Jour 69, 30/11/07
Après s’être préparé, on prend un taxi en direction de Tan-Tan, situé à 20 km. Une fois en centre-ville, il nous faut en prendre un autre qui nous dépose sur le site du Moussem, situé dans le désert, à 5 km. On arrive. Des dizaines (peut-être des centaines) des tentes berbères sont montées autour d’une grande aire dédiée aux représentations. Les festivités en sont malheureusement encore au stade des préparatifs, un calme olympien règne sur le site. Il va falloir attendre… On décide quand même de faire un petit tour entre les tentes. Sous l’une des tentes, un groupe de Marocain et d’Européen nous font signe de les rejoindre. Il y a Christophe, un Français accompagné de trois amis Marocains ; Saïd, Ali et Mohammed. Il y a aussi trois français de passage, sur la route du Burkina, en camions Mercedes. On boit le thé, servi par un autre Marocain, propriétaire de la tente, en échangeant nos expériences. Ali, qui habite à Tan-Tan, nous propose de venir manger le couscous chez lui en attendant le début des festivités. On grimpe dans les deux fourgons Mercedes, qui nous emmènent jusqu’en centre-ville.
On se retrouve à savourer un gigantesque et délicieux couscous de dromadaire chez un autochtone qu’on connaît depuis une heure à peine, en compagnie d’autres routards… Il ne faut pas toucher à la viande, qui est répartie équitablement et par tirage au sort. On repart ensuite sur le site du festival. Des dizaines de Land-Rover chargées comme des mules déversent leurs passagers sur le parking. La foule est nombreuse, familiale et colorée des habits traditionnels des femmes et des hommes sahraouis. A part nous, les touristes se comptent sur les doigts d’une main. Le spectacle tarde à commencer. Des dizains hommes vêtus du draa, l’habit traditionnel du Sahara, sont montés sur de hauts chevaux et armés de fusils. Ils paradent en prélude à la fantasia, une sorte de représentation guerrière traditionnelle. D’autres hommes montent de grands dromadaires. Une certaine confusion règne, malgré la beauté des tenues et des montures. Nous sommes plus captivés par le spectacle offert par la foule. La nuit tombe, on ne voit plus grand-chose. On décide de rentrer. On dit au revoir à tout le monde, puis on trouve un Land Rover qui part vers le centre. Des gamins montent dangereusement sur les 4×4 déjà en route, puis font le trajet accrochés à ce qu’ils peuvent. Nous montons avec cinq Marocains d’environ seize ans, visiblement surexcités de se retrouver dans un taxi avec des Français. Ils parlent très peu notre langue, mais parviennent à nous faire comprendre qu’ils ont pour projet de prendre un bateau prochainement pour émigrer en France. Ils semblent fantasmer complètement sur notre pays. On leur glisse que chez nous, tout n’est pas si rose qu’ils le pensent, mais cela n’a pas l’air de beaucoup les affecter. On rentre à El-Ouatia en grand taxi.
On passe manger un poulet frites dans le village, puis on rejoint le parking. Sur la plage, Saad et Khalid pêchent en buvant du vin. On s’installe avec eux. Saad nous sert un verre. Il nous parle de lui, de son statut privilégié de « gosse de riche », qui lui a permis de faire ses études dans une grande université new-yorkaise et de voyager à travers le monde. Les surfeurs nous rejoignent sur la plage, puis c’est au tour de trois autres Marocains, plus âgés et visiblement bien éméchés, venus pour boire des bières. Parmi eux, il y a un agent de la police locale. Au détour d’une phrase, le ton monte soudainement entre Saad et le policier, qui ne se connaissent pas. Le flic, assis sur le muret de la guérite, envoie un violent coup de pied dans la chaise de Saad. Ce dernier réplique d’un coup de pied dans la jambe de l’agent, qui tente ensuite de le frapper au visage. Saad esquive et enchaîne les directs en pleine face du policier. Tout le monde intervient pour tenter de les séparer, mais le flic, enragé, n’a pas l’intention de baisser la garde. Il se munit de deux grosses pierres et parvient à frapper Saad au crâne, qui semble encaisser le coup, malgré sa modeste corpulence. Khalid, 1m 85 et au moins 90 kg, réussi à empêcher le flic d’aller plus loin en l’isolant. Ce dernier fulmine, coupé dans son élan. Il s’en prend maintenant à Khalid, qui l’attend de pied ferme en se munissant lui aussi de deux énormes pierres. Tout le monde réagit pour éviter l’affrontement, de peur que la situation tourne vraiment au vinaigre. Les surfeurs prennent la poudre d’escampette, aussi effrayés que nous. Malheureusement, il nous est difficile de les imiter. S’en suivent deux heures de statu quo, au cours desquelles le flic, complètement hagard et barbouillé de sang, fait le pied de grue sur la plage en tenant fermement ses pierres, essayant de faire avouer à Saad et à Khalid qu’ils sont soit de faux guides (par rapport à nous), soit homos, ce qui est puni par la loi marocaine. Ces derniers ne peuvent pas partir, craignant d’être inculpés pour délit de fuite. Le flic, incroyablement ridicule, fini par se fatiguer, et par lâcher ses pierres. Il quitte les lieux à pied, la queue entre les pattes. Complètement hallucinés par la scène à laquelle on vient d’assister, on se coule sous la tente, tandis que les survivants tiennent leur position, en attendant d’éventuelles représailles de l’ennemi…










4 Commentaires to “Le moussem laisse place à une soirée… mémorable”
12 décembre 2007
Hé-bé… ça fait un peu froid dans le dos ! Heureusement qu’on sait que ça s’est bien terminé, autrement, vous imaginez le mauvais sang fait par vos pauvres mères !!!!! Je vais voir les photos, ça va me faire du bien. Lucuts
12 décembre 2007
Ouais !!! Jolies photos… ça fait du bien ! Je souhaite que votre reportage donne envie à tous vos lecteurs de faire ce genre de voyage !!! Nous, en tout cas, on n’a pas besoin de nous pousser pour repartir… Merci de nous redonner des fourmis dans les jambes.
13 décembre 2007
Salut les gars!
Nous vous suivons toujours à la trace et attendons impatiemment les épisodes les uns après les autres.
A quand le long métrage de vos aventures??? Suspens assuré, succès garanti!! Ne reste plus que le titre à trouver… La chevauchée du désert??… la chevauchée des sables???… Trois mobs rugissantes dans le désert!!!!! Qui dit mieux?
Allez, bonne route et à la prochaine
Alain&Isabelle
13 décembre 2007
Un road-movie sans une bagarre qui tourne presque au vinaigre pour des broutilles, c’est plus un road-movie !