Au bout de la Costa Brava, Barcelona…



Jour 13, 05/10/07

J’ai mal dormi à cause des pluies diluviennes de la nuit, mais le temps semble s’arranger. On part en direction de la frontière, simplement annoncée par un poste de douane abandonné. Ça y est, on est en Espagne ! On continue à suivre la côte, entre mer et montagne. On passe par Llança, El Port de la Selva. La route bifurque vers les terres, on monte des collines couvertes de pins. Il fait un temps radieux. Un carrefour annonce Cadaquès, à cinq km en contrebas, vers la mer. On hésite, car il faudra refaire les cinq km dans l’autre sens, en montée, puis on se lance, il paraît que ça vaut le détour. Après une de ces longues descentes en lacets que nous affectionnons tellement, on entre dans la ville fétiche de Dali. Ravissant. Les façades blanches ont les pieds dans l’eau. Les vagues débordent sur la route, on se fait surprendre avec les mobs. On se pose en terrasse pour grignoter des tapas. Par manque de temps, on ne visite pas.

On reprend la route, on se trouve pris dans une course cycliste. On perd la course, les cyclistes sont plus rapides que nous. On s’éloigne de la côte, les collines sont derrière nous. On roule pendant lontemps, sur des routes droites et monotones, dans un paysage tristement plat. Un cycliste égaré se colle à ma roue arrière pendant trois km pour utiliser mon aspiration. On passe par Castello d’Empuries, Villadomat, Parlava, Toroella de Mongrit, Pals, des villes sans intérêt apparent. On souhaite rejoindre Palamos, d’où la route suit à nouveau le littoral. On entre dans Palamos, station balnéaire dotée d’un joli port. On galère pour trouver un camping ouvert près du centre, alors on se lance vers la sortie de la ville, en direction du sud, sur les conseils d’une passante. Il fait nuit, on arrive dans le camping “international” de Palamos, une de ces usines à touristes de la Costa Brava, avec deux piscines, un bar, un restaurant et même un supermarché.

Distance parcourue : 140 km

Jour 14, 06/10/07

Aujourd’hui, c’est samedi. On aimerait pousser jusqu’à Barcelone, pour profiter de la chaude ambiance nocturne de la ville. On quitte Palamos sous le soleil. On s’engage sur une route magnifique, toute en lacets, nous offrant une vue imprenable sur la Méditérrannée, cent mètres en contrebas. On longe la fameuse Costa Brava. On s’arrête sur une terrasse panoramique, pour admirer la vue sur Tossa de Mar. En prenant mon bidon d’essence dans une de mes sacoches, j’entends un bruit devenu familier, celui de ma chambre à air qui se dégonfle. Dans un sursaut tragicomique, je démonte ma roue. La rustine posée quelques jours plus tôt n’a pas tenu le coup. Le trou était trop gros et la chaleur n’a pas arrangé les choses. Je change la chambre à air. On repart. On s’amuse comme des petits fous dans les virages. Peu à peu, l’urbanisation se densifie. Des travaux sur la route de la côte nous font faire un détour. On navigue à vue, sans trop savoir où l’on va, en essayant de suivre la mer. En suivant les panneaux Barcelone, on se retrouve sur une énorme six voies, en plein milieu d’un trafic anarchique. On roule sur la bande d’arrêt d’urgence. Une voiture de police nous double, puis s’arrête cent mètres devant nous. Le flic sort du véhicule et nous fait signe de nous ranger. On met les gaz à fond, puis on force le barrage, déterminés. Non, je plaisante. Les deux agents, un homme et une femme, la trentaine, examinent les mobs d’un air suspicieux. Ils nous demandent ce qu’on fait là. J’expose le projet, puis l’agent homme nous déclare sur un ton menaçant que la Ronda (le périphérique) est interdit aux cyclomoteurs. De plus, il nous fait remarquer que nous n’avons pas d’immatriculation, obligatoire en Espagne. Je crois entendre parler d’une éventuelle immobilisation des véhicules. Je réponds dans un castillan approximatif que nous n’étions pas au courant de la législation en vigueur concernant les véhicules de faible cylindrée sur le territoire espagnol. Vous trouvez mon explication ennuyeuse ? Les flics, en tout cas, n’ont pas paru passionnés et nous ont rapidement laissé filer. Ils nous ont même escorté jusqu’à la première sortie et indiqué la route à suivre.

