On rentre chez Mounim, on se couche dans le petit salon, sur les banquettes qui entourent la pièce. Demain, on emmène ma mob chez le réparateur, avant la visite de la ville, qu’on attend avec impatience.
Distance parcourue : 101 km

Jour 38, 30/10/07
On se réveille vers 8h30, Mounim vient nous annoncer que le petit déjeuner va être servi. Dix minutes plus tard, il entame un va-et-vient entre les deux étages, emplissant la table du salon de beignets, de crêpes, de confitures et de gâteaux maison. Il apporte aussi des olives noires et du « sfouf », une sorte de broyat d’amandes et de blé mélangé à du sucre et de la cannelle. Assmae descend à son tour, puis nous commençons à déguster toutes ces bonnes choses, ébahis par le tant d’attention qui nous est faite. Assmae, douce et souriante, entame volontiers les discussions, malgré son peu de pratique du français. Elle parle cependant mieux que Mounim, qui use et abuse de gestes pour se faire comprendre, en rajoutant souvent pour amuser la galerie. Il exprime sa bonne humeur à chaque coin de phrase, et ne cesse de nous encourager dans notre démarche. Leur accueil est royal, il nous plonge au cœur de la culture marocaine et arabe, avec tous les particularismes que cela comporte. Dans leurs actes, leur langage et leurs expressions, on perçoit déjà une autre vision du monde et des relations humaines, fondée sur l’échange, le partage et la générosité.
Mounim appelle le réparateur local de cyclos et de scooters. On y emmènera la mob à 15h. Mounim part au travail. On décide d’aller faire un premier repérage dans la ville. On descend leur rue, qui mène au centre, à flan de montagne. L’air est frais et pur, le ciel est d’un bleu profond. Des gravats jonchent le bord de la rue, des hommes se baladent avec leur mule ou leur âne et les femmes sont en grande majorité voilées. Le centre est animé. Les voitures klaxonnent pour signaler leur passage et slaloment entre les piétons. Des petits marchands prposent des produits de toutes sortes, qu’ils vendent à même le sol ou sur de petits présentoirs de fortune. Les maisons sont blanches et contrastent avec le bleu du ciel. Une porte voutées annonce l’entrée de la médina. Un dédalle de ruelles, exclusivement piéton, s’offre à nous. Les murs sont blancs et le sol est peint en bleu, jusqu’à un mètre de haut. Le charme des lieux agit instantanément. La tranquillité, la pureté de l’air et la gentillesse des habitants produisent une alchimie irrésistible. Des dizaines de petites échoppes proposent toutes sortes de produits ; épicerie fine, fruits et légumes, viandes, vêtements. Des menuisiers, forgerons, tisserands, couturiers travaillent dans leur atelier, souvent minuscule et ouvert sur la rue. Quelques vendeurs de hachish nous proposent leur marchandise. Les montagnes du Rif sont connues pour être le « grenier à kif » de l’Europe.
On retrouve Mounim chez sa mère, pour un couscous gargantuesque. Elle nous incite toujours autant à en reprendre. On part ensuite emmener ma mob à l’atelier. On explique le problème aux mécaniciens. Ils nous disent qu’ils vont faire ce qu’il faut. Mounim a pris son après-midi pour nous faire visiter la ville. On traverse la médina, par des ruelles qu’on n’avait pas encore empruntées. On en prend à nouveau plein la vue, tant grâce à l’architecture locale qu’aux différentes boutiques et ateliers que nous croisons. On sort de la médina, pour arriver au pied d’une des deux montagnes d’où la ville tire son nom (« Chef » : « regarde », et « Chaouen » : « les deux montagnes »). On atteint la « Tête de l’eau », l’endroit où jaillit la source d’eau minérale qui alimente la ville. On goûte l’eau, fraîche et savoureuse. On flâne à nouveau dans la médina, sans se lasser. Le soir, on mange à nouveau chez la maman, qui nous sert à nouveau de la soupe aux épices, puis de grosses crêpes imbibées de sucre et de beurre, avec de la confiture de figue et de fraise maison. A table, on rit, on échange beaucoup, malgré de petites difficultés pour se comprendre parfois. On rentre, repus et la tête pleine d’images. Demain, objectif récupérer la mob.

