Maroc, nous voilà !

Jour 37, 29/10/07

On se lève à 8h, on part prendre le petit déj dans un bar, avant d’attaquer les réparations et la recherche de jante. On répartit les rôles : les gars démontent mon moteur, je pars chercher la pièce. Je me lance, sur les conseils d’un motard portugais, vers un soi-disant concessionnaire Peugeot motocycles. Je me retrouve successivement dans une boutique de vélos, un revendeur Derbi et Piaggio, une concession moto, puis je finis par trouver un bouiboui estampillé Peugeot. Ils ont une jante, mais pour l’avant, inadaptable à l’arrière. Tout le monde me dit que j’aurais plus de chance d’en trouver une de l’autre côté de la frontière. Je reviens au garage, les gars n’ont pas trouvé la panne, ne pouvant démonter complètement le moteur. On n’a pas le choix : il faut passer le frontière, puis rejoindre Chefchaouen, d’où on pourra gérer le problème. Abdelmounim, frère d’un collègue de la mère de Benjamin, nous y attend. On déclenche le plan B : mettre ma jante sur la mob d’Arnaud, pour que les gars puissent rouler jusqu’à « Chaouen », et trouver un taxi qui accepte de m’emmener jusque là-bas, avec ma monture.

Jusqu’à la douane, c’est à moi de pousser. Les gars partent devant, en faisant des pauses pour m’attendre. Je sue et je brûle, en poussant le long de la route côtière qui mène à la douane. On arrive à la frontière, il est déjà 14h30. Un premier rabatteur fond sur nous dix mètres avant le poste. Il nous tend un papier à remplir pour obtenir le permis de séjour. Méfiants, on s’exécute, en lui demandant si c’est bien un papier officiel, parce qu’on ne veut pas d’ennuis. L’homme se défend d’être un arnaqueur. Effectivement, ce n’est pas le cas, mais il nous demande clairement un bakchich, une fois le papier rempli. On fait mine de ne pas avoir retiré d’argent avant la frontière, on dit qu’on n’a que quelques euros et qu’on en a besoin pour payer le taxi. On finit par lui lâcher 4 €. Pas content, il s’en va. On donne notre papier au guichet correspondant, où on nous délivre la « déclaration d’admission temporaire de véhicule ». On commence à remplir le papier. Je m’aperçois que je n’ai pas l’assurance de ma mob, mais celle de ma voiture. Je les ai confondu avant le départ. Le stress, déjà palpable à cause de l’atmosphère anarchique qui règne sur les lieux, monte d’un cran. La guichetière ne peut valider ma déclaration, elle me dit de voir ça avec l’inspecteur des douanes. Je bataille dur pour lui faire comprendre que ma mob est bien assurée, qu’il me manque juste le papier. Je ne sais pas par quel miracle, il finit par tamponner la feuille. On peut enfin franchir la frontière que nous convoitons depuis des jours. On pousse les mobs. Nous sommes au Maroc.

Un parking couvert de vieux taxis Mercedes blancs fait office de comité d’accueil. Ca bouge dans tous les sens, ça crie, on nous observe. Un chauffeur vient à notre rencontre. Je lui demande s’il peut m’emmener à Chefchaouen avec ma mob pour 50€, tarif non négociable. Il me dit non, c’est 60, je lui dit tant pis, il me dit bouge pas. Un autre arrive, me proposant de m’emmener jusqu’à Chaouen. Je dis ok, mais pour 50€. Le type me répond non, c’est 100. Je lui dit que je n’ai que 50, et que je ne peux pas faire plus. Il dit ok. On charge la mob dans le coffre, avec la caisse, dans une manœuvre improbable, aidés par des badauds. On attache le tout avec un tendeur, la mob dépasse du coffre de moitié. Le chauffeur me dit de monter. Je dis au revoir au gars, en espérant les revoir un jour. Un autre passager monte à bord du taxi, un jeune d’une vingtaine d’année. On part. Je ne suis qu’à moitié rassuré, mais le chauffeur s’avère être un excellent conducteur. On s’arrête 10 km plus loin, le chauffeur me demande mon passeport, pour aller me déclarer à la gendarmerie. Ignorant cette procédure, je commence à flipper, en imaginant tous les scénarios possibles. Le jeune gars me rassure en m’informant de la démarche. Le chauffeur réapparaît, me rend mon passeport, on repart. Je souffle. On dépose l’autre passager peu avant Tétouan. On passe aux abords de la ville, dont les habitations blanches sont bâties sur des collines. Déjà, le dépaysement est total. Des hommes transportent leur marchandise à dos d’âne, des femmes portent des fagots de deux fois leur taille dans les champs. Un chameau fait le beau sur le bord de la route. Le délabrement de certains bâtiments et les détritus qui jonchent le bord de la route nous rappellent qu’on n’est plus en Europe. La route bifurque vers un paysage plus en relief. Le jour commence à décliner, je pense aux gars, qui vont devoir faire une bonne partie du trajet de nuit. Hakim, le chauffeur, a l’air sympa. Il parle très peu le français, mais on arrive à se comprendre. Agé d’une trentaine d’année, il me confie gagner pas trop mal sa vie avec ce boulot. Le soleil rougeoie sur les collines, tandis que Chaouen laisse apparaître au loin les façades blanches, à flanc de montagne. Je demande à Hakim de me déposer à la station Mobile, là où travaille Abdelmounim, notre hôte. Je descends du taxi, je commence à enlever la sangle de la mob et déjà, quatre autochtones viennent me prêter main forte pour sortir l’engin du coffre. Hakim me demande si c’est bon pour 100€, je lui dis en souriant que non, on était d’accord pour 50.

