Au bout de la piste, au coeur de la brousse : N’dem

Jour 89, 20/12/07

La nuit a été mauvaise. Il a fait chaud et les moustiques ont sévit. On se lève doucement, au pied de l’église. Je pars acheter du pain, les gars préparent le café. Aujourd’hui, nous décidons de rejoindre N’dem, village où nous avons un contact, par le biais de l’association Artisans du Monde. Notre visite risque d’être un peu “à l’improviste”, mais tant pis, on verra bien. Pendant le petit-déjeuner, nous avons la visite d’Emmanuel N’gom, inspecteur de police, également poète et musicien à ses heures. Il nous parle de son travail artistique et de son recueil de poèmes qui vient d’être édité en Italie. Il nous en offre un exemplaire. Après avoir remercié le curé, nous quittons la ville, sous une chaleur écrasante. Nous passons prendre de l’essence, avant de tracer en direction de Mekhé. De là, nous tournons à gauche, suivant les indications de notre carte. Nous nous retrouvons face à une piste, qu’il va nous falloir emprunter sur quelque quarante kilomètres pour rejoindre N’dem. Je marque une hésitation, un peu fatigué et pas forcément prêt à affronter quarante bornes de tôle ondulée. Les gars sont chauds, on finit par se lancer, “the show must go on”… Mes craintes étaient justifiées, nous sommes bels et biens sur de la tôle ondulée, et de première qualité… Les mobs souffrent, prennent des chocs, et nous, on amorti et on évite les obstacles. Je crève à deux reprises de la roue avant, mon pneu usé ne résiste plus aux épines jonchées sur la piste. Lot de consolation : nous sommes en pleine brousse, accompagnés des silhouettes imposantes des baobabs et de chants d’oiseaux inconnus.

On traverse un premier village, Babagarage, dont le nom méritait d’être mentionné, puis un deuxième, plus petit, avant d’arriver devant un grand bâtiment, sur lequel est inscrit : “Centrale d’achat des produits artisanaux de N’dem”. Des villageois nous mène jusqu’à la maison de Babacar Mbow, directeur de la coopérative et chef spirituel des “Baay Faal”, la communauté religieuse locale. Notre contact, Ahmet Bamba Diongue, est absent, parti fêter la Tabaski dans sa famille à Dakar. Nous poussons les mobs dans le sable, entre des petites cases blanches et bleues, ornées de toutes sortes de plantes. Un soin tout particulier semble avoir été mis pour rendre l’endroit agréable et accueillant. Au début, on se demande si nous ne sommes pas tombés dans une communauté hippie (il s’avèrera que c’est un peu le cas…) ou, moins cool, dans le repaire d’une secte. Plusieurs Europpéens sont présents, en visite où installés au village, comme deux jeunes Suisses Allemandes, mariées avec des Sénégalais et Aïssa, la femme de Babacar, française d’origine. Il y a aussi Dominique, pasteure à Genève et amie de la famille, Sylvie, une jeune étudiante Belge en stage au village, accompagnée de sa mère et de Salud, un ami espagnol, venus lui rendre visite. Nous rencontrons Babacar, puis lui expliquons la raison de notre visite (la coopérative artisanale). Il nous répond que ce sera très difficile pour nous de filmer des membres de la coopérative sachant que les ateliers sont fermés et les artisans absents à cause de la fête du mouton, qui commence demain. Mauvaise concordance de calendriers… En revanche, il nous souhaite la bienvenue et nous invite à rester pour fêter la Tabaski en leur compagnie. On se ne fait pas prier pour accepter… Une case est déjà en train d’être apprétée spécialement pour nous ! Nous disons qu’il ne faut pas se donner tout ce mal, que nous avons une tente. Babacar nous répond que si on préfère la tente, on peut planter la tente…

Une fois installés dans notre case, nous rejoignons le groupe des invités en compagnie de Babacar, d’Aïssa et de quelques-uns de leurs enfants, pour boire le café touba, un mélange corsé de café et de plantes. On fait connaissance avec tout ce petit monde, qui nous questionne sur notre passage et la raison de notre visite. Le soir, on nous sert un plat de lentilles, merveilleusement cuisinées, que l’on partage avec le groupe. Nous commençons à comprendre, à travers les discussions et ce que nous voyons, que ce qui se passe ici n’est pas commun… Le village, touché par un exode rural massif et une désertification galopante il y a vingt-cinq ans, renaquit progressivement de ses cendres sous l’impulsion extraordinaire de Babacar et d’Aïssa. Plus de trois cent cinquante emplois durables ont été créés grâce à la très active coopérative artisanale du village, qui exporte désormais ses produits vers l’Europe et les Etats-Unis. En vingt-cinq ans, le village s’est muni d’un poste de santé et d’une maternité, d’une école, de deux forages alimentant trois villages et de cultures maraîchères bio, d’une mutuelle d’épargne, d’une boulangerie et d’un télécentre… Sans parler des projets en cours de concrétisation : une usine de combustibles écologiques à coques d’arachides (un procédé remplaçant le charbon, déjà utilisé au village), un centre de formation en alternance, une éolienne, un réseau d’adduction d’eau visant à alimenter sept autres villages, une mutuelle de santé… Dominique nous confie que nous sommes tombés dans un endroit idéal pour découvrir la Tabaski, une fête très importante ici. On la croit sur parole. On se glisse sous nos moustiquaires dans notre petite case, sentant que ce voyage n’a pas fini de nous surprendre…

Distance parcourue : 110 km

3 Commentaires to “Au bout de la piste, au coeur de la brousse : N'dem”

  1. pierre a dit...
    9 janvier 2008

    Salut les gars !

    Quel voyage magnifique vous faites !! Putain ça me donne des idées !!
    Je suis entrain de dévorer votre blog ! Chapeau bas !
    Continuez bien votre route ;)

    Pierre Missiaen

  2. Emmanuel NGOM a dit...
    17 janvier 2008

    Je suis comblé 2 retrouver mon identité dans votre journal…C 1 amitié naissante entre nous…A 3, ça casse et ça passe 100 faute…Bras vaut A vous…et avec moi ça fait 04 pour faire pêter le bout du monde…Merci et à bientôt

  3. emmanuel garnier a dit...
    18 janvier 2008

    votre blog est sympa à lire et il est illustré par de belle photos , je vous souhaite de vivre encore de belle aventure et à la fin de votr périple d’avoir un bel article dans l’Orne Hebdo.

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