Jour 39, 31/10/07
Le petit déjeuner est à l’image de celui d’hier : délicieux et gigantesque. Les petites partent à l’école, Mounim au travail. On retourne flâner dans la médina, activité dont on ne se lasse pas. On se retrouve chez la mère de Mounim pour déjeuner. On déguste un délicieux tajine de poisson avec des oignons, des petits pois et des carottes. Benam et Nono commencent à montrer des signes de faiblesse face aux assauts répétés de la mère de Mounim. Nous goûtons en dessert une salade de grenade parfumée à la fleur d’oranger. Après manger, on fonce à l’atelier pour voir la mob. Le piston est carrément fissuré, ce qui a sévèrement amoché la chambre de compression. Il faut changer plusieurs pièces, ce qui n’est pas possible avant demain. Les mécanos m’annoncent que la mob sera prête demain matin. Je consacre mon après-midi à l’écriture, tandis que les gars se reposent. Mounim nous présente Mohammed Yacine, le frère d’Assmae, âgé de 23 ans. Récemment diplômé comme prothésiste dentaire, il illustre à la perfection cette jeunesse marocaine en mutation, dont les modes de vie et de consommation tendent à s’occidentaliser. Les habits traditionnels ont laissé place aux Ray Ban et au T-shirt Georgio Armani. Yacine parle et comprend difficilement le français, mais exprime sans mal sa bonne humeur et sa sympathie. Selon Mounim, il est également un excellent musicien. Yacine nous emmène dans un cybercafé dont il connaît les responsables. La connexion est lente, mais bon marché : 3 dirhams de l’heure, soit environ 30 centimes d’euros. On s’arrête chez un coiffeur. Nono se fait couper les cheveux, Benam la barbe, une expérience vraiment amusante. Le soir, on mange à nouveau chez la mère de Mounim, qui nous a préparé un tajine de bœuf, cette fois-ci. Mounim nous propose d’inviter Yacine à venir jouer du clavier du derbouka à la maison, ce qu’on accepte volontiers. Il nous interprète des tubes de musique populaire arabe et marocaine. La claviériste maîtrise son instrument, qu’il joue avec une rapidité déconcertante. Il chante également très bien. J’improvise un accompagnement sommaire à la guitare, peinant à me placer dans ses rythmiques complexes. Nono tient le rythme au derbouka. En pyjama, Mounim et Assmae descendent, afin de profiter du concert. Ils reprennent en cœur les refrains des morceaux, qu’ils semblent bien connaître. Cette soirée, inoubliable, se poursuivra jusqu’à 2h du matin.

Jour 40, 01/11/07
On se lève, la tête dans le coltar, puis on part chercher la mob, comme prévu. Les mécanos ont changé les pièces, la mob tourne comme une horloge. Ils ont aussi réparé la jante, mais nous conseille d’en racheter une dès que possible. On part se promener dans la ville, en compagnie de Yacine, cette fois-ci, qui nous sert de guide. On tourne quelques plans dans la médina, puis dans l’ancien conservatoire de musique de Yacine, bâtiment ravissant de style hispano-mauresque. Le midi, on mange chez Mounim, une sorte de pot-au-feu délicieux avec un fruit sucré qu’on ne parviendra pas à identifier. Cet après-midi, Mounim et Assmae doivent se rendre à Tétouan pour faire fabriquer des semelles sur-mesure à Nissrine, qui a les pieds plats. Ils nous proposent de nous emmener. On fait le trajet à sept, avec les petites, dans l’Opel Astra de Mounim. Le trajet nous offre des vues imprenables sur les montagnes du Rif et sur les quelques villages que nous traversons. La pauvreté y semble plus présente qu’à Chefchaouen. Une fois le rendez-vous chez le podologue terminé, nous partons faire la tournée des magasins de chaussures, ce qui nous donne l’occasion d’une belle ballade dans la ville. On passe dans toute sorte de marchés, de souks, ou tout se vend. Les touristes que nous croisons se comptent sur les doigts d’une main. Au retour, on s’arrête boire un thé dans un bar chic de la ville, où Mounim et Assmae viennent souvent. Le soir, nous prenons notre dernier repas chez la mère de Mounim, ayant décidé de reprendre la route demain matin.

