Au revoir l’Afrique, l’Europe nous appelle…

Jour 150, 19/02/08

Ce soir c’est le grand soir ! Quelle impression bizarre de s’imaginer dans l’avion, pour un trajet qui mettra un terme à ces cinq mois inoubliables en si peu de temps… On commence à rassembler nos affaires. Les gars se rendent (encore) en ville pour finir leurs négociations et acheter des cigarettes, tandis que je me rends (encore) au cyber pour rattraper le retard du site. On se retrouve vers 18h à l’appartement. Notre vol est fixé à trois heures du matin. On prépare nos sacs, on charge nos caisses, en espérant ne pas dépasser le poids autorisé. On va manger au resto. L’heure approche… On dit au revoir à Shaka. On trouve un taxi, dans lequel on charge tout notre barda.

On arrive à l’aéroport vers minuit. Nous sommes aussitôt accostés par un porteur qui embarque nos affaires et refuse de nous dire combien on lui devra. On passe à l’enregistrement des bagages, le poids ne dépasse pas la limite autorisée, ouf… Nos caisses et nos sacs disparaissent sur le tapis roulant. Pourvu qu’on ne soit pas fouillés, on a quatre cartouches de Dunhill chacun dans nos affaires (contre seulement deux autorisées). On approche du poste de police frontière, la tension monte… L’agent tamponne nos passeports sans sourciller, nouveau ouf… On monte ensuite dans la salle d’embarquement. Il n’y a pas foule parmi les passagers, sauf quelques Européens et une bande improbable de fauconniers saoudiens en djellaba et coiffés d’un keffieh, fumant des clopes et buvant des bières dans la salle d’embarquement. Un haut-parleur appelle « Arnaud Betton » au service des douanes. Montée d’adrénaline… On fonce vers une petite pièce où les bagages sont passés aux rayons x. Le douanier nous signale que la caisse d’Arnaud contient des objets suspects. Il nous somme d’ouvrir la malle. Il s’agit en fait de nos outils, dont le métal a été détecté. Le douanier, visiblement zélé, souhaite approfondir la fouille, s’attardant sur les statuettes contenues dans la caisse. Par chance, il néglige les cigarettes. Il nous demande si on dispose d’une autorisation du Muséum National pour l’achat de ces produits. On peine à se convaincre qu’il ne s’agit pas d’une mauvaise blague. S’en suit une longue manœuvre verbale visant à amadouer le douanier et à lui faire comprendre qu’on n’a pas l’attention de lui lâcher un franc. Il finit par nous réclamer un café, qu’on va gentiment lui chercher au bar de la salle d’embarquement, soulagé de cette moindre peine.

L’embarquement est imminent, on se dirige vers notre avion, un Boeing 737 de la compagnie Royal Air Maroc. La tension monte doucement pour Arnaud et moi, qui n’avons jamais pris l’avion. On s’installe à nos places. Les moteurs démarrent. L’avion se met en branle, puis se dirige vers la piste de décollage. Une poussée surpuissante nous colle au siège. L’avion quitte le sol, s’élançant dans la nuit africaine. A travers le hublot, on ne voit pas la terre s’éloigner. En revanche, on perçoit très nettement un sillon fin et lumineux, tracé dans le sol poussiéreux, se déployant jusqu’à l’horizon. Peu à peu, le sillon s’anime, effectuant une danse hypnotique dans le ciel noir. De cette cicatrice de lumière s’échappent des milliers d’images et de sensations, de visages, de paysages, qui virevoltent dans la nuit africaine. Le sillon se met à scintiller, intensément, jusqu’à devenir aveuglant. Les images tourbillonnent, à toute vitesse, puis se fondent dans la lumière, qui devient insoutenable. J’ouvre les yeux. L’avion se stabilise. A travers le hublot, il n’y a que la nuit.

6 Commentaires to “Au revoir l'Afrique, l'Europe nous appelle…”

  1. pierre a dit...
    14 mars 2008

    Salut a vous !!

    Moi je suis juste très reconnaissant de lire une si belle plume !
    J’ai énormément apprécié ce blog , ca va me manquer !
    Bravo ! merci beaucoup!

    Pierre

  2. Edith a dit...
    14 mars 2008

    Bravo pour la chute, adieu nos rêveries quotidiennes à suivre votre aventure.

    Une nouvelle aventure vous attend vers d’autres horizons, d’autres projets, la vie est ainsi faite et tant mieux.

    Merci

  3. Lucuts a dit...
    14 mars 2008

    Cette dernière journée est très émouvante, comme tutes les dernières journées d’un voyage… C’est toujours un moment fort, on sent bien le poids d’une lourde porte qui se ferme, qui va claquer, on sent aussi une libération… un soulagement de la grande chose accomplie !
    Maintenant, c’est la 3e partie du voyage, celle que j’appelle le “service après-vente” !!!
    N’oubliez jamais de tenir vos promesses : envoyer une carte postale à untel, une photo à une-telle, un petit colis à l’école X… Pour eux, biensûr, mais aussi pour les voyageurs qui viendront après vous !
    Merci de nous avoir permis de partager une partie de votre rêve.
    Jean-Luc Maréchal. Cluny. Repartant vraissemblablement cet automne pour l’Afrique, en mob !!!

  4. François a dit...
    15 mars 2008

    Beau site, Belle aventure ..
    Chapeau bas, messieurs!
    Et croyez moi,
    Aventure choisie
    Marque toute la vie …
    Encore merci de nous avoir fait partager votre périple.

  5. Alex a dit...
    15 mars 2008

    Ouai beau périple qui prend une fin ….
    Merci Val d’avoir narré vos péripéties tout au long de cette aventure.

    Ya des Shaka sur tous les continents on dirait ;)

  6. victo a dit...
    26 mars 2008

    bravo à tous les 3, quel courage !

    Merci beaucoup pour toutes ces magnifiques photos, j’avais l’impression d’y être…

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