Jour 65, 26/11/07
On quitte Tiznit, on s’élance dans le désert. On bifurque à droite en direction de Sidi Ifni, afin de suivre la petite route côtière qu’on nous a vivement conseillée. Pour rejoindre la mer, on franchit un petit massif, qui nous offre quelques côtes sympathiques. On longe la côte, entre mer et montagnes, dans un décor superbe. On s’arrête manger à Sidi Ifni, ancien port espagnol juché sur une falaise. La route quitte la côte et repart vers les terres. On évolue dans un paysage de carte postale, où petits villages et palmeraies se succèdent. On fait une pause, Nono perd ses rayons à l’arrière (on a déjà vu ça quelque part…). Il remplace sa roue par la nouvelle achetée à Rachidia. On quitte le massif pour atteindre une grande plaine désertique. On entre dans Guelmim, par une avenue jalonnée de tentes de nomades. Des drapeaux marocains flottent à tous vents. On s’arrête dans le centre pour demander la direction d’un hôtel indiqué dans le guide. Un jeune Marocain parlant bien français nous annonce que tous les hôtels risquent d’être pleins, en raison de la visite officielle à Guelmim de sa Majesté Mohamed VI, prévue le lendemain. Effectivement, tout est réservé. On nous indique un camping à la sortie de la ville, en direction d’Agadir. Nono décide de rester en centre-ville pour faire remonter son ancienne roue. Benam et moi fonçons au camping pour planter la tente, avant que la nuit tombe.
On rejoint Nono chez le réparateur, où entre temps, il a fait la connaissance d’Aziz, un Marocain d’une trentaine d’année, portant le cheich et la djellaba. Il est accompagné par Boujemaa, un ami vivant à Akhfenir, plus au sud. Aziz nous invite à manger chez lui, et même à dormir si on le souhaite, « gratuitement » tient-il à préciser, pour « échanger ». Par précaution, on prend le temps de discuter avec lui, avant d’accepter son offre. Il nous emmène dans une ancienne casbah du 18ème siècle appartenant à sa famille, dans laquelle il n’habite pas, mais où il se retrouve régulièrement avec son frère et des amis. « Dans le temps, nous explique t-il, la casbah servait de comptoir aux caravanes sahraouis remontant du sud, chargées de marchandises ». On atteint le bâtiment dans le noir complet. Les hauts murs crantés dressent leur silhouette imposante dans la pénombre de la rue. La bâtisse, construite en carré, est munie d’une cour centrale à ciel ouvert, couverte de terre battue et visiblement délaissée aux chats et aux poules. Aziz nous fait entrer dans une petite pièce où son frère Ragilaroussi, âgé d’une cinquantaine d’année et un ami, Hassan, la trentaine, sont déjà présents. La pièce, dépourvue de mobilier, est jonchée d’objets divers, dont beaucoup de livres et de cassettes audio. « Laroussi » prépare le réchaud à charbon destiné à cuire le tajine. Lorsqu’il n’est pas avec sa famille à Laayoune, au Sahara, il passe son temps ici à lire des bouquins de philo ou à discuter avec ses amis. Il nous sert un thé sahraoui, dépourvu de menthe mais préparé avec sept plantes aux vertus thérapeutiques. Hassan, quant à lui, se rince le gosier au schnaps local, l’alcool de dattes, qu’il coupe à l’eau. On s’assoie, on rigole, on discute, tandis que Laroussi fait la cuisine. Aziz nous parle de l’époque où les caravanes sahariennes s’arrêtaient ici pour vendre ou troquer des marchandises venues du Mali, de Mauritanie, d’Algérie ou du Ghana. « Les tribus nomades et touareg du Sahara formaient le peuple Sahraoui, qui allait et venait dans le désert, sans se soucier des frontières », explique t-il. Aujourd’hui les choses ont changé. Les Etats et le commerce international ont mis fin à ces grandes méharées.
On partage le repas, en discutant de choses et d’autres. Aziz nous parle aussi de ses trois années d’études en géologie effectuées à Paris. Une fois sa licence en poche, il est revenu au Maroc pour se lancer dans le commerce de météorites, qu’on trouve facilement dans le Sahara. Il achète des pierres trouvées dans le désert par des bergers, puis les revend à l’étranger, à des collectionneurs publics ou privés. Aziz nous invite à rester le lendemain, pour nous faire visiter l’oasis d’Aït-Bourka, située à une dizaine de kilomètres de Guelmim. Il nous promet un tajine de dromadaire pour le repas du midi. Tant pis pour notre retard, on accepte, emballés par le projet. Le rendez-vous est pris pour le lendemain matin. On rentre au camping, la journée a été longue…
Disatance parcourue : 150 km









