
Jour 106, 06/01/08
Nuit bof, ventre bof, j’attend avec impatience que le traitement commence à faire effet. On laisse nos caisses et pas mal d’affaires chez Bertrand, afin de se rendre sur Carabane le plus léger possible. On s’élance vers Elinkine, sur la piste de sable qu’on avait déjà emprunté hier. On atteint le resto-campement « Le Fromager », qui borde la lagune. La gérante accepte de garder nos mobs pour la nuit, pour 1500 FCFA. En attendant le départ de la pirogue, on déjeune au restaurant. On joue avec un petit singe domestiqué appartenant au fils des gérants. Celui-ci s’éclate comme un fou en faisant des acrobaties sur les mobs et sur nous. Le départ de la pirogue, dont l’heure semble assez aléatoire, se fait attendre. Vers 18h, le piroguier vient enfin nous prévenir que celle-ci est prête à partir. En compagnie d’une quinzaine de personnes, on monte dans le bateau, qui mesure environ huit mètres de long. Nous discutons avec quelques passagers, qui nous affirment que beaucoup de pirogues de réfugiés partent d’ici pour l’Europe. Quand on observe les conditions de sécurité à bord, on réalise les risques énormes que ce genre de croisière représente. La pirogue s’élance dans la mangrove, et prend la direction de l’île, situé à environ trois kilomètres. Après une demi-heure de trajet, on atteint l’embarcadère de l’île, où nous sommes accueillis par Louis, jeune gérant d’un campement. Il a été envoyé par Nicolas pour venir nous chercher et nous mener jusqu’à destination. On le suit en longeant la plage, bordée de restaurants, d’hôtels et d’anciens caravansérails en ruine. L’île fut en effet l’un des premiers comptoirs français de la région dès 1836. Sur la route, on rencontre Nicolas et Adèle, venus à notre rencontre. Ils nous emmènent boire un verre puis manger dans un restaurant bordant la plage. Nous sommes rejoint par Thomas, un jeune Français installé au Sénégal, qui fait actuellement étape à Carabane. Après le repas, partagé dans une ambiance conviviale, et un bon quart d’heure de marche, on atteint le campement « Lilibé ». Malheureusement, il fait déjà nuit, le spectacle est reporté au lendemain. Pour des questions de budget, on décide de planter la tente. On finit la soirée en discutant avec les autres résidents du campement. Demain, c’est baignade, pêche, écriture et surtout… profiter à fond de ce cadre enchanteur.
Jour 107, 07/12/07
On ne s‘était pas trompés, le cadre est paradisiaque ! Le campement, ombragé, a les pieds dans l’eau du fleuve. La petite plage qui s’offre à nous est toutdroit tirée d’une carte postale. Lilibé était à la base un campement intégré, initié par des Français et destiné à accueillir différents projets culturels. Malheureusement, sa gestion difficile le fit peu à peu tomber en désuétude. Il est aujourd’hui géré par Louis et Médoune, deux jeunes originaires de l’île, qui tentent bon gré mal de gré de faire vivre le site. Ce dernier est composé d’une grande case traditionnelle diola à impluvium (dont la toiture en entonnoir sert à recueillir les eaux de pluie) qui accueille les chambres, et de petites cases périphériques. Le matin, genoux dans l’eau, on tente de pêcher quelques coques, qui foisonnent dans l’eau du fleuve, afin de disposer d’appâts pour notre partie de pêche prévue l’après-midi. Le midi, on mange du riz préparé par Adèle. Je reste au camp à écrire tranquillement tandis que les gars partent à la pêche de l’autre côté de l’île. Ils reviennent quelques heures plus tard, bredouilles, enfin presque… deux malheureux petits poissons chats ont daigné mordre à l’hameçon… En revanche, Nicolas tient par les pattes arrière un cochon de lait qu’il vient d’attraper avec Louis dans les fourrés. Au menu, ce sera cochon de lait grillé à la braise avec de la salade et des frites. A Lilibé, le mot d’ordre est simple : chacun y met du sien. Nicolas improvise l’autel du sacrifice pendant que je pars en mission avec Thomas et Benam chercher des bières au village. A notre retour, je m’aperçois que mon opinel a été désigné arme du crime. Louis tient la bête, tandis que Nicolas lui tranche la gorge de façon plutôt… grossière, vu le coupant médiocre du couteau. On isole la tête, puis on met le cochon sur la braise pour faire griller les poils. Louis s’occupe de la découpe puis on met la viande à griller sur les cendres rougeoyantes. Un régal… On passe une petite soirée très sympa, mais pour ma part je ne fais pas de vieux os, ayant encore besoin de récupérer. On reprend la route de Ziguinchor demain.








