Jour 82, 13/12/07
On prend le petit déj avec les Allemands. Félix nous donne l’adresse de son lopin de terre à Kafountine, où il nous invite à passer quelques jours. Le rendez-vous est pris, sachant qu’on a toutes les chances de se croiser sur la piste dans la journée. On prend la route. Sur les 50 km qui mènent à Rosso, le paysage se fait de plus en plus vert et arboré.
Avant d’atteindre le centre de la ville, on tourne à droite sur une piste en latérite, qui longe la digue du fleuve Sénégal jusqu’à Diama, traversant le parc national du Djoudj, où vivent des dizaines d’espèces animales protégées, dont une floppée d’oiseaux. On peut y apercevoir facilement des phacochères, paraît-il. Nous voici lancés sur la piste, dans un paysage verdoyant et arrosé de marécages. Nous slalomons entre les nids de poule et la « tôle ondulée ». Par endroits, la piste est relativement bonne, ce qui, à plein régime, nous donne une impression de vitesse plutôt sympathique. Soudain, à un embranchement, nous tombons côte à côte avec le combi des Allemands, lancé à toute pompe sur la piste. On fait une pause, contents de se retrouver, puis on fait la route ensemble, progressant à peu près à la même vitesse. A un moment donné, alors que je suis en tête du convoi, un couple de phacochères déboule juste en face de ma mob, pour aller se planquer dans les fourrés. On aperçoit des hérons, des cigognes, des flamands roses, d’autres phacochères, dans un décor idyllique et visiblement préservé.
Après quelque cent kilomètres (c’est long, croyez-moi…) à se la jouer rallye, évitant les obstacles (le sable, les trous, les bosses) et mordant la poussière, au sens propre du terme, on parvient à un premier poste, celui du parc naturel. Nous payons une taxe pour le droit de traverser le parc. Il nous reste quinze kilomètres jusqu’au poste frontière et la piste ne nous laisse guère le choix : sable ou tôle ondulée. Déjà harassés, nous sommes littéralement achevés par ce tronçon. Malheureusement, les formalités de la frontière sont encore à effectuer, la journée est loin d’être terminée. Nous arrivons. A un premier poste, celui de la frontière mauritanienne, on nous demande 10€ par personne, à titre « d’autorisation de sortie du territoire ». Je dis qu’on est fauchés (ce qui est vrai), vu qu’on n’a pas pu retirer d’argent en Mauritanie. On s’en tire pour seulement 10€ au total. On traverse un pont qui sépare du poste sénégalais. Le « gardien » nous réclame 10€ lui aussi. On reproduit notre numéro. Le gardien semble perdre patience. Au même moment, un 4×4 venant de l’autre côté heurte la barrière et la casse en deux (ce qui nous fait beaucoup rire). Dans la confusion, le gardien nous fait signe de passer. A la douane sénégalaise, l’agent nous fait part d’une info qui nous avait « échappée » : les véhicules de plus de cinq ans sont interdits sur le territoire. Ceci étant, on nous fait comprendre que cette règle est facilement contournable moyennant un petit billet…que nous n’avons pas. Il nous reste en tout et pour tout quelques dirhams et un peu d’ouguiyas, ce qui nous vaut les moqueries du douanier. Nous prenons l’air catastrophé en expliquant notre situation. Il nous invite à attendre le chef de la douane, avec qui on pourra éventuellement trouver une solution. Celui-ci arrive, on lui expose le topo. Au début, il nous dit qu’il suffit que l’un de nous aille jusqu’à Saint Louis pour retirer de l’argent, avant de revenir ici pour lui donner. On lui rétorque qu’il est déjà tard, et que ce serait imprudent que l’un de nous prenne la route seul, de nuit. Il nous invite à faire le change de nos dirhams et de nos ouguiyas en francs CFA. On s’exécute, avant de lui donner en tout 20 000 CFA (30€), c’est-à-dire tout ce qu’il nous reste. Le douanier nous délivre un “passavant” de dix jours, renouvelable, pour une durée totale de 40 jours. Les Allemands doivent mettre la main à la poche, eux aussi, pour faire rentrer leur vieux combi. Le chef de la douane exigera, en plus de l’argent, que Félix lui donne son ballon de foot…
La nuit est déjà tombée, et Saint Louis est encore à 30 km, mais ça y est, on est passé ! Félix nous propose de nous escorter jusqu’à l’ancienne capitale du pays, où l’on souhaite jeter l’ancre quelques jours. On s’élance dans la nuit sénégalaise, réunissant les forces qui nous restent après cette journée interminable. Ponctué du décompte des bornes kilométriques, le trajet semble durer des heures. Dix kilomètres avant Saint Louis, on perd Nono, qui s’arrête pour regonfler sa roue arrière, crevée. Comme si on avait besoin de ça… On repart, la roue tient jusqu’à Saint Louis, où on entre en suivant le combi. On atteint l’auberge de jeunesse, située sur l’île, après avoir traversé le pont Faidherbe, conçu par Gustave Eiffel à l’époque coloniale. Pour la petite histoire, Saint Louis fut la première colonie française en Afrique et l’ancienne capitale du Sénégal et de la Mauritanie. Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2000, la ville se concentre sur une île de deux km de long et sur une bande de terre appelée « Langue de Barbarie », située entre l’Atlantique et le fleuve Sénégal. On arrive à l’auberge, après quelques ensablements dans les rues de la ville. Les chambres sont pleines mais un des gérants, Harouna, nous propose de nous accueillir chez lui, disposant d’une chambre d’hôte, pour le même prix, avec petit déj compris. On le suit, la maison est située à deux pas, à l’extrême nord de l’île. On s’installe dans une des deux chambres, Mela et Carmen prennent l’autre, Félix dort dans le combi. Il est 23h, on se met en quête de quelque chose à manger. On trouve une petite cabane de bric et de broc plantée sur une esplanade. Le propriétaire nous propose des sandwiches à l’omelette et aux oignons. Ici, on rencontre Mbassa, un jeune saint louisien, qui nous propose de nous emmener dans un bar sympa. On est crevés mais l’envie d’une bonne bière bien fraîche abat toutes nos faiblesses… On se retrouve dans un bar super chouette, situé dans un ancien bâtiment colonial aux murs rouges. Nous assistons à la fin d’un concert d’Abdoulaye Cissoko, célèbre joueur de kora, un instrument à cordes traditionnel. On rentre chez Harouna, avant de tomber… comme des mouches.
Distance parcourue : 179 km










2 Commentaires to “Le jour le plus long…”
4 janvier 2008
Bonne année les gars !!!
C’est pas donné de passer une ligne imaginaire dans certains coins du globe :p
4 janvier 2008
Ça ne leur a coûté “que” 30 € (et un ballon de foot à Félix) !!! ??? Les “tarifs” ont donc baissé
Le barrage est une des solutions pour éviter Rosso et son bac coupe gorge !