Les employés de la station m’accueillent avec le sourire. Ils appellent Abdelmounim, qui vient m’accueillir à son tour. On fait connaissance, puis il m’emmène avec lui jusqu’à son dépôt, situé à deux km, où il a quelques tâches à terminer. On monte dans une 205 bleu clair couleur “petit taxi” chaouennien, conduite par un de ses amis, Abdelsalam, lui aussi jovial et accueillant. Un autre passager partage la course, et prend part aux discussions. Je ne comprends pas un piètre mot de ce qui se dit, mais le sentiment d’immersion que je ressens à ce moment ménage toutes mes peines. On arrive à l’entrepôt, d’où Mounim gère, en plus de la station Mobile, la distribution de Pepsi, de Fanta et de l’eau Sidi Ali sur la région de Chefchaouen. Tous ses employés me souhaitent la bienvenue, simplement, chaleureusement. On s’installe dans le bureau de Mounim, on discute, tandis qu’il termine ses comptes avec ses salariés. Il est 18h, les gars sont encore sur la route. Je parviens à les joindre sur le portable de Nono. Ils sont entre Tetouan et Chefchaouen, tout va bien, mais ils affrontent des côtes sévères et il fait nuit noire. Trois quarts d’heure plus tard, Nono et Benam sont à la station.

Contents de se revoir, on se raconte nos expériences respectives. On laisse ma mob à la station, puis on se rend chez Mounim. On fait la connaissance d’Assmae, sa femme, et de ses adorables petites Salma, 5 ans, et Nissrine, 3 ans et demi. Leur maison est composée de deux grands appartements. Ils vivent dans celui du haut, tandis que celui du bas est consacré à la réception des invités et aux fêtes. Ce dernier comporte un grand salon traditionnel marocain, à la décoration luxuriante, et un petit, où nous prenons les repas. On part ensuite dîner chez la mère d’Abdelmounim, qui nous accueille elle aussi avec chaleur et honneurs. On mange une soupe aux épices et aux vermicelles, avec des figues et des dattes sèches. Alors qu’on croit avoir fini le repas, Iakotsse, sœur de Mounim et deuxième maîtresse de maison, nous apporte un gigantesque poulet frites. On se sert avec les mains, direct dans le plat. La mère de Mounim guette notre assiette et nous resserre avec insistance avant même qu’elles ne soient vides. Lorsqu’on lui signale qu’on n’en (peut…) veut plus, elle affiche une petite moue de déception, qui se transforme vite en sourire de satisfaction lorsque nous dévorons ses mets. On rentre chez Mounim, on se couche dans le petit salon, sur les banquettes qui entourent la pièce. Demain, on emmène ma mob chez le réparateur, avant la visite de la ville, qu’on attend avec impatience.

Distance parcourue : 101 km

5 Commentaires to “Maroc, nous voilà !”

  1. Lucuts a dit...
    4 novembre 2007

    MA-GNI-FI-QUE !!!
    Je remercie moi aussi Mounim et Assmae qui font honneur au Maroc !
    Et quelles belles photos de Chefchaouen… :-)

  2. Bouly a dit...
    5 novembre 2007

    Houlala, Chefchaouen, magnifique.

    Ca me rappelle avec joie des souvenirs des dernières vacances d’avril où des amis marocains nous on fait découvrir avec des amis les trésors du Maroc. On est toujours reçu comme des rois lorsqu’on est hôte au Maroc, l’hospitalité là-bas est formidable.
    Bon courage pour vos péripéties mobesques et profitez bien de tous les atouts chefchaoueniens :)

  3. Max a dit...
    5 novembre 2007

    Bon, là, c’est clair, je suis méga-jaloux. Ca donne envie :p

  4. joak a dit...
    5 novembre 2007

    Yo!
    oué pareil ça laisse rêveur tout ça!!!
    la grosse bisette

  5. jérémie a dit...
    6 novembre 2007

    Salut les amis !

    Ca faisait un moment que je n’étais pas passé vous voir et je dois dire que ca fait un bien fou ! Valent c’est vraiment un grand plaisir de te lire surtout continu je trouve ca fabuleux. Voila je vais continuer ma lecture. J’en frétille….

    Gros bisous. (ton ptit frère)

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