Jour 41, 02/11/07
Après le petit déjeuner, on se prépare à reprendre la route. Lorsqu’on dit au revoir à Mounim et Assmae, l’émotion se fait sentir. Une fois de plus, nous avons été l’objet d’un accueil extraordinaire, à cette différence près qu’il nous a fait partager le quotidien d’une famille typiquement marocaine. Ce séjour a également donné lieu à des rencontres et à des découvertes inoubliables. C’est promis, on reviendra, Inch’Allah ! On prend la route, sous un soleil radieux, dans les montagnes du Rif. Ma mob roule nickel, et ce petit changement de moteur m’a bien fait gagné 10 km/h en vitesse de pointe. On profite de paysages magnifiques, vallonnés, et des routes sinueuses qu’on aime tant. On s’arrête manger des super brochettes pour pas cher dans un resto en bord de route. On passe Ouezzane. A notre passage, les gens -surtout les enfants- nous saluent en souriant. Certains nous font des signes d’encouragement. Dans un village de bord de route, un panneau annonce des chambres. On décide de s’arrêter, le jour déclinant. L’hôtel est insalubre et tenu par un Italien d’une soixantaine d’année qui ne nous inspire guère confiance. Il y héberge une demi-douzaine de marocains, qui travaillent visiblement à une soi-disant « rénovation » de l’hôtel. La plomberie est dans un état de délabrement avancé, une forte odeur d’urine parfume le couloir et les toilettes à la turque, qui feraient fuir une horde de blattes en mal de sensations extrêmes, disposent également d’une douche, par souci d’économie, probablement… L’Italien n’a de cesse de donner des ordres à ses « employés », sur un ton relativement méprisant. Par chance, la chambre qu’on nous propose est à peu près épargnée. On range les mobs dans une pseudo « boucherie », accolée à l’établissement. On va se promener dans le bourg, ou règne une atmoshère de far-west. On boit un thé, puis on décide de rentrer. Notre repas se limitera aux gâteaux maison offerts par la mère de Mounim, notre régime ayant été quelque peu… lourd, ces derniers temps…
Distance parcourue : 140 km
Jour 42, 03/11/07
On se prépare pour partir. On sort les mobs du garage. On part, après avoir réparé mon pneu arrière, crevé. On

progresse dans des collines de terre et de sable, dépourvues de végétation. Sur le côté de la route, des dizaines petits marchands vendent des grenades. On s’arrête manger dans une sorte de routier quelques kilomètres avant Fès. J’essaye d’appeler Houcine Benchekroune, contact à Fès d’une de mes tantes, pour lui demander s’il dispose d’un lieu sûr pour laisser les mobs le temps de découvrir la ville. Il accepte d’accueillir les mobs dans le garage de son hôtel. On entre dans la ville qui, hormis un trafic plutôt anarchique et quelques bâtiments en mauvais état, montre tous les aspects d’une grande ville européenne. On parvient à trouver le Grand Hôtel, en plein coeur de la ville nouvelle. La réception a été prévenue de notre arrivée, on nous guide vers le parking souterrain. On ne sait pas encore où dormir, mais le réceptionniste nous propose un prix raisonnable. On prend une chambre, qui s’avère être spacieuse et comfortable.
