Nouvelle rencontre improbable, entre les deux Atlas

Jour 49, 08/11/07

On plie bagages, puis Nono remonte le moyeu neuf acheté à Fès avec ses anciens rayons. La roue présente un léger voile, mais cela ne devrait pas poser de problème. Il nous faut toujours trouver une jante neuve à bâtons, au cas où. A la sortie d’Azrou, une montée sévèrement corsée s’amorce, dans la forêt de cèdres. Les gars parviennent à monter avec quelques coups de pédales, je lutte comme un forcené pour franchir la côte. On parvient au sommet, tant bien que mal. Quelques stands sont montés sur le côté de la route. Devant moi, un petit singe traverse, tranquillement. Puis on en aperçoit des dizaines, allant et venant, habitués à la présence de l’homme. Les efforts fournis dans la montée sont récompensés. On profite de ce moment en compagnie de nos cousins primates. On discute avec les commerçants du petit marché, qui viennent nous questionner sur les mobs. On repart, dans un paysage lunaire, fait de collines rocailleuses. On s’arrête manger dans un hôtel restaurant flambant neuf situé à 1900 mètres d’altitude. L’air est pur, le décor digne d’un pâturage alpin.

On reprend la route, une longue descente dans une forêt de pin s’engage. Un panorama grandiose sur les cimes enneigées du Haut Atlas se dessine peu à peu. Des chiens manquent de nous arracher les mollets à notre passage. La descente, jubilatoire, débouche sur une immense plaine désertique. Nous sommes entre les deux Atlas. On se croirait dans l’Arizona, en plein Far West, avec les neiges du Haut Atlas pour toile de fond. On roule sur une route rectiligne, sans fin. Sur le bord de la route, un autre voyageur en deux roues nous salue. Quelques kilomètres plus tard, le biker nous rattrape. Dread-locks au vent, casque d’aviateur sur la tête, il pilote un « Monkey Bike », une sorte de « Chapi » avec un moteur de 140 cc, fabriqué en Chine. On se fait des signes, puis on s’arrête pour faire connaissance. Le motard est un joyeux drille anglais de 50 ans, qui répond au nom de David Shenton et qui fait le tour du Maroc avec sa petite moto. Parti de Plymouth, il a rejoint Santander en ferry, a descendu l’Espagne puis atteint le Maroc. Il est passé à Chaouen, puis à Fès, comme nous. La nuit commençant à tomber, on décide de s’arrêter ensemble au prochain camping, indiqué dans le guide. La roue de Nono se bloque à nouveau, le remontage artisanal du moyeu n’a pas tenu. On atteint le camping, perdu au milieu du désert, mais plutôt chouette et bien entretenu. Nono démonte sa roue, puis change le roulement cassé, dans l’espoir (toujours…) de trouver une jante neuve à Midelt. On va se poser au restaurant avec David. On bavarde en buvant une bière (ça faisait longtemps…), puis on mange, en échangeant nos expériences. David nous parle de sa vie. En Angleterre, il a sa propre société de transport d’handicapés. Baroudeur invétéré, il a déjà voyagé sur les cinq continents, à pied ou à moto. Demain, il suit aussi la route du sud, jusqu’aux dunes de Merzouga, où nous n’irons sûrement pas, à cause de notre retard. Distance parcourue : 98 km

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