On commence à entrer dans Barça, empruntant une longue avenue rectiligne, bordée d’immeubles imposants. On s’amuse dans la circulation, sans trop savoir où l’on va atterir. Lorsqu’on pense être arrivés dans le centre, on se met en quête d’une auberge de jeunesse. Il faut faire vite, le jour décline, et on n’a rien prévu. Un jeune espagnol nous indique la direction d’une auberge. On se lance, avant de se retrouver dans un quartier commerçant, noir de monde. A demi-léthargiques, vidés par le trajet de la journée, on se retrouve noyés dans une foule de piétons bruyants et pressés. Une jeune fille charmante m’indique la direction d’une auberge, à deux rues d’ici. On pousse les mobs, les gars ont l’air blasé, je fais mine de savoir où je vais. On trouve la rue, puis l’auberge, qui s’avère être complète. Aidés par un plan, on slalomme dans Barcelone by night, avant de trouver une autre auberge, indiquée peu de temps auparavant par un jeune français. Par chance, il y a encore des lits disponibles. On déballe le chargement, en pleine rue, sous les regards amusés des passants. Nono attache les mobs dix mètres plus loin, je garde les affaires avec Benam. Une jeune fille d’origine sud-américaine me demande si je parle italien. Nono revient. On se motive pour monter les bagages, lorsque Nono s’aperçoit qu’il lui manque ses sacoches avant. On cherche bien dans notre amas de sacs et de caisses. On se rend à l’évidence. Les sacoches et leur contenu (carte bleu de Nono, son passeport, ses papiers, son appareil photo, mon portable…) manquent à l’appel. Bad trip. La sud-américaine était accompagnée… Nono, paniqué, commence à fouiller désespérément le quartier. Benam tente de calmer les esprits, je réfléchis dans l’urgence à ce que l’on doit faire. On fait opposition sur la carte. Nono veut se barrer, dégouté. On se raisonne. On monte les affaires dans les chambres. Il faut se rendre à la police pour déclarer le vol, mais on flippe de laisser les bagages sans surveillance. Par chance, nos voisines de chambres sont françaises et nous inspirent confiance. On laisse les affaires, on fonce au poste. On passe deux heures à attendre. On rentre poser les brèles à l’auberge, il est 1h30 du matin, on a faim et on est crevés. On va manger un morceau dans un bar à tapas. On prévoit de partir tôt le lendemain pour Cunit à 70 km au sud, chez la tante d’Arnaud. On pourra se poser pour souffler et envisager la suite.

Distance parcourue : 134 km

5 Commentaires to “Au bout de la Costa Brava, Barcelona…”

  1. Maxime a dit...
    8 octobre 2007

    Il faut croire que l’Espagne tient sa réputation…

    Tenez bon les gars, ça va pas être tous les jours comme ça !

  2. Lucuts a dit...
    8 octobre 2007

    Dans des circonstances comme ça, on n’a même pas envie de vous taquiner… Mais c’est le lot des voyages, surtout dans les lieux touristiques ! Ça ne m’est arrivé que 2 fois de me faire piller, en 20 ans de voyages ;-) Moments pénibles, qu’on se dépêche d’oublier…
    Parlez moi plutôt de cette soi-disant immatriculation obligatoire pour les mobs ? Tant qu’ils y sont, ils ne vous ont pas demandé les triangles de signalisation ???

  3. valentin a dit...
    9 octobre 2007

    Merci Lucuts pour tes conseils éclairés, et aussi pour rassurer ma mère…

  4. famille NOISEL a dit...
    9 octobre 2007

    informations aux trois valeureux randonneurs…

    si vous avez un problème en Espagne, ne contactez pas les carabiniers, ni l’ETA, car ça peut sauter….

    Ma soeur habite Madrid (son mari est espagnol et ses deux fils, david et mathias, parlent trés bien le français). voici ses coordonnées :

    Marie-thérèse Alvarez - Noisel, calle Palentia 31, 2ème droite, 28020 Madrid
    c’est tout près du stade sant barnabeou ( stade du Réal Madrid)

    Tel 4915335627

    adresse mail : mtnoisel@hotmail.com

    Elle est prévenue de votre périple espagnol….

    si problème de communication, nous appeler :
    roger-yves et thérèse Noisel : 02 33 29 40 75.

    Ne forcez pas trop sur la paella, ni sur le vino tinto….
    quand à la corrida, c’est vous qui voyez….

    bonne route et hasta lueguo

    les noisel

  5. ROGES Bruno a dit...
    9 octobre 2007

    Salut les gars

    Je suis avec delectation votre périple depuis le premier jour.

    Belle aventure et superbe talent d’ecriture … du Pagnol.

    J’ai toujours une 50 de marque “mobylette” millésime 1959; une bleue quoi.

    Votre histoire me rappelle quand j’étais parti en vacances avec… de super souvenirs.

    Bonne continuation et merci de me faire vivre cette aventure par procuration.

    Bruno

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