Il est 14h, on décide de prendre un petit taxi pour nous rendre à Fès El Bali, la vieille ville, où se trouve la fameuse médina. Le chauffeur nous dépose devant la porte de Bab Boujloud, l’entrée principale. On pénètre dans le dédalle. Au premier abord, je ne suis pas saisi par le charme des lieux, les ruelles étant jallonées d’échoppes pour touristes. Les vendeurs nous invitent à rentrer dans leur boutique, parfois avec insistance. A mesure que l’on enfonce dans la médina, les commerces se font plus pittoresques. On se laisse dériver dans le labirynthe, au feeling, offrant à nos sens un florilège de découvertes, fait de senteurs, de formes et de couleurs. On visite le musée Neijariine, des Arts et Métiers du bois. Des outils traditionnels ainsi que divers objets issus de l’artisanat du bois sont présentés. Le bâtiment, datant du XVIIIème siècle, est magnifique. Les pièces présentées sont de toutes natures, meubles anciens, portes, escaliers, instruments de musique, éléments de décoration, témoignant de la richesse du savoir-faire local. En effet, Fès est réputée pour être la capitale culturelle, intellectuelle et artisanale du Maroc. On poursuit la ballade. Des rabatteurs nous invitent à les suivre vers les célèbres tanneries de la ville. On décline, craignant de devoir payer. On sort de la médina par une des quatorze portes de la cité. On cherche un petit taxi, mais on peine à le trouver. Des enfants, souvent très jeunes, viennent nous réclamer des Dirhams. Un Marocain d’une cinquantaine d’année nous propose de nous ramener à notre hôtel, pour le prix d’une course de taxi. On monte dans sa voiture. Sympa, il finit par refuser notre argent. Après s’être posés à l’hôtel, on part manger dans un petit snack à “l’occidentale”. On rentre se coucher, fourbus mais enrichis de nouvelles découvertes.

Jour 43, 04/11/07
On laisse les mobs à l’hôtel, pour aller voir s’il y a des lits à l’auberge de jeunesse, toute proche. Un grand Marocain en djellaba, la quarantaine, nous ouvre la porte. On pénètre dans une petite cour pavée de tomette et de mosaïques, ornée d’un citronnier et de multiples plantes. Un petit couloir débouche sur une terrasse ombragée, qui donne accès aux chambres. On en prend une pour la nuit, c’est moins cher l’hôtel. Le gérant, accueillant et souriant, nous propose de visiter la médina en compagnie d’un guide officiel. Cela nous permettrait d’avoir accès à tous les hauts lieux de la vieille cité. On accepte, le prix étant abordable. Le rendez-vous est fixé à 15h, pour deux à trois heures de visite. En attendant, on décide d’aller se balader dans un marché situé à côté du grand hôtel. On y achète des fruits, du pain, des figues séchées, des amandes et des olives pour le repas de midi. Il n’y a pas de touristes dans le marché, ce qui nous donne une fois de plus l’occasion d’une belle immersion. Les mobs restent au Grand hôtel, on retourne à l’auberge. On mange, puis on rencontre notre guide, Rachid, la cinquantaine, parlant très bien français. On monte dans un petit taxi, qui nous dépose (à nouveau) devant la porte principale de la médina. Rachid commence son exposé, parfaitement maîtrisé, on écoute avec attention. On s’immerge dans le dédalle de ruelles. On s’arrête visiter la medersa Bou Inania, la plus belle de la ville, datant du XIVe siècle. Les medersas étaient des internats religieux abritant des chambres, un oratoire, une salle d’étude et une superbe cour, dont la beauté aidait à élever l’esprit. Une petite fontaine, au centre de la cour, était destinée aux ablutions avant la prière. En admirant la beauté et la finesse des ornements en bois, en céramique et en verre du monument, on prend la mesure de la richesse artisanale et culturelle dont dispose le Maroc. La visite se poursuit. Rachid nous introduit chez le meilleur artisan travaillant le bronze de la ville. La fascination s’empare de nous lorsqu’on entre dans la boutique. Partout, des assiettes en bronze, des pla